J’ai testé le jeûne pour la première fois et ce n’est pas de la tarte

Stages, randos, livres, le jeûne est à la mode en France. Novice en la matière, j’ai essayé pendant quarante-huit heures et appris à mes dépens que cette démarche ne doit pas être prise à la légère…

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Les siestes sont recommandées lors du jeûne car l’organisme tourne au ralenti. Photo : Eugène Rayess.

J’ai décidé de profiter d’un week-end prolongé à la mer pour essayer de faire un jeûne. Mes motivations sont nombreuses et pas forcément toutes très limpides, mais en gros je me sens lourd, encrassé. J’estime que mon organisme a besoin de se détoxifier. La veille, juste avant de me coucher, j’engloutis une galette-tartiflette gratinée et une tarte au citron (je découvrirai plus tard que manger gras n’était pas la meilleure idée en fait).

Évidemment, je n’ai pas très faim le lendemain matin et je me contente de boire beaucoup de thé au réveil en guise de petit-déjeuner. Son effet excitant est particulièrement fort avec le ventre vide.

Libérés des contraintes horaires du déjeuner, mon amie et moi partons faire une longue balade sur la plage. Grisés par le vent et l’air iodé, nous terminons même par un petit footing imprévu, nous nous sentons portés par les éléments, comme si le vent et la mer nous encourageaient dans notre désir de nous alléger.

UNE SOIF TERRIBLE

Au retour, toujours pas faim, mais la fatigue se fait sentir. C’est l’heure d’une petite sieste, durant laquelle le ventre commence à se manifester : les premiers gargouillis fusent dans un drôle de concert… Nous sortons pour une autre balade ponctuée par une tisane et d’une séance de cinéma le soir qui permet au cerveau de penser à autre chose qu’à manger. Plus tard, je me régale d’un bouillon de légumes alors que ma compagne boit une énième tisane. Cette première journée s’est parfaitement déroulée et notre jeûne commence bien !

La seconde est tout autre. Dès le lendemain matin, je me réveille avec une soif terrible que seuls des litres de thé et d’eau permettent d’étancher. Surtout, j’ai faim. Très faim ! Je pense à ce que renferme le frigo. Je l’ouvre, me teste et joue avec mon estomac qui crie famine : des asperges vertes, des pommes de terres nouvelles et tous ces fromages normands au lait cru dont je raffole… J’ai envie de tout manger en cachette !

Mais il faut tenir et penser à autre chose. C’est parti pour une autre promenade… Nous parcourons quelques kilomètres entrecoupés de nombreuses pauses et finissons sans énergie… Ma bouche pâteuse et sèche annonce que les toxines commencent déjà à sortir de mon corps.

Mais le pire est à venir : en rentrant, c’est l’heure du déjeuner pour mon père et ma belle-mère qui ont cuisiné une soupe d’asperges, des pommes de terre vapeur et préparé une belle salade. L’odeur est alléchante et nous faisons la bêtise de nous asseoir à table avec eux. Nos bouillon de légumes et verveine paraissent bien fades à côté de ces victuailles odorantes.

ENVIE SOUDAINE D’UN BON FALAFEL

Après un moment de repos, c’est déjà la fin du week-end. Nous passons trois heures dans le train à gargouiller, parler de cuisine et même du brunch gargantuesque que mon amie projette déjà de préparer le dimanche suivant… Ça y est, j’ai perdu le contrôle de mon cerveau, obsédé par l’idée de manger. J’ai une envie soudaine d’un bon falafel plein de sauce accompagné de frites les plus grasses possibles… Je sais que c’est mental, mais rien à faire, j’ai n’ai qu’une hâte : rompre le jeûne ce soir, au bout de deux jours, comme c’était prévu.

Ce qui l’est moins en revanche, c’est ma fébrilité extrême arrivé à la gare. À peine descendu du train, j’achète frénétiquement le premier en-cas végétarien (oui, je suis végétarien) que je trouve : des wraps à la libanaise. Ils sont avalés en deux minutes dans le bus qui nous ramène à la maison. Le goût du houmous conjugué à la salade de tomates persillées explose dans ma bouche, c’est exquis ! Ainsi s’achève mon jeûne, quarante-huit heures précises après mon dernier repas.

De retour et malgré une fringale terrible, nous prenons un dîner léger pour réhabituer l’estomac en douceur à l’action de manger. Les jours suivants, je veille à ne pas manger plus que d’ordinaire. La différence n’est pas immédiatement perceptible, mais je me sens effectivement plus léger, notamment lors de mes séances de piscine. Mon ventre s’est aminci et les petites poignées d’amour post hivernales ont disparu comme par enchantement.

En vrai, il faut tenir au moins trois jours pour tirer les meilleurs bénéfices d’un jeûne et faire sortir un maximum de toxines du corps en nettoyant tous les émonctoires (reins, foie, poumons, intestins et peau). Un petit jour supplémentaire de privation, voilà une prochaine étape que mon cerveau combattra certainement encore avec acharnement.

Alors qu’il vient de terminer un jeûne de six jours, le minimaliste Alexandre Lecouillard dispense quelques conseils à ceux qui veulent tenter leur première expérience.

Alexandre Lecouillard, par Catherine Simonet
Alexandre Lecouillard. Photo: Catherine Simonet.

Les stages de jeûne se multiplient, certains font des randonnées-jeûnes en groupe, le jeûne semble à la mode aujourd’hui… Qu’est-ce que cela dit de la société actuelle ?
C’est une réaction à une société qui surconsomme du gras, du salé, du sucré et des produits souvent bourrés de pesticides. Aujourd’hui, l’homme occidental a cette faculté d’avaler tout et n’importe quoi, dans des proportions énormes et le corps stocke beaucoup trop.

À l’inverse, le jeûne prône le retour au naturel par la purge du corps comme le font de nombreux animaux. Pour moi, c’est une nouvelle thérapie qui permet une alimentation plus consciente pour faire face à la sédentarisation de l’homme et aux excès de la malbouffe. C’est avant tout un travail préventif.

Que faut-il faire avant de commencer le jeûne ? Peut-on manger normalement ?
Il est préférable de manger léger et digeste pour habituer l’estomac et le cerveau à la privation de nourriture. Je nettoie aussi ma peau avec des masques à l’argile et du marc de café pour faire tomber les peaux mortes et pour que les toxines puissent s’évaporer plus facilement.

Que peut-on boire pendant un jeûne ?
Je conseille de boire beaucoup, et si possible de l’eau à faible teneur en minéraux (qui entravent le fonctionnement des reins). Le soir, je bois éventuellement des tisanes (verveine, tilleul) ou des bouillons de légumes pour pallier le refroidissement du corps qui est privé de la digestion, donc de la chaleur générée par la combustion. Le thé et le café sont à proscrire car ce sont des excitants qui stressent l’organisme.

Quelles activités privilégier pendant la cure ?
Cela dépend de la forme et de l’expérience de chacun. Certains font des jeûnes en restant actifs, mais il vaut mieux limiter les exercices physiques intenses les premières fois. Des exercices de respiration profonde sont conseillés car les toxines sortent aussi par les voies respiratoires. C’est aussi l’occasion d’en profiter pour faire une digital detox et se reposer de tous les écrans.

Quelle attitude adopter avec l’entourage qui mange ?
Quand je fais un jeûne, j’en parle à très peu de personnes. La famille et l’entourage peuvent avoir des retours anxiogènes s’ils ne sont pas familiers de cette pratique. Certains m’ont même dit : « C’est dangereux, tu vas mourir ! »… Le pire, c’est de jeûner en compagnie d’enfants dont les journées sont forcément rythmées par les repas. C’est une démarche personnelle.

Comment rompre le jeûne ?
Pour remanger, il faut mieux attendre un moment où l’on n’a pas faim pour éviter d’avoir la tentation de se goinfrer. Les jours suivants, il faut s’alimenter en douceur, par petites quantitiés, et privilégier les aliments digestes, les fruits et les légumes.

Quelle est la durée idéale pour un premier jeûne ?
C’est bien de commencer par des mono-diètes, ou des petits jeûnes de un ou deux jours. En général, les grosses difficultés  surviennent au bout de trois ou quatre jours avec la crise d’acidose (les remontées d’acide) et éventuellement des maux de tête donc à ce moment-là, il faut tenir le coup. Certains ressentent aussi des remontées d’émotions voire de la déprime, mais dans les jours qui suivent le jeûne, la plupart des gens ont vraiment la pêche.

Le plus important, c’est d’y aller par palier, de bien écouter son corps et de se documenter sur la question. Le jeûne ne doit pas être envisagé comme une performance avec des objectifs trop ambitieux fixés trop vite qui peuvent être dangereux.


🌟Avis à nos lecteurs franciliens🌟

Rendez-vous le samedi 2 juin 2018 au Festival minimal #2. L’occasion notamment d’en savoir plus sur le jeûne, avec l’intervention d’Alexandre Lecouillard de 18h30 à 19h30.

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À propos de l’auteur

EMMANUEL VALETTE

Journaliste, j'ai rejoint l'équipe du journal minimal en 2017.

2 commentaires

  1. C’est bien Emmanuel ! Tu as fais… Tout ce qu’il faut pas faire mais tu as essayé ! Et tu es toujours vivant ! Un jeûne se prépare, et encore plus… la fin du jeûne. J’espère que tu recommencera (d’abord un jour dans la semaine). Bons jeûnes à vous !

    • EMMANUEL VALETTE

      Merci pour votre retour! En effet, c’était un premier test et je compte bien réessayer. Faire au moins 1 jeûne d’une journée tous les mois et quelques jeûnes d’au moins 3 jours dans l’année. A bientôt!

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