Le plan vélo du gouvernement : un amas de mesures plus ou moins bidons

Le gouvernement avait annoncé en 2018 un plan vélo. Après le récent vote de la loi d’orientation des mobilités (LOM), où en est-on ? Le journal minimal fait le point.

Un velo et des bidons
Illustration: Pixabay.

La bicyclette ne représente que 3 % des transports quotidiens en France. Pour essayer de convaincre les automobilistes de s’y convertir, le gouvernement avait lancé en septembre 2018 un « plan vélo », avec comme objectif de tripler son usage et d’atteindre 9 % d’ici 2024. Un objectif relativement raisonnable, sachant que par exemple les Néerlandais, champions en la matière, y recourent pour plus d’un quart de leurs trajets.

Ce plan vélo, présenté par François de Rugy, alors ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne, ministre des Transports et Édouard Philippe, prévoyait donc une série de mesures pour développer la culture du vélo. Qu’en est-il vraiment ?

1. Les 350 millions d’euros annoncés par Édouard Philippe
Le Premier ministre avait annoncé une enveloppe de 350 millions d’euros sur sept ans pour le plan vélo, l’enveloppe a bien été votée dans la loi d’orientation des mobilités (LOM) promulguée le 24 décembre 2019, mais il apparait que ce budget concerne les investissements de l’État dans les « modes actifs de déplacement », tels que le vélo, la marche à pied… Cette enveloppe n’est donc pas exclusive.

2. La continuité cyclable
43 millions d’euros seront en tout cas consacrés à la réalisation des 152 projets de continuité cyclables sélectionnés en France métropolitaine et dans les territoires d’Outre-mer. L’État subventionnera ainsi le développement local d’itinéraires reliant deux communes, de passerelles et de nouvelles voies cyclable en ville.

3. Le vélo embarqué
La LOM oblige les autocars et les trains à prévoir un espace pour des vélos non démontés.

4. Le marquage des vélos
Pour répondre aux nombreux vols, le gouvernement a mis l’accent dans la LOM sur l’identification des matériels. Sa mesure phare est la création d’un système généralisé de marquage du numéro de série sur les vélos vendus. Au moment de l’achat, le vendeur fixe le dispositif de marquage au vélo et le numéro est répertorié, accompagné du nom de son propriétaire, dans un fichier national accessible aux forces de l’ordre.

Les quelques vendeurs que nous avons contactés affirment cependant qu’ils n’ont reçu aucune information à ce sujet. En attendant que le dispositif soit opérationnel (début 2021 dans tout le pays, selon le ministère de la Transition écologique), chacun fonctionne donc à sa manière. Pour le moment, le numéro de série attribué au moment de la facturation n’est pas mis sur le vélo lui-même et sa référence est conservée individuellement par chaque vendeur, sans mise en commun, ni accès par la police en cas de vol.

5. Des garages sécurisés dans les entreprises
En revanche, la LOM a été très vite sur un autre point : depuis le 1er janvier 2020, soit une semaine après sa promulgation, elle impose aux entreprises qui possèdent des locaux de stationnement d’inclure des espaces sécurisés pour les vélos de leurs salariés. Ces infrastructures sont également prévues dans les gares et pôle d’échanges intermodaux de transports, mais pas avant 2024.

6. Une indemnité vélo
Le plan vélo prévoit un forfait d’indemnisation des salariés pour les trajets maison-travail. Dans le privé, le montant pourra atteindre 400 € par an, sous la forme d’une franchise d’impôt et de cotisation sociale, mais son application par les entreprises sera… facultative. Dans le public, le gouvernement promet un forfait allant jusqu’à 200 € par an, applicable à tous ses agents, dès 2020, mais la mesure n’est pas encore mise en place. Le secrétariat d’État aux Transports assure néanmoins que les décrets sont en cours de rédaction et seront publiés dans le premier semestre.

En attendant, l’indemnité kilométrique instaurée en 2016, est toujours d’usage. La différence ? Elle ne concerne que le secteur privé et ne dépasse pas les 200 € d’indemnisation par an.

7. Enseigner le vélo aux plus jeunes
Le ministère de la Transition écologique se félicite d’avoir mis en place depuis avril 2019 le programme « Savoir rouler à vélo », destiné aux enfants de 6 à 11 ans. Il s’agit d’une formation d’au minimum dix heures pour apprendre à maîtriser le véhicule et circuler en autonomie sur la route. Cependant, peu d’obligations entourent ce programme : son suivi n’est pas obligatoire et la validation des compétences avant le collège ne l’est pas non plus !

La seule obligation qu’auront les enseignants sera d’informer les familles que des associations proposent cette formation, soit beaucoup de communication, mais peu d’action… L’occasion se présentait pourtant d’ériger la maîtrise du vélo en priorité nationale de sécurité et d’autonomie, au même titre que l’enseignement de la natation.

8. La révolution culturelle
Lors de l’annonce du plan vélo, Édouard Philippe avait commencé son discours par cette réflexion : « En France, tout se passe comme si le vélo restait un sport, beaucoup plus qu’un moyen de transport ». L’objectif de la réforme, expliquait-il, était de développer une culture du vélo.

Dès la promulgation de la loi d’orientation des mobilités, la Fédération française des usagers de bicyclettes (FUB) a effectivement salué la reconnaissance du vélo comme « mode de transport à part entière ». Mais l’association dit regretter le manque d’ambition des mesures : « La FUB sera vigilante à la rédaction des décrets d’application, notamment sur la qualité et la durabilité de l’identification des vélos, les volumes d’emports dans les autocars et les trains, les modalités de mise en place du stationnement sécurisé dans les gares, ainsi que les conditions de mise en place du ‘forfait mobilité durable’ (notamment le cumul avec le remboursement des transport en commun). »

Les décisions prises semblent en effet bien timides : le gouvernement crée un programme d’enseignement facultatif, une indemnisation selon le bon vouloir de l’employeur, l’adaptation d’une partie seulement des trains à l’accueil des vélos… Alors de nouvelles pistes cyclables vont éclore de ci-de là, oui, mais la révolution culturelle parait encore loin.


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À propos de l’auteur

LAURA REMOUÉ

Jeune journaliste, passionnée par les problématiques écologiques et féministes, photographe à mes heures perdues.

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