Adopte un blob #02 : Mais au fait, c’est quoi un blob ?

Notre collaboratrice Iris Petitjean va bientôt accueillir un blob du CNRS chez elle pour une expérience de science participative sur l’impact du changement climatique. Mais au fait, un blob, c’est quoi ?

Blob
Un blob, trouvé sur un tronc d’arbre abattu à Berlin en 2020. Photo: Le Bernemi, Wikimedia Commons.

lettrine l’origine, le « Blob » est le nom de la matière gélatineuse venue de l’espace qui dévore tout sur son passage dans un célèbre film de science-fiction de 1958 avec Steve McQueen (voir l’affiche du film, plus bas). C’est donc un clin d’œil humoristique qu’on fait les scientifiques en décidant de baptiser « blob » l’espèce de champignon gluant capable de doubler de volume très rapidement quand on lui donne des céréales, une nourriture qu’il affectionne.

Chercheuse au CNRS, l’éthologiste Audrey Dussutour dirige en ce moment depuis Toulouse une expérience de science participative nationale autour du blob [voir notre article Adopte un blob #01 : Je vais accueillir un blob chez moi pour une expérience sur le réchauffement climatique], avec comme but d’étudier l’impact du réchauffement sur les organismes du sol. Mais au fait, un blob, qu’est-ce que c’est ?

Blob, l'affiche du film
L’affiche du film The Blob, en 1958.

Les organismes qu’on appelle « blobs » appartiennent pour les biologistes à la classe des myxomycètes (ce nom signifie à peu près « champignon gélatineux »). Il existe plusieurs groupes de myxomycètes, et au sein de ces groupes on compte pour l’instant près d’un millier d’espèces. Parmi ces espèces, deux seront étudiées lors de l’expérience de science participative du CNRS : Physarum polycephalum et Badhamia utricularis.

Le blob est un organisme vivant, généralement jaune, qui ne possède pas vraiment de forme. Il est constitué d’une seule cellule, et peut pourtant s’étendre sur plusieurs mètres carrés. Il n’a pas de pattes, pas d’organes locomoteurs, mais peut se déplacer. Il n’a pas de bouche mais il mange, pas de cerveau mais il mémorise et apprend. Toutes ces caractéristiques, et bien d’autres, en font un objet de fascination et d’études.

UN CENTIMÈTRE PAR HEURE

Le blob s’épanouit dans les milieux frais et humides, principalement la litière de forêt, mais il on en a trouvé jusque dans le désert et sous la neige. Il se nourrit de micro-organismes, notamment de champignons et de bactéries. Mais il semble capable d’assimiler un grand nombre de substances pour se nourrir : en laboratoire, on le nourrit de flocons d’avoine, et les particuliers qui en hébergent s’amusent à leur faire goûter un peu de tout (si l’on en croit leurs conclusions, il déteste le sel mais apprécie le paprika, il préférerait la bière au vin, et serait grand amateur de gingembre). Le blob sélectionne, parmi les aliments proposés, les substances qui lui fourniront le carbone et l’azote dans les proportions dont il a besoin.

Pour trouver sa nourriture, dans la nature, il se déplace en contractant une partie de son corps pour créer une poussée dans la direction souhaitée. Il avance ainsi par petits va-et-vient du liquide à l’intérieur de sa cellule à la vitesse d’un centimètre par heure. Tout en avançant, il sécrète un mucus (un peu comme les escargots), qui couvre alors les endroits qu’il a déjà parcourus. Cette trace de passage lui permet de ne pas revenir sur un chemin déjà emprunté : s’il rencontre son propre mucus, il ne va pas explorer à cet endroit. On considère donc qu’il possède une mémoire externe : il dépose dans l’environnement ses notes d’exploration spatiale.

INDISPENSABLES À LA VIE

La température optimale pour son développement est comprise entre 18 et 24 ºC ; au-delà de 30 ºC il ne peut pas vivre. Cela ne signifie pas pour autant qu’il meurt ! Il entre en dormance, mettant son organisme en pause. Sous cette forme appelée sclérote, sa cellule unique se dessèche, et sa structure devient très résistante. Quand les conditions redeviennent favorables, il se réhydrate sous sa forme active appelée plasmode.

Si les scientifiques ont choisi d’étudier le blob dans une étude sur le changement climatique, c’est parce qu’il fait partie du vaste groupe des organismes qui décomposent la matière organique dans le sol et transforment les résidus biologiques (parties sèches, cadavres, déjections, etc.) en éléments assimilables par les plantes. Ces micro-organismes du sol constituent donc la base de tout le réseau trophique (l’ensemble des « chaînes alimentaires ») de la biosphère. Ils sont indispensables à la vie des plantes, qui sont elles-mêmes indispensables à la vie des animaux. Si nous pouvons nous nourrir et respirer, c’est donc indirectement grâce à l’activité silencieuse de ces milliers d’organismes pour la plupart invisibles !

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Or, comme indiqué plus haut, le blob ne vit pas au-delà de 30 ºC. On peut donc facilement imaginer que sur des sols réchauffés de plus en plus fréquemment, l’activité de cet organisme sera amoindrie. Et si le blob ne mange plus, les plantes non plus ! Pourtant, les organismes du sol ne sont jamais considérés dans les politiques de protection de l’environnement. C’est donc pour scruter de plus près ce qu’il advient du blob, et donc des activités microbiennes du sol sous des périodes caniculaires, que les scientifiques ont élaboré cette expérience de science citoyenne.


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À propos de l’auteur

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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