Pantin : Mobilisation autour du génial Laboratoire écologique zéro déchet, menacé d’expulsion

Le Laboratoire écologique zéro déchet est un bouillon de culture et de solidarité implanté à Pantin (Seine-Saint-Denis) depuis 2019, mais menacé d’expulsion.

Le labo zéro
Le labo zéro, 20 avenue Édouard Vaillant à Pantin (Seine-Saint-Denis). Photo: Igor Babou, sociologue et auteur de Viv(re) la friche, une enquête photographique sur le Labo zéro.

Nous publions ici la pétition de soutien au Laboratoire écologique zéro déchet, créé par Amélie et Michel, respectivement éducatrice spécialisée et constructeur de décors pour le théâtre. En 2019, ils ont installé leur projet expérimental à Pantin, dans un entrepôt désaffecté qui avait servi auparavant à stocker du matériel médical, et encore avant du matériel Motobécane. « Nous proposons un lieu d’expérimentation où l’écologie est facile et accessible à tous, expliquent-ils. Un lieu ouvert sur son quartier, pour ses habitants et les associations, où il n’est plus question d’argent mais de lien. Un lieu de culture dans tous les sens du terme avec une grande basse cour, un jardin, une salle de spectacle et de répétitions, une cantine, une gratuiterie, un atelier… et des places libres pour l’hébergement d’urgence. »

NON À L’EXPULSION PRÉMATURÉE

Le site de 4000 m2 appartient à la région Ile-de-France, qui a prévu d’y bâtir un « écoquartier », le tribunal de Pantin avait donc accordé fin 2019 aux occupants le droit d’y rester jusqu’en 2023, date du début de ce chantier. « Normalement il nous reste donc encore deux ans dans ce lieu, raconte Amélie, mais les propriétaires ayant fait appel, nous devons retourner au tribunal le 20 mai pour défendre à nouveau notre projet. »

Si jamais ils sont expulsés, Amélie et Michel devront tout arrêter. Ils n’ont pas le courage de réinvestir encore une fois un autre lieu abandonné (avant de renaître à Pantin, le Laboratoire écologique zéro déchet avait fait momentanément la joie des habitants de Noisy-le-Sec qui avaient vu une ancienne imprimerie se transformer sous leurs yeux en un espace de vie accueillant et solidaire). La pétition contre l’expulsion prématurée du Labo a déjà été signée par 675 personnes, et un rassemblement de soutien aura lieu le 20 mai place du Châtelet, à partir de 13h.

À lire aussi : notre série Squat story.

Le texte de la pétition :

« Le Laboratoire Écologique Zéro Déchet (LÉØ), implanté à Pantin dans un entrepôt désaffecté appartenant à l’Établissement Public Foncier d’Île-de-France (EPFIF), est à nouveau menacé d’expulsion. Pourtant, en novembre 2019, au vu des inestimables contributions écologiques et sociétales rendues par le LÉØ, un jugement inédit leur accordait la jouissance du bâtiment durant 3 ans et demi. Mais l’EPFIF a choisi de faire appel de cette décision, mettant en péril le lieu et toutes ses activités.

Pourquoi faut-il agir maintenant ?

En 2018, le Laboratoire Ecologique Zéro Déchet voit le jour à Noisy-le-Sec avec un projet : créer un lieu de lutte contre le gaspillage alimentaire et matériel, où les activités seraient gratuites et où l’écologie rimerait avec solidarité, apprentissages et culture. Quelques mois plus tard, le LÉØ a pu mettre en place un atelier de réparation, une cuisine, une AMAP, accueillir d’autres associations, attirer les habitants du quartier.

Mais le collectif est expulsé et finit par s’implanter dans l’actuel entrepôt de Pantin, un bâtiment abandonné appartenant à l’EPFIF.

Dans ce lieu de 4 000 mètres carrés, le LÉØ peut poursuivre son projet et se déployer.

En quelques mois, le LÉØ devient un acteur incontournable et irremplaçable pour les habitant.es et un lieu-ressource pour un nombre impressionnant d’initiatives solidaires.

Aujourd’hui, le LÉØ a créé un solide réseau de partenaires et agit avec eux pour la préservation de la biodiversité, la renaturation et la désartificialisation des sols, le recyclage, la réparation, le réemploi, la réduction des déchets, etc. Ce réseau comporte également nombre de collectifs, des professionnel.les du secteur médico-social, des ONG (Action contre la faim), ainsi que des chercheur.euses qui travaillent avec le LEØ.
Des dizaines d’acteurs institutionnels reconnaissent le LEØ comme partenaire de confiance et le sollicitent pour venir en aide aux personnes vulnérables.

A titre d’exemple, au moment du confinement de mars 2020, le LÉØ a ainsi pris le relais de structures à l’arrêt en stockant et redistribuant des milliers de boîtes de lait infantile et autres produits d’hygiène, en confectionnant des masques, en préparant des colis pour les jeunes mamans sans revenus.

Aujourd’hui, le LÉØ aide directement et indirectement des milliers de personnes en proposant:
• un atelier d’auto-réparation et de construction ainsi qu’une matériau-thèque gratuite
• un atelier couture zéro déchet
• des actions de récupération d’invendus alimentaires
• une cantine végétale à prix libre
• des actions de compostage
• des actions de renaturation dans deux friches
• une gratuiterie
• des dons de colis alimentaires et vestimentaires, des dons d’électroménager, meubles, vaisselle, etc. pour des familles démunies (environ 70 à 100 colis distribués mois)
• de l’hébergement d’urgence et de l’accompagnement individuel pour les femmes, jeunes mamans et mineurs isolés
• une plateforme logistique de dons confiés par Action contre la faim pour être redistribués aux familles et aux associations du 93.
• une étude ethno-photographique réalisée par un sociologue depuis 3 ans avec la sortie d’un livre en juin 2020.
• un lieu de vie ouvert sur le quartier avec des projections de documentaires, spectacles, débats, conférences, stockages, ateliers, réunions, répétitions…
Mais aussi via des associations partenaires et des professionnel.les engagé.es à leurs côtés :
• des cours de français pour les femmes
• des ateliers parentalité
• des ateliers et groupes de paroles pour les femmes/mères
• des ateliers boxe en non mixité
• des ateliers d’auto-défense féministes
• des distributions alimentaires
• des ateliers low-tech /soudure /sérigraphie /crochet zéro déchet
• une Amap et sa coopérative d’achats de produits secs

Tout cela entre pleinement dans ce que défendent et revendiquent les collectivités territoriales : des actions écologiques accessibles à toutes et tous, une réduction conséquente des déchets et une sensibilisation du public, des ateliers et espaces de rencontre de quartier inclusifs avec une très grande mixité sociale, une solidarité de terrain efficace et qui ne coûte rien aux institutions.

Soulignons que le travail constant et sans relâche de seulement trois personnes a permis ce résultat incroyable d’un lieu qui fonctionne sans aucune subvention, montrant ainsi ce qu’il est possible d’accomplir à l’échelle d’un territoire lorsque l’on s’attaque de front à la précarité économique, sociale et écologique, au cœur même des quartiers.

A l’heure où nos élu.es votent une ‘loi consacrée au climat et à la résilience’, des lieux comme le LEØ devraient voir le jour partout et des initiatives semblables être encouragées.
Tout comme la ferme du Bec-Hellouin a démontré ce que pouvait faire la permaculture, le LEØ, véritable laboratoire d’écologie sociale et solidaire, nous montre tout ce qu’un éco-lieu reposant sur le partage, l’intelligence collective et la créativité peut réaliser.

Pour toutes ces raisons, et au nom de toutes les personnes et associations qui bénéficient directement ou indirectement des activités du LEØ, au nom de toutes les citoyennes et citoyens (en France et ailleurs) qui, en ces temps sombres, face à la catastrophe écologique en cours, ont besoin d’horizons positifs et de réalisations inspirantes, nous demandons à ce qu’une solution soit trouvée pour que le LEØ puisse continuer à exercer ses activités sur le bâtiment de Pantin, conformément au jugement rendu par le tribunal de Pantin, ou ailleurs dans des conditions équivalentes.

Il y a urgence : l’EPFIF a choisi de faire appel du jugement favorable au LEØ de novembre 2019, et a refusé les demandes de conciliation, recommandés par le tribunal de Pantin. Le LEØ passe devant la cour d’appel de Paris le 20 mai 2021 et le jugement sera rendu cet été. Un rassemblement de soutien se tiendra le même jour à Paris. »

[Mise à jour du mercredi 2 juin 2021 : la pétition a maintenant été signée par 3447 personnes. Un jugement sera rendu le 17 juin.]

Pour signer la pétition, cliquer ici.

Le Labo en vidéo (©Tothoreau) :


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