Plus de 100 000 citoyens demandent l’interdiction des pailles en plastique

Alors que de nombreux pays interdisent les pailles en plastique, la France est à la traîne. La pétition #BasLesPailles vient d’atteindre les 100 000 signatures. Cela fera-t-il avancer les choses ?

Pailles, couleurs, plastique
Photo : Pixabay.

La paille en plastique est partout, aussi bien pimpante dans nos verres que comme déchet dans la nature. Selon l’ONG de protection des océans, Surfrider, ce tube en plastique jetable fait partie des 10 objets les plus retrouvés sur les rivages et n’est que très rarement recyclé. Une réalité intolérable pour Mounia El Kotni, à l’origine du collectif Bas Les Pailles. Adepte du zéro déchet, cette anthropologue vient de réunir 100 000 signatures avec sa pétition en ligne pour les interdire.

Membre de la campagne des Nations Unies #OcéansPropres, la France s’est engagée à devenir « une nation de l’excellence environnementale » et à ce titre, à interdire les gobelets, verres et assiettes jetables en plastique et cotons tiges en plastique, d’ici à 2020, mais pas les pailles, s’étonne le collectif.

CELA TE FAIT BOIRE PLUS VITE

Ces objets éphémères participent pourtant de manière effarante à la destruction des milieux naturels : « Il faut du pétrole pour les produire. Une fois jetées, soit les pailles sont incinérées et libèrent des fumées toxiques, soit elles finissent dans les égouts, les rivières et en définitive, les océans », indique Mounia El Kotni. Là, les animaux marins les confondent avec de la nourriture. « 90 % d’entre eux ont du plastique dans l’estomac, ils seront bientôt 100 % », s’inquiète la jeune femme, qui rappelle qu’à la maison, « on ne met jamais de paille dans son verre, alors pourquoi le faire au bistrot ? »

Un constat partagé par Leïla Rölli, de l’association suisse En Vert et Contre Tout : « Aux terrasses des cafés, quand tu prends un apéro, Aperol Spritz ou Mojito, on te glisse direct deux pailles dans ton verre. Cela te fait boire plus vite, mais c’est inutile et pour mélanger, il suffit d’une cuillère ». Même pour les personnes qui ne peuvent pas faire autrement que boire à la paille (en situation de handicap ou atteintes de la maladie de Parkinson…), des alternatives existent : des pailles comestibles, biodégradables ou encore réutilisables, en inox, en verre et même en bambou. Sans oublier la bonne vieille paille… en paille !

BANNISSEMENT

En avril, la Suissesse a lancé l’opération Papaille dans sa ville de Neuchâtel pour sensibiliser ses concitoyens à la surconsommation de plastique et d’objets à usage unique. Ainsi Leïla Rölli et ses bénévoles ont-ils arpenté les cafés, bars et autres restaurants locaux pour leur proposer de bannir les pailles en plastique. Résultat : au bout d’un mois de démarches, et fort d’un soutien politique local, la ville a décidé d’interdire les pailles en plastiques au 1er janvier 2019. L’opération a été un tel succès que son instigatrice espère l’étendre à toute la Suisse.

Ailleurs dans le monde, des villes comme Seattle, Vancouver ou Toronto ont pris des décisions comparables alors que le gouvernement écossais a d’ores et déjà annoncé sa volonté d’en finir avec les pailles en plastique avant fin 2019. L’Inde et bientôt le Costa Rica vont même plus loin en bannissant tous les objets en plastique à usage unique.

PRENONS LES DEVANTS

Les lignes commencent même à bouger du côté de la Commission européenne qui a proposé la semaine dernière, une directive pour réduire « drastiquement » l’utilisation des produits en plastique à usage unique, dont les pailles. Mais cette proposition qui doit maintenant être discutée et amendée par le Parlement européen et le conseil des ministres, ne devrait pas être appliquée avant 2022.

En attendant, c’est encore aux consommateurs de prendre les devants. Le geste est simple : aux terrasses de café, il suffit de préciser « sans paille » aux serveurs lors de la commande. Le goût de nos cocktails n’en sera en rien altéré.


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Herisson-tirelire par Erwann TerrierJe fais un don

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À propos de l’auteur

EMMANUEL VALETTE

Journaliste, j'ai rejoint l'équipe du journal minimal en 2017.

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