Carfree, ce réseau international de citoyens à l’origine de la journée mondiale sans voiture

Samedi 22 septembre 2018 aura lieu la journée mondiale sans voiture, à l’initiative du mouvement international Carfree qui depuis vingt ans lutte pour une planète sans voiture.

L'affiche de la journée mondiale sans voiture
L’affiche de la journée mondiale sans voiture, qui aura lieu samedi 22 septembre 2018.

Le réseau Carfree est un mouvement citoyen international né en 1997. Il s’est donné comme but de libérer nos vies de la dépendance automobile. Et cela devient vraiment urgent. Dans un rapport qui paraît aujourd’hui, l’ONG Transport & Environnement estime que « 43 millions de diesels sales » sont toujours en circulation dans l’Union européenne (UE), et qu’avec 8 741 000 véhicules, c’est le parc automobile français qui compte le plus de voitures polluantes.

Les membres, de Carfree sont tous signataires de la charte Carfree, un texte musclé (à découvrir dans l’encadré ci-dessous) qui dénonce les nuisances de la voiture et présente les alternatives pour réduire ou éliminer sa présence en ville.

La charte du mouvement Carfree
Les coûts astronomiques de la dépendance automobile

La dépendance automobile nous a amené à un mode de vie destructeur aussi bien sur le plan social que sur le plan environnemental. En 1950, la terre portait 70 millions de voitures, poids-lourds et bus. Dès 1994, ce nombre a été multiplié par neuf, soit 630 millions. Depuis 1970, nous sommes parvenus à un taux de 16 millions de véhicules par année, et si l’on poursuit le même rythme, il y aura plus d’un milliard de véhicules motorisés sur les routes mondiales en 2025. Ces véhicules consomment 37 millions de barils de pétrole quotidiennement, soit la moitié de la consommation mondiale de pétrole. Ils sont responsables de près de la moitié de la pollution atmosphérique et d’au moins un tiers des émissions de gaz à effet de serre.

La voiture – qu’elle soit labellisée « propre », « verte » ou autre, est devenue l’une des causes majeures d’accidents et de mortalité dans presque tous les pays. Le trafic routier tue quatre fois plus que les guerres, soit 1,26 millions de personnes par an. Cela représente plus de 3 000 personnes tuées chaque jour sur les routes, sans compter les effets sur l’asthme, le cancer, la leucémie et les maladies des poumons. Lorsque l’on additionne les 10 à 15 millions d’accidentés et handicapés de la route avec les accidents et morts des animaux, le problème atteint des proportions catastrophiques.

Plus tragique encore, les voitures déforment et dénaturent notre environnement urbain. Elles remplacent nos communautés vivables, agréables, praticables et humaines en espaces de faible densité, étendus et uniquement conçus pour aller à n’importe quel endroit le plus rapidement possible. Avec de larges rues réservées au trafic automobile et de grandes mers d’asphalte pour irriguer nos parkings, nos destinations quotidiennes sont devenues de plus en plus inaccessibles à pieds. Les espaces favorisant les échanges culturels et sociaux sont dilués et dispersés, ce qui inhibe la sociabilité permettant aux sociétés de s’assembler et de ne faire qu’un. La vie, la vraie, est repoussée, séparée, compartimentée.

La dépendance de notre société à une technologie qui est coûteuse, inéquitable, mais qui est aussi le moyen de locomotion nécessitant le plus de ressources, s’est accrue pour atteindre un monopole dans la plus grande partie du monde industrialisé.

Ce système « voiture-autoroute-pétrole » renie la liberté de mouvement des enfants, des personnes âgées, des défavorisés et des handicapés physiques. Les transports publics et les infrastructures pour cyclistes et piétons sont mis sur le banc des délaissés, des oubliés, du mode de transport que l’on utilise que très rarement, quand bien même on l’utilise… Notre santé physique et émotionnelle en souffre, et notre activité physique est en chute libre, ce qui entraîne une épidémie généralisée d’obésité. En voulant s’adapter à tout prix à la voiture, notre société crée un désert urbain qui remplace notre sens de l’espace et notre sens de la communauté par une isolation et une aliénation.

Des communautés sans voiture pour notre avenir

Avec une telle litanie d’impacts négatifs sur l’Homme et la Nature, les communautés sans voiture (carfree communities), sont la suite logique pour une société durable. En respectant certains principes écologiques et sociaux, nous pouvons construire des environnements agréables, beaux, harmonieux et à échelle humaine. En construisant des habitats respectueux des piétons et des cyclistes, nous sommes en mesure de réintroduire une activité physique quotidienne dans la vie des gens. Nous pouvons rendre certaines destinations plus accessibles aux enfants, aux personnes âgées, aux pauvres et aux handicapés physiques. Nous pouvons transformer les villages, villes et monopoles actuels en espaces où il sera bien plus agréable de vivre et de travailler, avec une densité et une variété d’habitations saines, des commerces, des entreprises, des lieux culturels… Dans le même temps, nous pouvons réduire notre empreinte écologique en réduisant catégoriquement notre contribution à la dépendance au pétrole et au changement climatique.

Parallèlement à la création de communautés sans voiture, nous travaillerons à l’amélioration des alternatives dans des contextes auto-dépendants. Nous promouvrons des infrastructures de transports alternatifs qui remplaceront les voies automobiles et les parkings, dans le but de réduire sensiblement le trafic routier et la pollution causée par ce dernier. Nous militerons contre la construction de nouveaux parkings, de nouvelles routes, et contre leur élargissement. Nous soutiendrons la mise en place de transports publics propres et efficaces pour compléter la mobilité pédestre. Nous dénoncerons l’idée selon laquelle les situations sociale et écologique pourraient être améliorées en utilisant la voiture moins souvent, ou en se tournant vers des voitures plus « vertes ». Ces « solutions » évitent le problème de la pollution tout en laissant l’urbanisme tout-automobile intact, de même que les modes de vie qui lui sont rattachés : surconsommation et trop grandes dépenses d’énergie.

Dans la recherche d’alternatives à notre système actuel de trafic industrialisé, il est apparu que le concept d’accessibilité de proximité peut-être bien plus utile que la mobilité. Les installations humaines, nous l’oublions souvent, ont été inventées pour maximiser les opportunités d’interaction, pour rapprocher les peuples de leurs destinations et réduire les transports de biens et de personnes. Ainsi, en plus de promouvoir des transports alternatifs, nous tâcherons de ré-attribuer les espaces désertés, vides, où la voiture domine en maître, en lieux tels que des commerces, lieux de travail, de rassemblement, de loisirs, en parcs ou encore en jardins communautaires. Grâce aux journées sans voiture, aux semaines Bike to Work et autres programmes innovateurs, nous travaillerons ensemble à l’amélioration d’un mode de vie plus local, et nous tenterons de convaincre les populations de l’importance d’une réforme de nos transports.

La critique sans détour, voire très cash, de l’automobile, portée par Carfree, épingle les problèmes environnementaux et sanitaires les plus connus (pollution de l’air, pollution sonore, accidentologie) mais aussi les aspects moins évidents.

On évoque donc ainsi d’autres nuisances plus sournoises comme l’étalement urbain et les zones commerciales artificielles, la perte du lien entre les individus par un temps très long passé au volant ou les coûts cachés liés à la possession d’une voiture pour les individus, les privant d’autant de ressources (voir mon article sur l’intellectuel Ivan Illich, précurseur du mouvement slow).

UNE COMMUNAUTÉ ACTIVE

Le réseau Carfree n’est pas uniquement contestataire, il se veut même surtout promoteur de solutions. Ainsi, par exemple, des initiatives cyclistes sont mises à l’honneur sur le site carfree.fr dans une rubrique « Vélogistique » où des Vélocargos (équivalent des camionnettes de livraison), des Rickshaws (cyclos-pousse) revisités et autres Recyclettes ringardisent les véhicules à moteur.

Outre la journée mondiale sans voiture, divers événements sont par ailleurs organisés ou soutenus de manière récurrente, telles que des rencontres pour la gratuité des transports, des virées cyclo-nudistes… Tissée d’actions locales, cette initiative d’ampleur mondiale pour se réapproprier notre petite planète ne mérite-t-elle par d’être davantage connue ?


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À propos de l’auteur

DANIEL CALAFAT

Infirmier, diplômé en Pratique de l'Intervention Sociale, je m'intéresse à l'intelligence collective et à ses applications dans l'amélioration de notre cadre de vie.

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