Eusko : boostée par le confinement, la monnaie locale basque favorise les circuits courts

Créé en 2013 au Pays basque, l’eusko, monnaie locale la plus riche d’Europe, est en pleine croissance. Près de 2 millions d’euros circulent sous forme d’eusko, au profit d’une économie écologique et solidaire.

les billets eusko
Monique, vendeuse au stand Idoki (produits fermiers) du marché de Saint-Jean-de-Luz, présente l’éventail des billets eusko: 1, 5, 10 et 20 (un eusko = un euro). Photo: Sylvie Barrans.

Au restaurant Etxeberria, à Hasparren (Pyrénées-Atlantiques), après un diner bio local convivial et délicieux, je tends ma carte de crédit Euskokart à Bianca, qui scanne le QR code avec son téléphone. Et paf ! En deux secondes, je viens de régler mon repas avec la monnaie locale la plus riche d’Europe (1), en circulation depuis 2013 dans les commerces écologiques et solidaires agréés par l’association basque à but non lucratif Euskal Moneta.

Avec mes eusko, Antoine Chépy, le Chef, va payer ses légumes au maraicher d’Hasparren, qui réglera des chaises repérée sur Le Bon Coin à un habitant de Saint-Pée en billets eusko, qui lui ira au marché de Saint-Jean-de-Luz et paiera son poulet au stand Idoki de la même manière. Car quand on paie un commerçant en eusko, il peut soit réutiliser ces eusko auprès d’une autre entreprise du réseau, soit les reconvertir en euros… mais avec une retenue de 5 %.

PARCOURS BALISÉ EN EUSKO

Comment ça marche ? Il suffit d’adhérer à l’association Euskal Moneta, lui donner son RIB et décider quelle somme sera prélevée chaque mois sur votre compte en euros. Votre compte en eusko s’alimente ainsi chaque mois, et vous pouvez payer par carte ou retirer des billets à un « relai eusko » – il y en a dans presque chaque commune basque maintenant. Des villes comme Bayonne, après quelques bisbilles juridiques avec le sous-préfet (un grand classique ici), ont même réussi à imposer l’usage des eusko pour certaines transactions municipales !

Cet été, l’association a proposé aux touristes une enveloppe pour leur permettre d’utiliser la monnaie basque sans ouvrir de compte. Et un parcours balisé de toute la région, de la mer à la montagne, avec restaurants, hôtels, épiceries et musées, tous jouant le jeu de la monnaie.

ÉCOLOGIQUE, CULTUREL, SOCIAL

Utiliser l’eusko, au début c’est fun. Puis on rentre dans le dur. Après le confinement, mon compte était bien fourni et naturellement j’ai privilégié les restaurants acceptant l’eusko. Les entrepreneurs du Pays basque ont également dû se tourner vers les adhérents à la monnaie locale, afin de ne pas laisser trop d’argent dormant sur leur compte. Et c’est là que cela devient magique : petit à petit, les commerces acceptant l’eusko seront préférés, alors que le magasin d’importations chinoises, ou le boulanger d’une chaine industrielle sera laissé de coté. C’est dans l’air du temps. Relocaliser l’économie, renforcer le territoire, ces formules tellement rabâchées dans un fatras de réunions, deviennent ici réalité.

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Parce que si on réfléchit un peu, on réalise que chaque euro converti en eusko sert deux fois ! Par l’intermédiaire d’un fond de garantie, il va alimenter une banque éthique, donc participer au financement de projets écologiques, culturels ou sociaux. Et par ailleurs, sous forme d’eusko, il va permettre d’acheter plus écolo, euskaldun [qui parle basque, N.D.R.]et solidaire.

FARANDOLE ÉTHIQUE ET JOYEUSE

Le sentiment très fort des basques d’appartenir à une culture vivante, originale et puissante n’est pas étranger au succès de l’eusko. Qui n’est qu’une des très nombreuses ramifications d’indépendance sur cette terre d’environ 300 000 habitants. Par exemple on y trouve aussi une chambre d’agriculture alternative, un mouvement écologique hyper actif (Alternatiba), une langue parmi les plus ancienne d’Europe et des écoles en langue basque (ikastolas). Tout cela se lie, se relie, en une farandole éthique et finalement très joyeuse. En attendant peut être de s’étendre au Pays basque sud [Pays basque espagnol, N.D.R.], et là l’eusko serait proposé à 3 millions d’habitants.

(1) Devant le Chiemgauer en Allemagne et la Bristol Pound en Angleterre.

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À propos de l’auteur

SYLVIE BARRANS

Journaliste free-lance, j'habite le Sud Ouest de la France et j'écris sur l'écologie.

2 commentaires

  1. Avatar

    si j’ai bien compris, on achète des « euskos » en euros ? …
    alors je ne vois pas l’intérêt.
    Pourquoi ne pas se rendre directement chez les producteurs locaux et dépenser ses euros sans passer par la case conversion ? (surtout si on perd 5% lors de la re-conversion).
    Qui est gagnant ?… certainement pas le détenteur d’euskos, même pour la bonne cause.
    Des villages ont vraiment créé une monnaie locale (sans aucun lien avec les banques), sur la base de l’échange de services. je crois davantage en ce système.
    mais peut-être que je n’ai pas tout compris…

    • La rédaction

      Bonjour Anne-Laure, Sylvie Barrans vous l’expliquerait sans doute mieux mais en gros l’intérêt est de sortir des euros du système pour les faire tourner dans une économie écologique, sociale et solidaire. Oui il existe beaucoup de monnaies locales en France (et ailleurs) et avec des règles un peu différentes mais l’eusko marche très fort et est actuellement la plus populaire d’Europe 🙂

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