Halte aux crados qui laissent tourner le moteur de leur véhicule à l’arrêt pour rien !

De plus en plus de conducteurs laissent tourner le moteur de leur voiture en stationnement pour regarder leur téléphone. Ce nouveau comportement incivil échappe à tous les radars.

Pollution voiture à l'arret, dessin : Jiho
Illustration : Jiho.

La rue est déserte, pas de trafic à l’horizon, seuls des piétons cheminent paisiblement sur les trottoirs. Pourtant l’air est saturé de cette odeur âcre et piquante caractéristique du dioxyde d’azote (le NO2, présent dans l’essence et surtout dans le diésel). À quelques mètres, j’aperçois un un 4×4 à l’arrêt, moteur allumé. Le type, vautré sur son siège, recharge son smartphone, comme si de rien n’était. Plus loin, un véhicule utilitaire nous offre les mêmes désagréments, pour la même raison : entre deux interventions, Jimmy, plombier de son état, recharge son téléphone « avec lequel il travaille », les jambes bien calées sur l’habitacle, en mode sieste…

216 000 LITRES D’ESSENCE BRULÉS CHAQUE JOUR POUR RIEN

Une cylindrée de 6 litres dont le moteur tourne à vide consomme en moyenne plus de 3,5 litres d’essence par heure. Et encore, ce n’est rien par rapport aux 4X4 diesel, aux cars de tourisme, à la flotte des bus, à tous les taxis et Uber qui attendent des clients et empestent l’air. À Paris, 62 % des émissions d’oxydes d’azote proviennent du trafic automobile.

Cette pollution n’est pas anodine : si par exemple un dixième des 600 000 voitures qui circulent chaque jour dans la capitale stationnent dix minutes moteur allumé, ce ne sont pas moins de 216 000 litres de carburants qui partent en fumée pour rien. Soit l’équivalent de plus de deux fois la consommation des 24 Heures du Mans ! Sans compter une autre donnée, elle aussi méconnue, alerte Jean-Félix Bernard, président d’Airparif : « Les moteurs ne sont pas faits pour avoir une haute performance de dégradabilité de leurs polluants quand ils sont au ralenti. »

L’AMENDE DE 90 € N’EST JAMAIS APPLIQUÉE

La pratique se généralise dangereusement, bien qu’elle soit passible d’une amende de 90 € minimum, au titre d’une infraction au code de la route de 4e classe (article 2 de l’arrêté du 12 novembre 1963) : « Les véhicules en stationnement doivent avoir leur moteur arrêté sauf en cas de nécessité, notamment lors des mises à froid. » Ce qui exclut l’usage de la clim pour une petite pause déjeuner, café ou sieste dans l’habitacle ou la recharge de smartphone, principale cause constatée de cette pollution inutile.

Malgré la loi, les verbalisations restent extrêmement rares. Comme me le confirment deux agents de surveillance de la voie publique, en patrouille dans le 12e arrondissement de la capitale : « Il y a tellement d’infractions en ville qu’on ne verbalise pas souvent pour ça, on se concentre plus sur les stationnements gênants. En revanche, lors des pics de pollution, on a des consignes pour être plus vigilants là-dessus. » Une vigilance accrue qui se traduit davantage par un simple rappel à la loi que par une amende.

Pollution voiture à l'arret, dessin : Jiho
Dessin : Jiho.

À la mairie de Paris, l’adjoint aux transports et l’espace public, Christophe Najdovski brandit le chiffre de « 98 000 verbalisations pour entrave au déplacement sur trottoirs, couloirs de bus pistes cyclables », au premier trimestre 2018, mais personne ne souhaite communiquer sur le point précis des moteurs allumés à l’arrêt.

De fait, cette pollution du quotidien, plus insidieuse que spectaculaire, est peu ou pas prise en compte par les autorités, ni même encore mesurée.

Texte : Emmanuel Valette
Dessins : Jiho


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À propos de l’auteur

EMMANUEL VALETTE

Journaliste, j'ai rejoint l'équipe du journal minimal en 2017.

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