Ouvrons les frontières aux migrants, fermons-les aux marchands

La pression migratoire aux frontières des pays riches va augmenter et le pillage des ressources des pays pauvres va continuer. Pour briser ce cercle vicieux et limiter le réchauffement, laissons passer les migrants et bloquons les marchandises.

Un cargo chargé de marchandises et à côté un frêle esquif avec des gens à bord.
Ouvrons les frontières aux migrants, fermons-les aux marchands! Photo: Pixnio.

Huit milliards d’êtres humains, nous y sommes. Notre espèce, la plus nuisible que la Terre ait jamais connue, court à sa perte en créant des déséquilibres partout. Homo Sapiens s’est développé techniquement au point d’être capable de créer des cœurs artificiels et des voitures qui roulent toute seules de Marseille à Roscoff mais il n’y a pas eu de mise à jour, dans le même temps, de son besoin de sécurité et de confort, lequel semble ne connaître aucune limite.

Pour pouvoir continuer à manger des côtes de bœuf aux ananas, à regarder des vidéos de chat(te)s dans les ascenseurs et à arroser des champs de maïs gavés d’intrants russes, bref pour pouvoir continuer à mener la belle vie, les gens du Nord sont prêts à refouler en masse les gens du Sud qui fuient la misère et les dictatures – causées et entretenues par la « belle vie » des premiers.

HISTOIRE SORDIDE

Prenons le cas de notre doux pays, obligé d’accueillir la semaine dernière à Toulon les 234 demandeurs d’asile récupérés dans les eaux libyennes et maliennes par le navire Ocean Viking de l’ONG SOS Méditerranée – l’Italie de Giorgia Meloni l’ayant refoulé. Au lieu d’assumer son choix, humaniste pour une fois, la France a aussitôt annulé sa promesse de servir de refuge à 3 000 migrants actuellement dans la péninsule. Des représailles diplomatiques qui n’augurent rien de bon.

Citons aussi cette histoire sordide de non-assistance à personne en danger, racontée par Le Monde : dans la nuit du 23 au 24 novembre 2021, les autorités militaires du Cross Gris-Nez (Pas-de-Calais) ont refusé de porter secours à des migrants dont le canot subissait une avarie au milieu de la Manche, leur riant presque au nez quand ils les avaient au bout du fil, allant même jusqu’à dissuader un navire qui passait par là d’aller les repêcher. Bilan : 27 passagers morts noyés, dont 6 femmes et 1 petite fille.

GRANDS PRÉDATEURS

Combien de temps allons-nous trouver décent de barboter dans nos jacuzzis à débordement en croquant des chips pendant que les Nigérians pataugent dans la boue des inondations provoquées par les monocultures de palmiers à huile ? Combien de temps allons-nous mettre pour laisser accoster les canots des migrants dans la mouise et pour refouler les cargos des marchands remplis de pétrole, de lithium et de sable volés, dont nous n’avons absolument pas besoin pour être heureux et en bonne santé ?

« L’humanité a le choix : coopérer ou périr. Il s’agit soit d’un pacte de solidarité climatique, soit d’un pacte de suicide collectif « , constatait António Guterres, secrétaire général des Nations unies, à l’ouverture de la COP27. Alors dépêchons-nous de mettre hors d’état de nuire les grands prédateurs blancs à l’esprit dérangé qui s’accaparent les ressources communes : Vladimir Poutine qui pique le blé des Ukrainiens et le gaz des Esquimaux pour les revendre à prix d’or, Elon Musk qui rase les forêts indonésiennes pour extraire le nickel nécessaire aux batteries de ses Tesla surdimensionnées, Vincent Bolloré qui organise le pillage du continent africain et offre des tribunes médiatiques en France à des excités d’extrême droite. Leurs bateaux ne doivent plus pouvoir accoster nulle part.

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À propos de l'auteur
EMMANUELLE VEIL
Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.
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