La fabrique du pneu, un crime colonial oublié

Dessin : Jiho

Connaissez-vous la sale histoire du pneumatique ? Au 19e siècle, des millions de Congolais ont été massacrés pour exploiter l’hévéa, l’arbre à caoutchouc.

Après avoir été, en France, une source de richesses inouïe pour des entreprises, des villes, des régions, le pneu est synonyme aujourd’hui de délocalisations, de plans sociaux, de chômage de masse. Michelin, Goodyear, Continental ! Les belles années sont derrière nous, rien ne va plus et ça n’est sans doute pas fini.

Mais par le prodige des grands silences qui font oublier ce dont il ne vaut mieux pas se souvenir, on a occulté largement les débuts du pneumatique. Pourtant son histoire liée à celle du caoutchouc s’est écrite dans le sang. En 1885, l’esclavage est aboli dans les constitutions européennes depuis quelques années. Un explorateur belge du nom de Stanley, que l’on vénère encore ici ou là comme un « défricheur de civilisations » (sic), achète pour quelques poignées de francs des terres à des chefs illettrés qui s’engagent à fournir la main d’œuvre nécessaire à l’exploitation de l’hévéa, l’arbre à caoutchouc.

TRAVAUX FORCÉS, MUTILATIONS, VIOLS

Léopold II, roi des Belges, a compris l’intérêt qu’il y avait à exploiter cette matière nouvelle et pleine de promesses grâce au développement soudain de l’automobile. Il devient propriétaire des terres et des hommes, il ne reste plus qu’à les contraindre par la force.

L’horreur commence avec le 19e siècle finissant. On viole, on incendie les villages en toute impunité et l’on réinvente l’esclavage pour les travailleurs du caoutchouc. Les enfants sont contraints de travailler, ils sont  mutilés s’ils ne sont pas assez rapides, tués par tribus entières. L’ensemble des hommes marchent au fouet. Les femmes sont forcées aux rapports sexuels, les bébés jetés dans les fossés.

Photo : Leopold II
Le roi Léopold II de Belgique (1835-1909)

L’Occident laisse faire, chacun y gagne, il faut toujours plus de caoutchouc, de pneus, d’automobiles. Cette folie durera vingt ans et l’on estime à 10 millions le nombre de Congolais morts par ce régime de torture. Ce sont des voyageurs et des intellectuels qui alerteront le monde, tels Mark Twain, ou Conan Doyle, qui écrira :

« Beaucoup d’entre nous en Angleterre considèrent le crime qui a été commis sur les terres congolaises par le roi Léopold de Belgique et ses partisans comme le plus grand crime jamais répertorié dans les annales de l’humanité. Je suis personnellement de cet avis ».

Quand ces massacres éclatèrent au grand jour, Léopold II fut contraint de céder le Congo (dont il avait fait sa propriété privé) à la Belgique, qui lui accorda l’indépendance quelques années après. Cela n’empêche pas les rues, les avenues, les ponts « Léopold II », sans doute l’un des plus grands génocidaires de tous les temps.

Dessin : Olivier Jiho (Site / Facebook)

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À propos de l’auteur

ETIENNE LIEBIG

Un peu journaliste dans un paquet de journaux satiriques, un peu chroniqueur à la radio RMC, pas mal écrivain de romans drôles et érotiques, anthropologue le jour et musicien la nuit...

3 commentaires

    • Je ne connaissais pas cette tragédie « en caoutchouc » ; effectivement c’est terrible. Quant au film il est pétillant et la petite fille délicieuse, le contraste avec l’horreur des crimes de cette phase de colonialisme est émouvant.

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