Fiche de lecture : Pourquoi pas le vélo ? Envie d’une France cyclable

Dans Pourquoi pas le vélo ?, le philosophe néerlandais Stein Van Oosteren donne, avec une bonne dose d’humour, un mode d’emploi pour faire de la France un pays aussi cyclable que les Pays-Bas.

Pourquoi pas le vélo ?
« Pourquoi pas le vélo ? Envie d’une France cyclable », par Stein Van Oosteren, aux Éditions Ecosociété, 2021.

Le genre
Essai.

Le pitch
Aux Pays-bas, considérés comme la nation du vélo, et d’où est originaire l’auteur, la voiture dominait encore la chaussée dans les années 1970. Alors, s’ils ont pu revenir à la raison, pourquoi pas nous ? Cet ouvrage expose tous les arguments pour faire en sorte que la France redevienne un pays cyclable… mais également tous les arguments contre le développement du vélo. Avertissement : la majorité d’entre eux se situent dans la tête.

L’auteur
Surnommé « Monsieur Vélo », Stein Van Oosteren est le porte-parole du Collectif Vélo Île-de-France. Ce philosophe Néerlandais vit en région parisienne et milite auprès des élus franciliens pour la création d’un RER V (comme vélo), constitué de 9 lignes cyclables sécurisées et continues, qui relieraient les grands pôles de la région. Pourquoi pas le vélo ? est son premier essai.

Le plan du RER V
Le plan du RER V.

Mon humble avis
Des chapitres courts, des illustrations, un humour bienveillant… Cet essai est conçu comme un mode d’emploi pour rendre la France cyclable. Déjà convaincue à titre personnel de l’efficacité du vélo en matière de déplacement urbain, j’y cherchais des arguments concrets pour étayer mes revendications, sans tomber dans l’hostilité crasse envers la voiture, travers dans lequel j’avoue verser souvent. Mais je n’imaginais pas en trouver autant.

En plus d’en connaître un rayon, Stein Van Oosteren s’est solidement documenté : en fin d’ouvrage on trouve 230 notes et des annexes. Considéré, parce que Néerlandais, comme culturellement conditionné à aimer le vélo, Stein Van Oosteren se défend : les Pays-Bas donnent toute la place au vélo, certes, mais par choix politique.

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Les Néerlandais, assure-t-il, n’ont pas de gène du guidon particulier, seulement des infrastructures adaptées, et un urbanisme pensé dès le départ de manière différente. En effet, les villes là-bas sont faites pour les humains, à l’inverse des nôtres, d’abord envisagées sous l’angle de la voiture.

Certes, dans de nombreux endroits en France, les distances sont trop importantes pour se passer de bagnole. Mais pourquoi sont-elles devenues si indispensables ? Pourquoi ne dispose-t-on pas d’un réseau ferré efficace pour les longs trajets, ni de zones de vie humaine où tout se trouve à portée de pédale ? Pourquoi cette domination spatiale de la voiture, cette arrogance, alors même que la majorité du temps, l’engin ne roule pas, et que de nombreux déplacements urbains s’effectuent d’autres manières.

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On apprend, dans Pourquoi pas le vélo ? à reconsidérer les choses. Par exemple : une chaussée encombrée de voitures et à côté une piste cyclable vide, cela ne veut pas dire que celle-ci est inutile, cela peut au contraire indiquer qu’elle est efficace : ses usagers sont déjà loin et non pas bloqués dans les embouteillages !

Et puis, surtout, le vélo, c’est l’engin minimaliste par excellence : entièrement réparable par son usager, il peut le transporter toute sa vie !

Un extrait du livre
« Qu’il pleuve ou pas, dans les pays nordiques, les enfants se déplacent souvent à vélo, contrairement à la France. Très jeunes, ils apprennent à prendre le guidon de leur vélo et à prendre des décisions de façon autonome. Cette expérience leur donne une confiance en soi et une énorme liberté de déplacement, qui explique en partie pourquoi les enfants néerlandais, selon un rapport de l’Unicef, sont les plus heureux du monde. La majorité des enfants bénéficie de cette source d’épanouissement aux Pays-Bas, où trois enfants sur quatre vont à l’école à vélo.

En France, la situation est tout autre : 73 % des enfants sont emmenés à l’école en voiture, sans doute pour les protéger. Mais en réalité, leur santé est mise en danger : en 40 ans, les enfants ont perdu un quart de leur capacité cardiovasculaire à cause du manque d’exercice physique. Un deuxième danger les guette sur la banquette arrière de la voiture : le développement de leur autonomie mentale. Très jeunes, ces enfants s’habituent à prendre une attitude de passager, donc de suiveur. En transportant les enfants au lieu de les laisser se transporter eux-mêmes, les parents leur inculquent un message très symbolique : ‘Ce n’est pas toi-même mais d’autres personnes qui décident où tu vas.’ Ils deviendront des adultes qui auront davantage peur de prendre une initiative.

Cette différence entre les Pays-Bas et la France ne s’explique pas par l’absence de pistes cyclables. Plus généralement, elle concerne la confiance accordée aux enfants. […]

Le vélo représente cette école de l’autonomie par excellence : l’enfant néerlandais est posé sur un vélo dès cinq ans, obligé de trouver son équilibre tout de suite. Ce qu’il réussit à faire sans problème, car il est encore jeune et moins inhibé par la peur qu’un adulte. Grâce à cette expérience en bas âge, il sera plus confiant et audacieux plus tard, dans le monde des affaires par exemple. En face d’un projet commercial, le premier souci d’un Néerlandais sera : ‘Comment va-t-on le mettre en œuvre ?’ Un Américain demandera : ‘Comment va-t-on en faire le marketing ?’ Alors qu’un Français se souciera d’abord de l’autorisation : ‘Oui, mais est-ce qu’on a le droit ?’ ou ‘Est-ce que c’est homologué ?’ »

Stein Van Oosteren, Pourquoi pas le vélo ? Envie d’une France cyclable, Éditions Écosociété, 2021, 200 pages.


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À propos de l’auteur

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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