À la chasse aux « déchets sauvages »

Près de 350 millions de tonnes de déchets sont produits chaque année en France. Combien atterrissent dans la nature ? Voici ce que j’ai ramassé en une demi-heure.

Photo : Miguel Delacruz
La récolte (Photo : Miguel Delacruz)

J’habite à la campagne et, chaque soir, j’aime me promener avec mon chien sur les chemins alentours. J’ai mes petites habitudes, plusieurs balades possibles, chacune d’environ une demi-heure : celle qui mène à la carrière, celle du moulin, celle des pommiers, celle du vieux château d’eau, ou celle à travers champs, ma préférée parce qu’elle offre une perspective sur la vallée.

Mais la semaine dernière, j’ai pris conscience que quelque chose assombrissait mon humeur lors de ces balades, et que ce quelque chose, c’était le nombre de plus en plus incroyable de déchets pourrissant sur les bas-côtés des chemins de terre. La ville la plus proche est à 4 bons kilomètres, mais l’urbanisation est manifeste depuis une vingtaine d’années avec l’installation d’une zone industrielle, l’apparition de lotissements, l’accélération du ballet des voitures dont les occupants, parfois, jettent des détritus par la fenêtre.

CHÉRIE, JE T’AI RAPPORTÉ UN BOUQUET… DE DÉCHETS !

La France produit chaque année environ 350 millions de tonnes de déchets, selon l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie. Une partie est recyclée, traitée… Une autre, qui n’est pour l’heure pas quantifiée par les études, échoue dans la nature : on les appelle les « déchets sauvages ».

Au lendemain de ma prise de conscience, j’ai refait la même balade, à travers les champs, avec mon chien + un sac plastique pour ramasser toutes ces choses déprimantes. À la fin, le sac était plein. Ma femme a tout étalé sur une bâche bleue de jardinage, afin que les déchets délavés ressortent mieux en photo : des mégots, des paquets de cigarette, des canettes, des sachets de bonbons et de barres énergétiques, des bidons en plastique, un cutter, des cartouches de chasseur, des prospectus, des tickets de caisse…

Puis j’ai tout remis dans le sac et je suis allé le jeter à la poubelle communale.

Photo : Miguel Delacruz
Le sac (Photo : Miguel Delacruz)

Je ne suis pas le seul ni le premier éboueur amateur pour la bonne cause. En septembre dernier, au journal minimal, nous avions rencontré Hervé Pighiera et Lola Orsoni, un couple formidable en train de nettoyer les routes de France à pied avec une poubelle à roulettes et une pince à déchets. Au terme de leur Marche pour l’Environnement (1000 km d’Aix-en-Provence à Paris, à l’occasion de la Cop21), les deux jeunes gens ont ramassé en tout 36 000 déchets. Si j’ai pris mon sac plastique, c’est notamment grâce à eux, qui avaient montré l’exemple.

Photo : Catherine Simonet
Lola Orsoni et Hervé Pighiera, Paris, automne 2015 (Photo : Catherine Simonet)

« Les opérations bénévoles de ramassages des déchets qui souillent l’environnement (océans, plages, rivières, campagne, bords de route…) sont de plus en plus nombreuses, » est-il écrit sur la page d’accueil du site Web des Rencontres nationales des collecteurs de déchets sauvages, dont la première édition a eu lieu en mars 2016. Et ce n’est pas étonnant, car cela procure un sentiment de bien-être immédiat : ces actions sont spectaculaires, dans le sens premier du terme : le résultat se voit. Pour ma part, lorsque, quelque jours après ma bonne action, j’ai refait la balade à travers champs, j’ai réalisé à un moment que celle-ci était particulièrement agréable, et que c’était parce que les ordures avaient disparu des chemins.

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À propos de l’auteur

MIGUEL DELACRUZ

Je cultive, quelque part, mon lopin de terre, que je fais tout pour transformer peu à peu en petit coin de paradis.

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