Ras les poumons

Que faut-il aux pouvoirs publics pour prendre des mesures drastiques contre le diésel ? L’asthme touchait 4 % des enfants en 1968, entre 20 % et 30 % aujourd’hui !

Dessin : Jiho

L’autre jour, nous avons appris avec joie que bientôt, on se baignerait dans la Seine, et qu’une compétition de nage en eau libre serait à nouveau organisée début juillet dans le bassin de La Villette. Promesses de la maire de Paris, Mme Hidalgo. C’est chouette que la qualité de l’eau s’améliore, mais on apprenait aussi ces derniers jours que celle de l’air empire.

Il suffit de regarder les chiffres alarmants des maladies pulmonaires, des asthmes des enfants et des jours où Airparif nous demande de ralentir sur le périph pour comprendre que la question de la pollution de l’air n’est plus un phénomène « ennuyeux » mais littéralement dangereux pour la santé publique et les comptes de la Sécu ! Il faut certainement un certain courage politique pour s’engager à dépolluer un fleuve urbain, soumis à toutes sortes d’agressions depuis si longtemps, et nous nous en félicitons, mais alors pourquoi est-il si difficile de s’attaquer avec la même volonté à la pollution de l’air ?

À PARIS, UN CHALLENGE IMPOSSIBLE À RELEVER

Quoi qu’en disent les représentants du lobby automobile la bouche en pot d’échappement, on connait la responsable : la circulation automobile. Elle est directement à l’origine des trois polluants les plus toxiques : oxyde d’azote, particules fines et gaz à effet de serre. Le trafic routier sur Paris est responsable de 62 % des émissions d’oxyde d’azote, de 51 % des particules fines et de 31 % du gaz à effet de serre (apprenez ces chiffres par cœur, chers amis, car au prochain pic de pollution, on vous ressortira que c’est le vent de l’Est qui nous apporte les méchantes fumées des usines allemandes). Cette triste réalité n’est pas spécifiquement parisienne mais certaines villes ont visiblement la possibilité de réagir vite et sans complexe. New Delhi, Rome, Pékin, Milan, Bergame, Bruxelles, Athènes, Mexico, Sao Paulo ont inscrit le principe de circulation alternée dans les législations locales. À Paris, cela semble un challenge impossible à relever face aux critiques politiques de tous bords (ce serait « une atteinte à la liberté de circulation », s’était emportée Ségolène Royal) et au déni de la responsabilité directe de la circulation automobile sur la pollution de l’air. Pourtant, la réduction de moitié de la circulation automobile a un effet immédiat sur le taux de pollution de la ville concernée. 20 % de diminution moyenne d’oxyde d’azote, 17 % de particules fines et 10 % de gaz à effet de serre, en un seul jour (en cas de météo inchangée), ce qui est suffisant pour retrouver un air respirable.

Dessin : Jiho

Certes, dès le 1er juillet 2016, me direz-vous, les vieilles voitures seront soumises à des restrictions de circulation. Mais seuls 1 % des automobilistes seraient concernés, et les contrevenants n’encourront qu’une amende de 68 €. À l’heure où le principe de précaution oblige nos enfants à jouer sur des toboggans fermés, des pelouses en plastique et des balançoires encagées, il est absolument incompréhensible que ce risque évident pour la santé n’entraîne pas des mesures sanitaires immédiates et drastiques. L’asthme touchait 4 % des enfants en 1968, entre 20 % et 30 % aujourd’hui ! Que faut-il aux pouvoirs publics qui se targuent sans cesse de vouloir nous protéger pour intervenir et ne pas se plier aux lobbys puissants qui interfèrent à tous les niveaux de l’État ? Et puis, que chacun se souvienne qu’en 300 avant JC, la circulation avait été interdite à Rome en journée pour permettre aux citoyens de se promener tranquilles et sans risques ! Y avait pas d’Automobile char club de Rome peut-être !

Dessin : Olivier Jiho (Site / Facebook)

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À propos de l’auteur

ETIENNE LIEBIG

Un peu journaliste dans un paquet de journaux satiriques, un peu chroniqueur à la radio RMC, pas mal écrivain de romans drôles et érotiques, anthropologue le jour et musicien la nuit...

2 commentaires

  1. A propos de l’argument de Ségolène sur « l’atteinte à la liberté de circulation », elle a tout à fait raison !!!… Et d’ailleurs, au nom du même principe, supprimons l’interdiction des véhicules à moteur sur les trottoirs ou dans les jardins publics, et même les sens interdits !!!…

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