« Et si l’avenir, c’était la voiture ? » : quand le lobby des conducteurs écrit aux 577 députés

Ce livre blanc de 80 pages, rédigé par la puissante Ligue de défense des conducteurs, a été envoyé aux députés pour dénoncer « la haine anti-voiture ».

"Et si l'avenir, c'était la voiture" : le livre blanc de la Ligue de défense des conducteurs.
« Et si l’avenir, c’était la voiture » : le livre blanc de la Ligue de défense des conducteurs.

L’année dernière, la Ligue de défense des conducteurs, un lobby pro-voiture financé par près de 200 000 donateurs et qui compte plus de 1,3 million d’abonnés à sa newsletter, a envoyé à nos 577 députés un Livre blanc intitulé très sérieusement : « Et si l’avenir, c’était la voiture ? »

Le but de ce Livre blanc de 82 pages est de dénoncer « la haine anti-voiture » propagée par « une caste autophobe », et de défendre les conducteurs, qui en circulant « contribuent à la croissance et à la compétitivité » de notre pays. Extraits :

  • « Jamais la voiture n’a été autant décriée en France. Accusée de tous les maux par une caste hyper-urbanisée, qui n’en a ni l’usage ni le besoin, la voiture est peu à peu reléguée au rang d’objet ‘honteux’ ».
  • « Aveuglés par des visions idéologiques de la voiture et de la route, les pouvoirs publics multiplient les décisions pénalisant les utilisateurs de la route, et qui finissent par mettre en danger des pans entiers du quotidien des Français et de l’économie de notre pays. »
  • « Une véritable doctrine autophobe s’ancre lentement mais sûrement dans les consciences, donnant lieu à des politiques publiques dénuées de tout bon sens, et qui ne font que contribuer à rendre les transports sur route toujours plus chers, plus contraignants et plus longs. »
  • « Ralentisseurs, dos d’ânes, feux ‘casse-vitesse’, panneaux… En France, les équipements d’entrave à la circulation se multiplient de façon exponentielle. »
  • « Avec un réseau de plus d’un million de kilomètres (l’un des plus denses d’Europe), nos routes ont façonné notre territoire et sont le support de l’écrasante majorité des déplacements humains et de marchandises. Elles créent du lien social, économique, culturel, familial et amical. (…) La route contribue ainsi de manière évidente à la croissance économique de la France, et participe de manière non-négligeable à la compétitivité du pays. »
  • « De meilleurs infrastructures routières vont, à temps de transport équivalent, augmenter la distance parcourue, permettant une réduction de l’espace-temps et donc de la création de valeur, c’est-à-dire une augmentation du produit intérieur brut. »
  • « L’industrie automobile a encouragé l’essor des services commerciaux et de la publicité, et entraîne également le développement de services liés à la propriété et à l’usage des véhicules : garages, construction et entretien des routes, parcs de stationnement, auto-écoles, sociétés de location, tourisme, compagnies et mutuelles d’assurances… »
  • « Face aux lobbies anti-voiture, qui se plaisent à rappeler sans cesse que l’automobile est déjà dépassée, sans doute est-il bon de rappeler qu’il se produit encore chaque minute plus de 180 voitures dans le monde, soit 3 véhicules chaque seconde. Et bien loin de décliner, la production de voitures enregistre chaque année de nouvelles hausses ! »

Si les députés semblent avoir réservé dans l’ensemble un accueil plutôt froid à ce livre blanc qui n’évoque à aucun moment les ravages environnementaux causés par l’utilisation généralisée de la voiture individuelle et des infrastructures qui l’accompagnent, il se pourrait bien en revanche que l’ouvrage soit tombé très récemment dans les mains du président de la République, et qu’il ait produit un fort impact sur lui. Interrogé la semaine dernière à propos de la révolte des gilets jaunes, il a fait cette grande déclaration au micro d’Europe 1 : « J’aime la voiture ! »


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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

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