Ambassadrice des pigeons, Brigitte Marquet les défend bec et ongles

Fondatrice de l’Ambassade des pigeons, Brigitte Marquet promeut l’installation de pigeonniers dans les villes françaises et se bat pour éviter à ces oiseaux très sensibles un abattage barbare.

Brigitte Marquet, Ambassade des Pigeons, pigeons, Paris, Notre-Dame,
Brigitte Marquet avec ses protégés, devant Notre-Dame de Paris, Paris, 2018. Photo: Emmanuel Valette.

Identité
• Brigitte Marquet
• Née en 1946, à Vouziers, 4 000 habitants (Ardennes).
• Profession : ancienne documentaliste de presse à la Maison de la radio, son combat bénévole pour les pigeons l’occupe aujourd’hui à plein temps.
• Signe particulier : elle porte toujours sur elle une pochette en tissu qui contient des ciseaux, une pince à épiler, de la Bétadine et des compresses pour soigner les pigeons, ainsi qu’une seringue pour leur donner à boire en cas d’urgence.

Principal fait d’arme
Avec son association, Brigitte Marquet a réussi à faire cesser les captures de pigeons sur l’Esplanade du Centre Pompidou à Paris. Jusqu’en 2006, 200 pigeons étaient saisis puis exterminés dans des caissons sous vide, deux fois par an. La militante conserve précieusement comme un trophée, la lettre de la direction du Centre qui lui a annoncé la bonne nouvelle.

Démarche
Brigitte Marquet préside l’Ambassade des pigeons, une association fondée en 2012, basée à Paris et qui défend les pigeons des villes (ou pigeons bizet). Ces oiseaux, dont personne ne s’occupe, sont souvent blessés, mutilés, laissés pour morts sur le bitume, dans l’indifférence générale. Pour elle, ce sont des « boucs émissaires sans défense » que les mairies font chasser, capturer et tuer par des sociétés privées mandatées pour « réguler » les populations. Et les procédés sont cruels : saisie au filet, castration sans anesthésie générale, éclatage sous vide ou encore gazage au gaz carbonique…

C’est à la Société protectrice des oiseaux des villes de Châtillon (Hauts-de-Seine) que Brigitte Marquet a appris à attraper les oiseaux et à leur enlever les fils à la patte qui transforment celles-ci en moignons. Elle a même fini par s’acheter une épuisette télescopique pour atteindre et sauver les volatiles les plus inaccessibles. « J’ai toujours été très souple », plaisante-elle.

Mais le combat se joue aussi en coulisse auprès des services techniques des mairies où Brigitte plaide inlassablement pour l’installation de pigeonniers, à grand renfort de dossiers et d’études venues d’Allemagne ou de Suisse. Cette solution beaucoup plus douce permet de contrôler les naissances mais aussi de circonscrire les fientes. « Un seul pigeon capturé et tué coûte 5 à 10 € à la collectivité, la mise en place de pigeonniers revient bien moins cher à moyen et long terme », argumente-t-elle.

Brigitte Marquet, Ambassade des Pigeons, pigeonnier
Le pigeonnier du square de la Roquette (Paris 11e). Photo: Emmanuel Valette.
Brigitte Marquet, Ambassade des Pigeons
Brigitte Marquet, Paris, 2018. Photo: Emmanuel Valette.

L’Ambassade des pigeons a remporté plusieurs batailles significatives, comme à Reims, à Troyes et à Saint-Étienne où elle a obtenu l’arrêt des captures et l’installation de plusieurs pigeonniers en 2015.

À Paris, douze pigeonniers ont été progressivement installés dans la capitale depuis 2007 grâce aux démarches associatives. Mais il en faudrait plus. Brigitte Marquet évalue les besoins à au moins cinq pigeonniers supplémentaires par grand arrondissement pour une population totale estimée à 80 000 à Paris.

Vidéo
La parole aux pigeons est un court métrage de 20 minutes réalisé en 2008 par Brigitte Marquet. On la voit notamment, le jour de l’installation du premier pigeonnier à Paris, square de la Roquette (Paris 11e), guider les volatiles jusqu’à leur nouvel abri, en leur laissant des graines sur le parcours « à la manière du Petit Poucet » (à partir de 16 minutes). Le film retrace une partie de son combat pour les pigeons, avec notamment la mythique Nadia Fontenaille (ci-dessous), ancienne présidente de la Société protectrice des oiseaux des villes.

Bio express
• Années 50 : durant son enfance, Brigitte Marquet est traumatisée par la chasse pratiquée par ses parents, le cri des cochons qu’on castre ou encore certains vêlages difficiles. « J’en ai fait des cauchemars toute ma vie », se souvient celle qui prône le respect de toute vie animale.
• 2002 : quelques jours après la mort de sa chienne, Fox, qu’elle adorait, elle remarque un pigeon blessé à Paris et le met spontanément dans son sac pour le ramener chez elle. Un vétérinaire lui parle alors de la Société protectrice des oiseaux des villes (SPOV). Elle y adhère et participe aux sauvetages des pigeons blessés de jour comme de nuit.
• 2014 : Dans la nuit de Noël, un pigeonnier de toit est installé à l’École vétérinaire d’Alfort (94) grâce au partenariat entre l’Ambassade et le Centre d’accueil et de soins de pigeons. Idéal pour la nidification des oiseaux et d’un faible prix de revient (2000 €), ce pigeonnier sert désormais de modèle à de nombreuses communes pour une gestion éthique et durable des populations de pigeons.

Réseau
Brigitte Marquet compte plusieurs soutiens dans le milieu de la cause animale, comme l’association L214 et la LPO (Ligue de protection des oiseaux). Ces structures renvoient régulièrement leurs adhérents vers l’Ambassade des pigeons.


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À propos de l’auteur

EMMANUEL VALETTE

Journaliste, j'ai rejoint l'équipe du journal minimal en 2017.

14 commentaires

  1. Madame Brigitte Marquet, la Présidente de l’Ambassade des pigeons, à qui j’ai proposé de se déplacer dans mon département du Loir et Cher, n’a pas hésité une seconde pour venir nous apporter ses multiples compétences, ses expériences. C’est avec beaucoup d’humanité qu’elle se consacre à la gestion des pigeons qui représente une grosse préoccupation pour les villes de France et d’Europe.
    Nous projetons un conventionnement entre une petite ville du département/ l’Ambassade des pigeons/La LPO 41 pour installer le premier « pigeonnier contraceptif » en Loir et Cher.
    Si certaines populations d’oiseaux s’effondrent en France, nous en sommes conscients et nous employons à tenter d’améliorer cette situation périlleuse.
    En ce qui concerne les pigeons des villes la problématique est ailleurs et les efforts communs des associations naturalistes en partenariat avec l’Ambassade des pigeons, les Municipalités devraient contribuer à réguler (sans douleur) les effectifs de pigeons. Mon mail : dnabon@orange.fr

  2. Merci pour cet article qui met un coup de projecteur sur une association vraiment unique et très méritante.
    Brigitte a toute mon admiration car la protection animale est déjà difficile en général, et la protection d’ animaux que la majorité des gens considère comme nuisible l’ est bien plus encore!
    L’ Ambassade des Pigeons mérite de l’ aide et j’ espère que cet article l’y contribuera.
    Nous pouvons cohabiter avec les animaux sauvages, même en ville. Des solutions existent!

  3. Depuis de nombreuses années, Brigitte Marquet fait un travail remarquable et courageux pour la cause des pigeons.
    Elle offre aux communes, son expertise en la matière et propose des solutions réellement durables (efficaces à long terme, moins coûteuses et respectueuses du vivant).
    Présidente de l’association « l’Ambassade des pigeons », elle œuvre inlassablement à réhabiliter ces oiseaux si mal aimés et victimes de fausses légendes.

    Si vous souhaitez des informations sérieuses et documentées sur les pigeons, je vous encourage vivement à consulter le site : http://www.ambassadedespigeons.com

    Vous serez surpris, comme je l’ai été, de notre ignorance en la matière…
    Vous apprendrez que les pigeons sont des oiseaux sensibles et intelligents qui ne véhiculent aucune maladie aux humains.
    Vous découvrirez la cruauté des méthodes employées pour éliminer les pigeons et pourquoi le marché du dépigeonnage a intérêt à favoriser la désinformation.

    Il est grand temps que nous vivions en bonne intelligence avec TOUT le vivant, par une gestion éthique et responsable du monde animal et végétal, le peuple pigeon en fait partie.

    PS. J’ai croisé un jour, le sourire malicieux et bienveillant de Brigitte dans une rue de mon ancien quartier et le destin nous a réuni le temps d’un petit livre magique que j’ai eu le grand plaisir d’illustrer : « Les mémoires de la petite Fox » – Editions l’Harmattan.
    A lire de 7 à 107 ans, c’est drôle et tendre jusqu’à la dernière page !

  4. Beau portrait d’une dame bienveillante et humaine qui adore et défend si bien ces oiseaux qui vivent l’enfer sur terre à cause de l’incompréhension ou l’ignorance des gens . J’ai déjà rencontré cette dame très humaine qui se bat au quotidien contre les sociétés cupides et cruelles de dépigeonnage. Ses projets sont humains et soucieux du bien-être des pigeons . Je crois et je suis sûre que c’est l’association la plus compétente pour la protection des pigeons . Merci Monsieur E.Valette pour ce beau portrait. Madame Brigitte Marquet , les pigeons vous remercient ! moi aussi !

  5. Brigitte nous apprend à prendre soin de ces petits animaux, qui bien que faisant partie de notre quotidien, restent trop souvent exclus de nos interactions. Leur donner des graines et non du pain lève l’acidité de leurs fientes, tant décriée ; leur construire des abris adaptés les incite à se regrouper et à venir nidifier où nous pouvons gérer leur procréation, leur alimentation et soins, et sont une alternative absolument nécessaire aux méthodes inhumaines et coûteuses de ceux qui ont fait de leur extermination un business ; les fils plastiques des poubelles leur cisaille les pattes et les transforment en moignon, les jeter proprement plutôt que de les ignorer lorsqu’ils salissent nos rues est une bonne action si facile à accomplir, etc. etc.
    Nous pouvons tous agir à notre niveau, ne serait-ce que par une prise de conscience et notre soutien à cette cause juste.
    Pour les bibliovores amis des animaux, je recommande chaudement « Les mémoires de la petite Fox », très agréable lecture qui nous initie au monde d’une amie chère 🙂
    Merci Brigitte pour tout ce que tu fais pour eux !

    • EMMANUEL VALETTE

      Merci Thiphaine pour votre retour et pour votre intérêt pour les pigeons et notre portrait de Brigitte Marquet.
      Quant au livre dédié à la petite Fox, il semble décidément faire l’unanimité chez les défenseurs des animaux ! 🙂

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