Dans les favelas du Brésil, des paysans distribuent de la nourriture aux urbains confinés et abandonnés par l’État

Alors que la pandémie endeuille le Brésil, des écolos organisent des distributions alimentaires dans les favelas de Ribeirão Preto isolées par les pouvoirs publics.

Un camion chargé de nourriture pour les favelas
De la nourriture pour les favelas. Image extraite du clip de la campagne du Réseau d’agroforesterie de la région de Ribeirão Preto.

euxième pays le plus touché au monde par la pandémie de coronavirus avec plus de 4,4 millions de personnes contaminées et 130 000 décès, le Brésil ne protège pas la population de ce que son président, Jair Bolsonaro, considère comme une « grippette », et laisse la plupart des provinces décréter leurs propres mesures « d’isolement social ». L’État de São Paulo, le plus peuplé et le plus touché, a beau entrer dans son 6e mois de confinement, il ne parvient pas à enrayer la propagation du virus. Or l’isolement fragilise particulièrement les habitants des favelas, dont les conditions d’existence (promiscuité, réseaux d’eau et d’électricité défaillants…) n’aident pas au respect des gestes barrières.

Confinés eux aussi, les habitants des campagnes s’en sortent mieux, « les gens ont réussi à survivre ici parce que nous avons une certaine quantité d’aliments, raconte Hemes Lopes, paysan agroforestier (1) de la région de Ribeirão Preto. Mais nous avons cependant besoin de vendre notre production ». Avant la pandémie, Hemes écoulait ses marchandises sur des marchés et foires agroécologiques locales et via deux programmes nationaux d’achats aux petits paysans et de distribution aux personnes en situation d’insécurité alimentaire. Mais le confinement a fait disparaître les marchés, et Jair Bolsonaro a opéré des coupes claires dans les programmes alimentaires nationaux, déjà réduits sous les précédents gouvernements de Dilma Rousseff et Michel Temer.

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C’est dans ce contexte que le jeune Réseau d’agroforesterie de la région de Ribeirão Preto, fondé par des agriculteurs familiaux, des institutions de recherche, des étudiants, des consommateurs, des associations et des coopératives désireux de « promouvoir, défendre et faire vivre l’agroforesterie […] pour transformer la réalité de l’agriculture, des paysans et de la société dans un monde d’abondance », a organisé en juillet des distributions alimentaires de produits agroforestiers locaux dans les favelas de la région.

Face à la réussite de l’opération, le Réseau a lancé mi-août une deuxième étape, visant à élargir la distribution. L’idée étant cette fois-ci d’acheter 9 tonnes d’aliments agroécologiques aux petits producteurs locaux pour les redistribuer ensuite gratuitement en novembre et en décembre aux habitants des favelas. Comme en juillet, les livraisons se feront en partie via les cuisines communautaires existantes. L’autre partie sera donnée aux différentes familles sous forme de paniers de 5 kilos d’aliments agroécologiques. Cette aide devrait permettre à 1 800 ménages précaires de la région de Ribeirão Preto de passer une fin d’année plus sereine, malgré la pandémie.

Une cuisine communautaire
Dans une cuisine communautaire, préparation de denrées à destination des favelas. Photo: Wallace Bill.

Le Réseau a pour cela déposé un projet de financement participatif sur la plateforme Catarse, avec l’objectif de récolter 30 000 réaux (environ 5 000 euros) avant ce lundi 21 septembre. À l’heure où nous mettions cet article en ligne, ils avaient déjà réuni 26 142 réaux, soit 87 % de l’objectif! Pour participer, cliquez ici.

« Cela représente tout ce que nous attendions ! » s’exclame Wallace Bill, leader du Mouvement social pour le logement de la favela Vila Nova União, associé au projet. « En cette période de confinement, nous cherchons à trouver des réponses là où les pouvoirs publics abandonnent les familles précaires. Puisqu’ils ne s’occupent pas de nous, conclut-il, nous allons montrer que nous sommes meilleurs qu’eux. »

(1) L’agroforesterie est une technique associant les arbres, les cultures et/ou les animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ.

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À propos de l’auteur

ARNAUD BRUNETIÈRE

Après plusieurs voyages en Amérique latine, je vis actuellement à Rosario, ville de naissance de "Che" Guevara, de Messi et... de ma copine argentine.

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