Stein Van Oosteren alias Monsieur Vélo : « Les cyclistes vont devenir majoritaires »

Interview du philosophe et cycliste militant Stein Van Oosteren. Surnommé Monsieur Vélo pour sa défense inlassable de la petite reine, il explique aux lecteurs du journal minimal comment mettre fin au règne de l’automobile.

Stein Van Oosteren
Stein Van Oosteren à Poitiers, à côté de son vélo pliant, avant d’animer un débat. Photo: Iris Petitjean.

Lettrine stein Van Oosteren, auteur du livre Pourquoi pas le vélo ?, confie avoir écrit cet ouvrage pour qu’il serve de base de discussion avec les gens. Visiblement, c’est réussi, puisque « Monsieur Vélo » est invité à débattre de l’avenir de ce moyen de transport dans de nombreuses villes. Je l’ai rencontré lors de sa visite à Poitiers en octobre où, après diverses sollicitations officielles, il animait un débat autour du film documentaire Why we Cycle, de son compatriote Gertjan Hulster.

L’homme est venu de la banlieue parisienne à la province pictave en train, avec comme bagage à main son vélo pliant, qu’il emmène partout.

Quels sont les freins au développement du vélo ?
Les gens veulent un moyen de transport agréable, efficace, et bon marché et le vélo répond à tous ces critères. Hélas, en France, le système est entièrement fait pour la voiture. Tous les choix d’infrastructure ont été pensés pour elle, ce qui fait qu’on a du mal à imaginer autre chose, quelque chose de plus efficace et de plus minimaliste. Et il ne suffit pas de réduire la place et la vitesse des voitures dans les zones urbaines avec de la lecture : ce n’est pas avec un malheureux panneau « limité à 30 km/h » que la vitesse va diminuer. Il faut réaménager la voirie.

En ville, d’accord, la voiture est encombrante et finalement moins pratique que le vélo, mais à la campagne ?
J’ai grandi à la campagne : j’étais le 1 321habitant d’un village entouré de fermes à cochons ! Alors je sais de quoi je parle. On peut très bien faire du vélo à la campagne, il faut créer des pistes cyclables sur les grosses routes.

Mais quand même, les distances sont importantes à la campagne, n’est-ce pas ?
Mais non, c’est un mythe ! Les études l’ont montré (1). Quand on comptabilise les distances effectuées par les gens, selon leur lieu de vie (rural, périurbain ou urbain), on s’aperçoit que la proportion de grands trajets, c’est-à-dire de trajets supérieurs à 15 km et nécessitant un transport motorisé, est toujours la même : 30 %. Donc, où qu’on habite, 70 % de nos trajets sont suffisamment courts pour être effectués à vélo, ou du moins sans véhicule à moteur. Conclusion : on manque juste d’infrastructures !

Comment les mettre en place ?
En demandant à la bonne personne ! La mairie, ce n’est pas une entité abstraite ou éloignée : c’est des gens qu’on élit pour qu’ils fassent des choses pour nous. Il faut aller les voir. On m’appelle souvent « Monsieur Vélo », mais je me nommerais plutôt « Monsieur Ville-vivable », je ne suis pas forcément pour le vélo, ce n’est qu’un moyen de rendre la ville agréable pour tous. Agréable pour vivre, pour flâner, pour travailler, sans distinction. Il faut aussi libérer son imagination : les rues ne sont pas forcément des endroits dominés par les voitures ! Demandons aux élus de mettre ça en place.

Et comment demander, concrètement ?
[Stein désigne son livre en souriant] Eh bien, tout est là ! J’ai écrit ce livre comme plein de petits tableaux, chacun choisira son préféré ou le plus adapté, et peut s’en inspirer pour changer les choses. Déjà, on peut aller dans la rue. Il y a beaucoup d’associations, comme la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), des ateliers de réparation, des collectifs de vélorution, etc. Mon association, FaR à vélo, a par exemple présenté à la mairie de Fontenay-aux-Roses un plan-vélo pour la ville. Ensemble, entre usagers de l’espace public, il faut discuter, se regrouper. Ici, à Poitiers, nous allons nous réunir pour voir le documentaire Why we cycle [bande annonce du film ci-dessous], et surtout ensuite avoir un débat, lors duquel je demanderai aux participants s’ils pensent que c’est possible de rendre la ville cyclable.

Ça suffit pour que les choses bougent ?
Il faut être ensemble. Si on est nombreux, organisés, et qu’on a un projet, alors là les villes écoutent. On peut rallier les autres associations de vélo, et constater que oui, les choses bougent. La FUB a commencé à élaborer en 2017 une évaluation de la praticabilité des villes à vélo, avec le baromètre des villes cyclables. Ils le répètent tous les deux ans depuis. C’est un questionnaire que tout le monde peut remplir, [pour l’édition 2021, c’est jusqu’au 30 novembre, allez-y, ça prend un quart d’heure à peine et ça peut vraiment changer les choses, N.D.R.], qui permet à tous de s’exprimer, d’indiquer les problèmes, et de bénéficier du retour de ces informations collectées aux communes concernées. Pour montrer que les usagers du vélo ne sont pas une minorité, et enfin se faire entendre.

Que faire avec les anti-vélo, qui ne veulent pas que les choses changent ?
Personne n’est vraiment anti-vélo ! Les commerçants qui considèrent à tort que la voiture leur amène du monde (2) sont avant tout pro-clients. Les maires qui pensent que leurs concitoyens veulent des places de parking sont avant tout pro-circulation. On pense à tort, par analogie sans doute avec la circulation sanguine, que la circulation c’est la vie, et que quand elle n’est pas visible, alors c’est mort. Or, quand la circulation automobile est coupée, c’est que la circulation est ouverte pour les gens, pour la vie. La ville éclot quand on diminue l’espace alloué à la voiture ! C’est tellement évident : le vélo est le moyen de transport minimal par excellence, rapide, bon marché, efficace, léger… que des avantages !

Et pour que les choses changent, il faut y mettre de l’énergie. Mais on a tous une quantité d’énergie limitée. Quand on veut que les choses bougent, il faut investir son énergie de manière ciblée. Je consacre mon temps aux citoyens susceptibles de faire changer les choses. Je sais que je ne ferai pas changer d’avis les opposants, alors je vais plutôt voir ceux qui sont d’accord avec moi, ceux en qui je trouve de l’écho. Je pense qu’il faut créer une coalition constructive. Ensemble, par la force des choses, nous allons devenir majoritaires et donc changer le monde.♦

Propos recueillis par IRIS PETITJEAN

Notes : Ressources issues du livre de Stein Van Oosteren Pourquoi pas le vélo ?
(1) Étude du Groupement des autorités responsables des transports en 2015 sur la manière de se déplacer et la nature des trajets effectués en France.
(2) Article d’Alternatives économiques du 12/12/2019 de Matthieu Chassignet, sur la fausse croyance des commerçants sur le fait que les voitures amèneraient des clients.


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À propos de l’auteur

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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