Qui veut la peau du vrac ? La vente de détergents menacée par un projet de décret

Déjà éprouvée par la pandémie, la filière du vrac s’inquiète : un projet de décret remet en question la vente de détergents en libre-service.

La vente en vrc de détergents, chez The Naked Shop (Paris)
The Naked Shop (Paris), un magasin de détergents en vrac et en libre-service, ouvert en 2018. Photo: Alex Orjecovschi.

Lettrine sera-t-il bientôt interdit d’aller remplir son bidon de lessive dans un magasin de produits détergents en libre-service ? C’est ce que prévoit la dernière mouture du projet de décret rédigé par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) et qui doit fixer les exceptions à la loi anti-gaspillage du 10 février 2020. Cette loi dit que tous les produits doivent pouvoir être vendus en vrac, sauf ceux pour lesquels des dispositions spécifiques sont nécessaires.

Ce projet de décret remanié a été communiqué aux représentants de la filière le 31 décembre dernier, et ceux-ci ont été stupéfaits de découvrir que la vente en libre-service de savon de Marseille, de lessive, de liquide vaisselle, de nettoyant pour vitre, etc., tous ces produits ménagers de base, allait désormais être interdite. Le texte du ministère de l’Économie « montre une méconnaissance des bonnes pratiques et des équipements de vente du secteur », s’indigne Célia Rennesson, directrice générale de l’association professionnelle Réseau Vrac, qui explique que la distribution de détergents obéit déjà à des protocoles.

GARE AUX PAILLETTES DE SAVON !

Sur le terrain, la nouvelle a énormément choqué. « On l’a presque appris par accident, et on trouve cela violent », raconte Maria Mella, fondatrice de The Naked Shop, une petite enseigne parisienne spécialisé dans la vente en vrac de détergents et de cosmétiques. Avec des collègues, elle a lancé une pétition, qui a rassemblé 32 653 signatures en seulement trois semaines, notamment grâce à la mobilisation des clients, scandalisés par cette attaque contre la filière.

la carte du réseau vrac
Le Réseau Vrac recense 879 magasins. Cette carte interactive est consultable sur leur site.

Si le décret est adopté tel quel, la vente de simples paillettes de savon devra désormais être « accompagnée », c’est-à-dire qu’un client ne pourra plus se servir lui-même. Cela obligera la plupart des enseignes de vrac à supprimer les rayons de produits ménagers, explique Maria Mella : « Si on doit servir tous les clients, c’est difficile pour nos petites épiceries, où il n’y a souvent qu’une seule personne qui tient la boutique ». Ou alors il faudrait embaucher une personne supplémentaire, mais la plupart des enseignes, déjà très éprouvées par la pandémie qui a boosté les livraisons à domicile de produits emballés au détriment du vrac, n’en auront pas les moyens.

« C’EST UN CHOIX DE SOCIÉTÉ »

Ce texte semble « sorti de nulle part », s’étonne Maria Mella, qui souligne qu’en dix ans, aucun accident lié à l’achat en vrac de détergent n’est à déplorer. « Nous faisons tous super attention, nous respectons un cahier des charges pour protéger nos clients », ajoute-t-elle. Face au tollé, une nouvelle proposition serait en cours de rédaction au ministère. « On attend de voir si notre position sera prise en compte », indique prudemment Célia Rennesson, du Réseau Vrac. Les acteurs de la filière sont tous favorables à un encadrement de la vente en vrac, mais pas si celui-ci est en réalité une manière déguisée de l’interdire pour continuer à favoriser l’industrie de l’emballage.

Le minimum serait au moins que le ministère de l’Économie sache faire la différence entre le corrosif percarbonate de soude ou l’inoffensif liquide vaisselle à la main. « C’est un choix de société », estime Maria Mella. C’est aussi une nécessité : la loi Climat-Résilience ordonne en effet qu’il y ait 20 % de vrac dans les magasins de plus de 400 m2 en 2030. C’est dans pas si longtemps.

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