Plongée dans la jungle des labels bio

L’autre jour en faisant mes courses je me suis demandé : c’est quoi vraiment les « labels bio » ? Et j’ai creusé. Et ça m’a menée loin.

les labels bio, une jungle touffue
Que valent les labels bio? Illustration: QFR Zarma, pour le journal minimal.

lettrineayant pas ni les moyens ni l’envie de vivre en autarcie complète, je dois donc tenter de me fier aux labels bio. Les emballages indiquent quantité de choses, mais comment démêler les informations utiles, et notamment se repérer dans cette profusion d’étiquettes ? Comme je me trouve la plupart du temps fort démunie face à tous ces petits dessins colorés sur les emballages, j’ai décidé une bonne fois pour toutes de creuser la question. Que signifient ces labels environnementaux ? Qui les accorde ? Pour quels produits ? Sous quels critères ? Qu’est-ce que cela garantit, et ne garantit pas ?

1. Qu’est-ce qu’un label ?

En France, le terme de « label » est réservé dans le domaine agro-alimentaire aux estampillations officielles. Ce sont des certifications accordées par une autorité publique. Cette certification garantit au consommateur que le produit remplit certains critères. Il existe une liste exhaustive des labels officiels, reconnus par les textes de lois et définis par les ministères concerné (Label rouge, AOP…). Concrètement, pour les produits alimentaires bio, la France reconnaît le label européen Eurofeuille (un peu moins exigeant que l’ancien label AB).

Tous les autres logos bio que nous verrons ne sont pas contraints juridiquement de faire respecter leur cahier des charges par un organisme certificateur indépendant. Il s’agit plutôt de marques de certification : elles sont la propriété d’un organisme ou d’une association, qui les accorde après un processus de vérification plus ou moins indépendant. Cependant, ce n’est pas parce qu’un règlement n’est pas inscrit dans la loi qu’il n’est pas respecté. Les marques et associations qui développent leurs certifications souhaitent généralement faire respecter leur cahier des charges, qui peut être beaucoup plus contraignant que celui du label Eurofeuille, et certaines s’associent même pour cela à des organismes indépendants.

2. Les différents logos bio

Eurofeuille
EurofeuilleC’est le label bio de l’Union européenne, le plus fréquemment rencontré dans les magasins et le seul vraiment reconnu dans la loi française. Il harmonise depuis 2009 au niveau européen toutes les recommandations pour l’agriculture biologique qui existaient dans les pays membres.

Cette charte garantit que le produit fini est composé à 95 % d’ingrédients issus d’un mode de production biologique. Cela signifie notamment pour le producteur l’interdiction d’utiliser des produits chimiques de synthèse. Cependant, la présence (non intentionnelle) de traces pouvant aller jusqu’à 0,9 % d’OGM est autorisée. Notons de plus que les ingrédients ne sont pas tous tenus de provenir de l’UE. Ainsi, des aliments qui sont cultivés à l’autre bout de la planète par des travailleurs exploités et suremballés dans des petits sachets de plastique pourront parfaitement porter ce label.

AB, Agriculture Biologique
ABIl s’agit du label français, créé en 1985. Depuis 2009 il est aligné sur l’Eurofeuille, moins contraignant. On a donc reculé dans la protection environnementale, et notamment dans la tolérance aux traces d’OGM dans les aliments. Voir ce label sur un produit aujourd’hui garantit seulement le respect du cahier des charges de l’Eurofeuille.

Bio Cohérence
Bio CohérenceIl s’agit d’une marque privée fondée en 2009 en réaction à la création de l’Eurofeuille, qui abaissait les critères du label AB. Le cahier des charges de Bio Cohérence garantit que 100 % des ingrédients sont issus de l’agriculture biologique, et exempts de traces d’OGM. De plus, ce label se veut également une garantie sociale, en permettant notamment une rémunération correcte des agriculteurs. On ne le trouve jamais sur les produits vendus en grande surface.

Nature et Progrès
Nature et ProgrèsCette association, qui existe depuis 1964, a créé son propre certificat afin de reconnaître les produits répondant à ses cahiers des charges exigeants sur les plans environnemental et social (tant du point de vue de la production que de la gouvernance en elle-même). L’association ne limite pas ses recommandations aux produits, mais à l’ensemble des exploitations. Les produits sous mention Nature et Progrès sont donc à 100 % sans OGM ni pesticides de synthèse, produits dans des fermes de taille limitée ; et leurs emballages, déchets et transports sont réduits. Du moins, c’est ce que reconnaît le « Système participatif de garantie » de l’association, qui fonctionne sur du déclaratif.

Demeter
DemeterCette marque de certification existe depuis 1932. Les produits estampillés Demeter respectent le cahier des charges de l’Eurofeuille. S’y ajoute celui de la marque, qui correspond aux prérequis de l’agriculture biodynamique basée sur le respect de rites ésotériques qui ne font pas toujours l’unanimité.

Bio Partenaire (équitable et solidaire)
Bio partenaireDepuis 2002, ce logo est apposé sur les marques déjà distribuées dans les magasins bio, sous réserve qu’elles s’engagent à respecter à la fois la nature et les travailleurs sur toute la chaîne du produit. Bio Partenaire signe avec les marques un contrat de trois ans pendant lesquels les prix et les quantités produites sont déterminés à l’avance. Ces accords sécurisent les fabricants mais moins les agriculteurs, fournisseurs des matières premières.

Ecocert
EcocertCe logo a été créé par l’organisme certificateur du même nom, ce qui n’est pas sans poser quelques questions d’indépendance. En 2019, Ecocert a déclaré un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros. La certification peut s’avérer une activité lucrative.

Max Havelaar
Max HavelaarBranche de l’association Fairtrade International, l’association Max Havelaar œuvre pour soutenir les producteurs défavorisés des pays du Sud en les mettant en relation avec les fabricants. Son logo certifie que les producteurs du produit bénéficient de conditions de travail plus justes… mais ce n’est pas forcément le cas de leurs employés !

Haute valeur environnementale
HVECette certification, délivrée par un groupement de professionnels de l’agro-alimentaire, qualifie plutôt l’exploitation que le produit. Pour en bénéficier, l’agriculteur doit développer sur l’exploitation des « techniques à faible impact environnemental ».

Il existe bien d’autres certifications bio, pour tous les types de produits. Au total, cette foison de petits sceaux permet-elle vraiment de nous assurer de la bonne qualité environnementale et sociale des matières premières ?

3. Les organismes certificateurs

Les contrôles des labels reconnus par la loi sont réalisés par des organismes indépendants agréés par les pouvoirs publics. Il en existe des dizaines. Ces contrôles, payants, doivent être effectués tous les ans dans un premier temps (ensuite pour l’Eurofeuille par exemple c’est tous les deux ans). C’est donc pour le producteur un coût non négligeable, dont le montant varie en fonction du type d’activité et de la taille de l’exploitation.

En moyenne, la certification bio coûte 0,5 % du prix d’un produit fini, ce qui qui peut représenter une charge trop élevée pour bon nombre de petits producteurs. D’autres, en revanche, considèrent que cet investissement est finalement avantageux.

Exemple avec Alexandre, de la ferme des Brejottes dans la Vienne. Son exploitation de 2,5 hectares est certifiée bio, sous le label « Agriculture biologique » français. Afin de garantir cette certification, l’organisme certificateur visite chaque année son exploitation. « Cela dure deux heures, ils vérifient le respect du cahier des charges, de la graine jusqu’à la récolte : l’agent décortique les factures des semences, des éventuels engrais et traitements autorisés en bio comme la bouillie bordelaise, puis il regarde les champs. » Il en coûte à la ferme 515 € par an pour pouvoir arborer les jolies lettres « AB » sur fond de champ vert.

Labels bio, AB
©Iris Petitjean.

Bien sûr, il est tout à fait possible de produire des légumes sans pesticides et sans pour autant payer leur certification (de nombreux maraîchers le font sur les marchés). Mais cet investissement, affirme Alexandre, est très vite rentabilisé. En effet, les clients sont plus enclins à payer les produits légèrement plus chers grâce à cette garantie du respect du sol et des végétaux. De plus, pour vendre les productions à d’éventuels supermarchés, le label est indispensable afin d’être rémunéré au prix plus intéressant des produits bio. « Sinon, ils payent au prix du conventionnel, bio ou non ! »

En résumé, la plupart de ces « labels » ne signifient juridiquement rien, quand d’autres témoignent tout simplement d’un laisser-aller des institutions. Cependant, d’irréductibles producteurs qui veulent faire bouger les choses continuent de se battre pour maintenir une agriculture respectueuse. Et ces labels sont pour ceux qui en ont les moyens l’un de leurs seules façons de se faire reconnaître.

Quelques liens :
• Le site du gouvernement français répertorie les labels officiels et liste également quelques certifications reconnues.
• Le site Mon panier bio décrit également les avantages et inconvénients de quelques labels communs.
• Une série d’articles de RTL.be sur les labels bio en Belgique.
• Un article du journaliste suisse Lars Kophal sur le prix de la certification bio en Suisse et en Europe.

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À propos de l’auteur

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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