Comment je suis devenu ami avec un rouge-gorge

Un rouge-gorge s’est pris d’amitié pour l’agronome Christophe Gatineau. Il le suit partout quand il travaille dans son jardin et le regarde avec ses yeux ronds.

Le rouge-gorge tout près de moi.
Ce rouge-gorge suit Christophe Gatineau partout. Capture d’écran de la vidéo plus bas.

— Je crois que tu as un nouvel ami, me dit Sylvie, ma femme. Il te suit comme ton ombre quand tu arrives au jardin !
— …
— Souviens-toi, il est venu hier soir se poser sur un piquet entre nous !
— D’accord, je vois de qui tu parles !

Comment ne pas m’en souvenir. La semaine d’avant il était venu me chiper un ver de terre entre les jambes ! En qualité de lombriphysicien, j’aurais pu y voir une forme de provocation de rouge-gorge. Mais le cultivateur que je suis aussi sait qu’à partir du moment où on remue la terre, pleins d’animaux s’approchent pour grappiller quelques vies : vers de terre, insectes et autres crustacés comme les cloportes.

IL LES COUPE EN DEUX !

Comme ce lézard vert qui au printemps s’était positionné à cinquante centimètres de moi, la tête posée sur le sol entre ses pattes comme le font les chiens, pour attendre un ver de terre, ce rouge-gorge se pose aujourd’hui à quelques centimètres de ma main pour ne pas perdre l’opportunité de se remplir le ventre. Sylvie, ma femme, a droit également à ce privilège. Le voilà à deux doigts de se poser sur notre épaule.

Vidéo : 2min28

Par contre, j’ai découvert que c’était un tueur en série de vers de terre… Un vrai merle ! Même avec les gros lombrics il est sans foi ni loi, les coupant en deux si nécessaire, pour faciliter le transport vers son nid. C’est compliqué pour un protecteur des vers de terre de voir ses chers laboureurs se faire becqueter par un ami. Zen, certains diront que c’est la nature ! Que cette expression m’énerve, jamais un animal ne trouve naturel de se faire manger.

Quant au nid de « gorge rouge », je n’arrive toujours pas à savoir où il est. Bien dissimulé dans une haie, il n’y va jamais directement pour que personne ne sache ! Comme ce couple de martinets qui niche au-dessus de l’entrée de notre grange, nous l’avons su par hasard grâce au sifflement de leurs ailes en forme de faucille.Ils arrivent toujours à fond, attendent toujours qu’on regarde ailleurs, et repartent en faisant des zigzags entre les maisons… À l’inverse des hirondelles qui finiraient par faire leur nid « dans » notre lit !

LE MEILLEUR AMI DE L’HOMME

Notre plus grand bonheur, par ces temps de fortes chaleurs, c’est de mettre à notre ami rouge-gorge une bassine d’eau à disposition. Aussitôt, il vient se rafraîchir, plonge jusqu’à mettre la tête dessous, se secoue, prend un réel plaisir à se baigner en toute sécurité. Après, tel un petit coq, bien campé sur ses jambes et la queue haute, il chante. Les moineaux et les tourterelles adorent aussi se baigner entièrement.

En résumé, quand on vit en contact permanent avec la nature, on s’aperçoit que la frontière qui nous sépare du monde sauvage est loin d’être étanche. Et qu’avec certains individus, ceux des espèces les moins farouches, on peut échanger beaucoup plus que de simples regards bienveillants. Jérôme, un abonné du blog Jardin vivant, m’écrivait : « Les rouges-gorges sont très sympathiques et curieux. Quand je travaillais au jardin, j’ai longtemps eu le chien des voisins et un rouge-gorge qui se disputaient pour être au plus près de moi. Je ne nourrissais ni l’un ni l’autre, mais souvent le rouge-gorge venait sur mon épaule « pour faire » enrager le chien… » L’affaire est bien résumée.

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À propos de l'auteur
CHRISTOPHE GATINEAU
Membre de l’association des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie, je suis cultivateur et agronome spécialiste des vers de terre et des agricultures dites innovantes (permaculture et agroécologie), auteur du blog Le Jardin Vivant et de livres dont Éloge du ver de terre, Éloge de (parus chez Flammarion), Sauver le ver de terre (2020) et Nourrir les vers de terre pour nourrir les Hommes (à paraitre).
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