La fumisterie de Total bientôt devant la justice ?

Un projet de forage controversé en Guyane, un je-m’en-foutisme au sujet de l’accord de Paris, une visite amicale au prince d’Arabie saoudite : Total est sous le feu des critiques cet automne.

Rollin coal, pollution maximale, à l'image de Total
Un automobiliste en train de pratiquer le « rolling coal »: polluer pour le plaisir après avoir trafiqué le moteur de son véhicule. Image: flashitrucks (Instagram).

Responsable de la gigantesque marée noire de l’Erika il y a près de vingt ans, Total avait, depuis, réussi à se faire un peu oublier (1). Mais cet automne le géant du pétrole semble en train de redevenir le symbole de ces grandes entreprises dont l’activité génère une destruction accélérée de la Terre (2).

Un projet controversé de forage dans les eaux guyanaises
Total vient d’obtenir l’autorisation préfectorale d’aller creuser dans le fond de la mer des Caraïbes un puits de 4 kilomètres de profondeur, non loin d’un récif corallien unique, à l’embouchure du fleuve Amazone. Si le groupe y trouve des gisements de pétrole, il pourrait procéder à quatre forages supplémentaires d’ici 2022.

Les Guyanais se sont pourtant massivement prononcés contre le projet au large de leur côte : ils ont été 7 183 à émettre un avis dans l’enquête publique (un record), et 100 % de ces avis étaient défavorables !

Un plan de vigilance 2018 qui ne tient pas compte de l’accord de Paris sur le climat
La semaine dernière, à l’initiative de l’ONG Notre affaire à tous et de 3 autres associations, 13 maires de diverses sensibilités politiques (3) ont envoyé par porteur et courrier recommandé une lettre à Patrick Pouyanné, PDG du groupe Total, pour lui demander de se conformer à la loi du 27 mars 2017 sur le devoir de vigilance. Cette loi oblige les grandes entreprises à établir et mettre en œuvre des mesures afin d’éviter les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes, ainsi que l’environnement.

Or, « le plan de vigilance de Total ne fait que 5 à 6 pages et il y a juste quelques lignes sur le changement climatique », ont expliqué les protestataires lors de leur conférence de presse. « Si Total ne corrige pas son plan de vigilance en 2019, une action en justice avec mise en demeure pourrait être engagée », ont-ils prévenu (voir, ci-dessous, le maire de Grenoble, Eric Piolle, qui interpelle fermement le PDG de Total. Durée : 4 min 38 s).

La mise en demeure pourrait intervenir au printemps prochain et constituerait le premier pas vers un éventuel procès climatique.

Une visite en toute amitié au sulfureux prince d’Arabie saoudite
La semaine dernière, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, s’est par ailleurs fait remarquer en refusant, contrairement à la plupart des grands patrons français, de boycotter le Davos du désert organisé par Mohammed ben Salman, prince héritier du royaume saoudien soupçonné d’avoir commandité l’assassinat à la scie du journaliste Jamal Khashoggi.

Les régimes autoritaires n’empêchent pas le PDG de Total de dormir, semble-t-il. Après tout, n’y a-t-il pas même intérêt pour le patron de cette multinationale française à entretenir de bonnes relations avec les chefs d’État qui défendent les énergies fossiles, qu’ils s’appellent Bolsonaro (Brésil), Trump (États-Unis) ou Duterte (Philippines), ces populistes réactionnaires que l’historien Jean-Baptiste Fressoz qualifie de représentants d’un carbo-fascisme ?

(1) Le naufrage de l’Erika, navire affrété par Total, causa la pollution au fuel lourd de 400 kilomètres de côtes françaises en 1999.
(2) Selon les travaux de Richard Heede, Total était responsable de 0,7 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde en 2015, et de 0,9 % sur la période 1988-2015.
(3) Les signataires de la lettre au PDG de Total : les maires Arcueil (Val-de-Marne), Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), Bègles (Gironde), Correns (Var), Grande-Synthe (Nord), Grenoble (Isère), La Possession (La Réunion), Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), Nanterre (Hauts-de-Seine), Saint-Yon (Essonne), Sevran (Seine-Saint-Denis) et Vitry-le-François (Marne), les élus de l’intercommunalité francilienne Est Ensemble et les associations Notre affaire à tous, Les Éco Maires, Sherpa et Zéa.

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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

2 commentaires

  1. Merci de cet article.
    Business is business! Total comme toutes les multinationales et surtout les pétrogazières ne peut s’arrêter à des considérations de valeurs, d’éthique, etc. Mais c’est aussi vrai pour le commerce en général.
    Le capitalisme et la finance sont définitivement incompatibles avec l’écologie. Hélas ici comme ailleurs la notion fondamentale d’attraction gravitaire et de masse critique s’applique ! Plus « on » est gros, plus « on » attire et plus « on » agrège, sans tenir compte des « détails ».

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