Marre de ces gens qui pourrissent notre tri !

Trier, c’est bien. Bien trier, c’est mieux. À cause du je-m’en-foutisme de certains, des centaines de tonnes de déchets recyclables sont refusées chaque année par les centres de tri.

Un éboueur playmobil pousse une poubelle de tri de déchets.
Image : Pixabay.

En descendant mes poubelles ce matin, je n’ai pu m’empêcher de maugréer : le bac jaune était rempli de produits recyclables mais aussi de sacs plastiques contenants des déchets qui n’avaient rien à y faire. Elle sert à quoi, la mention « PAS DE SAC PLASTIQUE » sur le couvercle ? Déprimée, j’ai repensé avec nostalgie aux premières années du tri sélectif. Quand j’habitais le sud de la France, il y a une quinzaine d’années, trier était un acte précurseur. Lorsque je prenais ma voiture pour aller répartir le papier et le verre de la semaine dans les conteneurs dispatchés aux 4 coins d’une ville de 50 000 habitants, j’avais le sentiment du devoir accompli.

Puis j’ai découvert Paris, son coté green et son avant-gardisme à toutes épreuves quand il s’agit d’être auréolé de l’onction verte digne d’une capitale. A Paris, on trouve des conteneurs colorés quasiment partout. Sur la voie publique ou dans les cours des immeubles, les bacs blancs sont dédiés au verre, les jaunes au papier et au carton alors que les verts et les ocres, les classiques de la poubelle, assurent le recueil des ordures ménagères. L’enjeu est de taille pour la mairie, soucieuse du devenir des quelques 1,1 million de tonnes de déchets produits chaque année par les 2 254 262 habitants de la capitale, soit 485 kilos de déchets par personne (en cinquante ans, la poubelle moyenne des ménages a doublé de volume).

BENNES DE RECYCLABLES CONDAMNÉES AU REBUT

Mais si les campagnes d’affichage de la municipalité « Triez sans vous tromper », « Triez où vous voulez » et les conteneurs dédiés au tri en facilitent l’usage, il se trouvera toujours des usagers prompts à pourrir le tri des autres. Ce qui est plus qu’horripilant quand on sait qu’un objet recyclable mal recyclé sera non seulement refusé à l’entrée du centre de tri (celui de Romainville pour Paris) mais condamnera toute une benne, entrainant son déclassement et son renvoi vers l’incinération. Ainsi en 2014 (derniers chiffres disponibles), 764 tonnes de déchets recyclables ont été déclassés en ordure ménagères et incinérés !

Une benne pour tri de déchets recyclés, paris 2017, photo Isabelle Toquebeuf.
Sur l »affiche : « Le tri redonne vie, avec 700 canettes on fabrique un cadre de vélo. » Crédit photo : Isabelle Toquebeuf.
Affiche expliquant le tri des déchets sur le couvercle d'une poubelle jaune. Crédit photo : Isabelle Toquebeuf.
Le rappel des consignes sur le couvercle de la poubelle jaune de mon immeuble : « Pas de sac plastique ni plein ni vide ». Crédit photo : Isabelle Toquebeuf.
A l'intérieur d'une poubelle, malgré les consigens de tri des déchets, un sac plastique pelin. Photo ; Isabelle Toquebeuf.
« Argh ! Mais qui a mis ce sac plastique ?! » Crédit photo : Isabelle Toquebeuf.

Ce sujet, sensible au point d’occasionner parfois des discussions conjugales passionnées (« Chérie, j’ai tout jeté dans le bac vert car tu avais mélangé le verre avec le plastique et la bouteille avait coulé dans le sac… » – « Tu n’aurais pas dû ! C’est criminel de faire ça ! C’est toute une benne qui y passe !) trouvera heureusement son issue dans la lecture rassérénante des chiffres du traitement des déchets parisiens. D’une année sur l’autre, ceux de l’enfouissement et de l’incinération reculent à mesure que ceux du recyclage augmentent, sous l’effet des initiatives en matière de compostage, de collecte des bio-déchets, d’installation de ressourceries (lieux dévolus au réemploi des déchets) et de lutte contre le gaspillage alimentaire.

Les meilleurs déchets étant comme chacun sait ceux que l’on ne produit pas, la mairie cherche à donner l’exemple: son programme local de prévention des déchets a abouti à une réduction globale de 7 % de la production de déchets municipaux entre 2010 et 2015. Reste à savoir si les JO de 2024, que l’équipe d’Anne Hidalgo prédit exemplaires en matière de sobriété, d’éco-responsabilité, de propreté, et de pleins d’autres noms en « té », confirmeront la tendance. Pas si sûr.

Infographie tri des déchets
Source : mairie de Paris, rapport annuel 2015 sur la gestion des déchets à Paris. Infographie : le journal minimal.

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À propos de l’auteur

ISABELLE TOQUEBEUF

Je préfère les petits gestes du quotidien aux lendemains qui chantent et je crois en un mode de production et de consommation respectueux de la planète et de nos amis les animaux.

21 commentaires

  1. Ayant habité à Paris de nombreuses années, ça me fait bien rire .. Le camion poubelle ramassait tout! les déchets ménagers et les cartons en même temps! Tout dans la même benne! Alors pourquoi continuer à trier?

    • LA REDACTION

      Mince alors Virginie, dans quel quartier étiez-vous ? D’après nos infos ce genre de choses est rare, cela peut se produire en cas de grève ou de « conditions climatiques particulières » : dans ces cas-là, exceptionnellement, le service de collecte peut être amené à collecter tous les bacs en même temps (bac à couvercle jaune et bac à couvercle vert).

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  2. Je trouve triste de pointer les gens du doigts. Pourquoi ?
    Le tri devrait être simple : plastique ? Poubelle verte ! BoÎte de lait ? Poubelle verte ! etc.
    Au lieu de ca, on demande à chacun de faire la distinction (comme ça, à l’oeil) entre un plastique qui se recycle et un plastique qui ne se recycle pas, entre une bouteille de lait qui se recycle et une bouteille de lait qui ne se recycle pas (comme les nouvelles bouteilles en plastique non recyclable).
    Je dis non !
    Les pouvoirs publics devraient obliger les industriels a n’utiliser que des emballages recyclables (selon les procédés homologués à un instant T) ou biodégradables en moins de x années et inoffensif pour l’environnement. Et si jamais c’est impossible (pour des raisons motivées) alors les industriels devraient le mentionner clairement et explicitement sur l’emballage en question !
    Ça devrait être aux industriels de faire les efforts. C’est eux qui nous vendent leurs emballages.
    Voilà, ca devrait être ca, selon moi, une politique de développement durable concernant le tri…
    On me dira qu’au final, c’est le consommateur qui paiera d’une facon ou d’une autre mais si les procédés biodégradables ou recyclables étaient obligatoires, les couts seraient moindre pour ces emballages et donc pas plus chers. De plus, les industriels trouveraient des moyens techniques et marketing pour nous habituer à avoir moins d’emballage pour se faire concurrence.
    Bref, ca engendrerait, selon moi, un cercle vertueux systémique !

    • LA REDACTION

      Bonjour Sam, dans un monde idéal vous avez parfaitement raison ! Mais en attendant que ces obligations soient imposées aux industriels cela n’empêche pas les citoyens de trier, voire d’acheter les produits en vrac en venant avec leurs bocaux/sachets/sacs etc. ?

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  3. Très étonnant… Tu imagines une benne qui arrive au centre de tri. Elle est déversée dans une trémie qui envoie les déchets sur un tapis roulant. Les déchets sont examinés sur ce tapis et ce n’est qu’à cette étape que la présence d’un indésirable peut être détectée. Pas avant. Donc il n’y a pas de raison que pour un déchet mal trié la benne entière soit rejeté. Légende urbaine.

    • Intéressante votre remarque cher Raoul, en effet on voit mal comment tout une benne peut être disqualifiée avant d’avoir été examinée. Peut-être le trieur a-t-il lui même un intérêt à prétendre que le tri est mal fait… à investiguer en tout cas. Merci ^^ et merci pour l’article.

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    • LA REDACTION

      Bonjour Raoul, l’auteur de l’article, Isabelle Toquebeuf, a pris connaissance de vos remarques et nous indique qu’elle maintient ses informations au sujet des bennes. Elle vous invite par ailleurs à consulter les indications données sur le site de la mairie de Paris: « les erreurs de tri risquent de conduire le centre de tri à rejeter l’intégralité du contenu de la benne alors qu’il ne s’agit que de quelques bacs ». https://www.paris.fr/parisdutri#foire-aux-questions_39

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    • Non, ce n’est pas une légende urbaine. Et quand la benne n’est pas refusée, certains indésirables passent dans les mailles du filet.

      Un de mes jobs étudiant a été de travailler en tant qu’agent de tri des déchets recyclables. Une partie du tri est automatisée mais les machines sont loin de faire un travail parfait. La trémie répartit les déchets sur les tapis roulants mais la cadence reste extrêmement soutenue. Le centre de tri où j’étais (je ne sais pas si c’est le cas partout) appartient à une entreprise privée et le but est de trier de manière rentable, d’où un débit important.

      Certaines bennes ont une qualité lamentable et c’est parfois difficile à voir au premier coup d’œil, avant que les déchets soient étalés sur le tapis. On trouve donc beaucoup de non recyclables sur les tapis. Pas seulement des plastiques non recyclables, non non. J’ai trouvé aussi des couches sales, animaux morts, nourriture pourrie, produits dangereux et j’en passe… Parfois tu as une multitude de non recyclables qui arrivent en même temps et même si tu arrives à choper la majorité tu en a toujours qui t’échappent. (Et je ne parle pas de la difficulté supplémentaire par temps de pluie quand tout est trempé et collé ou quand la trémie déconne et t’envoie les déchets en gros tas).

      Non seulement les bennes peuvent être refusées à l’entrée, mais les produits finaux (papier, carton, aluminium, acier, différents plastiques) peuvent l’être aussi si ils ont une qualité inférieure à un certain seuil, qui correspond à un pourcentage de la matière cible dans le produit final.

      Donc benne refusée ou non, c’est important de bien trier dans tous les cas!

      Mon conseil simple pour tous ceux qui ont le civisme de trier leurs déchets : Si vous vous retrouvez devant la poubelle et ne savez pas si un déchet est recyclable ou non, il vaut mieux le jeter dans les ordures ménagères. (Et peut-être même se renseigner pour savoir où le mettre la prochaine fois, mais je sais, c’est trop demander pour beaucoup…).

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    • LA REDACTION

      Merci beaucoup Mat d’avoir partagé votre expérience en tant qu’agent de tri. Le fonctionnement du tri est beaucoup plus concret pour tout le monde désormais avec vos détails… 😉
      Merci pour votre conseil plein de bon sens également.

  4. Ceci est une question. Comment cela se passe pour les verre dont il est laissé capsule, bouchon ou collerette? Cela condamne t’il aussi tout le bac? Ou comme il l’est dit un tri se fait sur le tapi? Et là aussi, dans toutes les régions ou uniquement certaines?

    • Bonjour, le verre n’est pas trié en centre de tri il va dans des fours chauffé à 2000°, donc tout ce qui n’est pas du verre est incinéré pendant que le verre, lui, est fondu pour être recyclé.

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  5. Toquebeuf

    Chers lecteurs,

    A Romainville, le tri s’opère de manière automatisée, surtout depuis la modernisation du site en 2015. Vous avez raison, les bennes sont déversées sur des tapis. En cas d’erreur de tri, comme c’est le cas lorsque des produits recyclés sont enfermés dans des sacs en plastique, aucun surtri n’est effectué par les agents. Le surtri n’interviendra qu’une fois le tri/machines opéré. Ce qui signifie que les produits de la benne en question partiront tous vers des centres d’incinération, au lieu de partir en valorisation énergétique. La totalité du contenu est bel et bien condamné. L’expression « benne refusée » porte apparemment à confusion: en effet ce n’est pas la benne qui est refusée à l’entrée du centre, c’est son contenu qui sera déclassé une fois celle-ci déversée.
    Merci pour votre vigilance,
    Isabelle

    • Qu’entendez vous par déclassé ? Que sa valeur économique est réduite ? Confirmez vous que la benne est malgré tout bien triée ?

    • Bonjour, pour vous apporter ma contribution: Des bennes ont déjà été refusées dans ma résidence. Des résidents y avaient déposé de nombreux plastiques, du polystyrène…Et les agents ont laissé le bac là où il était et l’ont entouré de scotch mentionnant « erreur de tri » . Nous sommes une centaine d’appartements sur quelques bacs, autant dire que ça a été la pagaille quelques temps…

  6. Dans notre Communauté de Communes, les rippeurs regardent dans notre bac de tri et si celui-ci comporte des déchets impropres au recyclage, le bac n’est pas collecté. Nous avons une rubalise attaché dessus et nous devons contacter le service pole déchets qui nous expliquera notre « erreur ». Cela réduit les refus une fois arrivée au centre de tri!

    • EMMANUEL VALETTE
      EMMANUEL VALETTE le

      Merci beaucoup Florence pour le partage de votre expérience de « trieuse » dans votre ville.

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  7. Cette discussion est vraiment intéressante, je pense que je vais imprimer l’article en pdf (si vous le permettez) et l’afficher dans notre immeuble parisien. Nous avons nous aussi souvent des éboueurs qui refusent nos poubelles car elles sont mal triées. Seule la gardienne est incommodée, et les habitants peu sensibilisés.

    • LA REDACTION

      Bonjour Pierre, oui bien sûr vous pouvez imprimer l’article pour l’afficher. N’hésitez pas à nous raconter si jamais cela suscite des réactions 😉

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