Lentement mais sûrement, Islamabad fait sa vélorution

Des citoyens tentent de rouler à vélo dans la capitale pakistanaise conçue pour la voiture. Via un groupe Facebook, ils se retrouvent chaque dimanche matin. Rencontre.

Crédit photo : Camille Delbos
Profiter de l’accalmie avant le ballet chaotique et assourdissant des motos, voitures et camions (Photo : Camille Delbos)

Tous les dimanches matin, aux aurores, dans les artères encore désertes de la capitale du Pakistan, les 3 500 membres du groupe Facebook Critical Mass Islamabad sont invités à faire une « vélorution ». Nous les avons suivis.

Rendez-vous aux abords du parc Fatima Jinnah, le poumon vert de la métropole. Sur Facebook, les directives sont claires : « départ à 7h30 précises », « port du casque obligatoire ! ». À 7h, ils sont déjà une quinzaine, casque vissé sur la tête.

UNE VILLE CONÇUE POUR LES DÉPLACEMENTS MOTORISÉS

Ces balades dominicales ouvertes à tous ont été lancées par quelques cyclistes militants plutôt issus de milieux favorisés (au Pakistan, le taux d’alphabétisation des adultes est de 54,9 %). Ils se situent dans la dynamique du critical mass (masse critique), un mouvement né dans les années 90 aux États-Unis et qui milite pour le partage de l’espace public monopolisé par les usagers motorisés. Les tenants du critical mass estiment qu’il faut atteindre un certain seuil de cyclistes pour basculer vers un réel partage de la voie publique, voire créer un espace carfree (sans voitures).

Le plan d’urbanisme d’Islamabad s’avère en effet inadapté aux modes de transport doux. Sortie de terre en 1967, la capitale (précédemment établie à Karachi) se caractérise par un quadrillage de grands axes et avenues, jalonnés de quartiers. Les distances d’un point à un autre peuvent être décourageantes, sans parler de l’intensité du trafic routier.

Capture d'écran Google Map
Vue aérienne d’Islamabad (Capture d’écran Google Maps)
Crédit photo : Camille Delbos
Mohsin (à gauche), administrateur du groupe Facebook, et Kamran (à droite), un habitué (Photo : Camille Delbos)
Crédit photo : Camille Delbos
Momina (à gauche) participe pour la première fois : « Je suivais le groupe Facebook depuis plusieurs mois. Je suis contente de tenter la balade. Je ne suis pas certaine de pouvoir aller au bout ! » (Photo : Camille Delbos)
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Fauzi, étudiant philippin, effectue lui aussi sa première sortie : « Le cyclisme, c’est mon hobby depuis l’école primaire. J’ai même apporté mon vélo des Philippines ! C’est en faisant une recherche Facebook que j’ai découvert le groupe. » (Photo: Camille Delbos)
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Vers 8h, la ville se réveille, et avec elle, les premières voitures. (Photo: Camille Delbos)
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Les plus rapides attendent les autres au point de rendez-vous à mi-parcours. (Photo: Camille Delbos)
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La petite pause au point de rendez-vous est l’occasion de reprendre son souffle mais aussi quelques clichés pour assurer la promotion de la sortie sur Facebook. (Photo: Camille Delbos)
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Zehra se félicite de voir de nouveaux membres chaque semaine, elle qui a rejoint le groupe dès les débuts en 2009. (Photo: Camille Delbos)

« Au lancement de Critical Mass Islmabad, il nous arrivait parfois de pédaler à quatre personnes seulement. Maintenant, l’engouement est là, » constate Zehra en embrassant du regard la petite trentaine de participants. Et même si au Pakistan le vélo n’est pas vraiment perçu comme une alternative crédible à la voiture, même si dans les discours l’écologie est quasi inexistante, Zehra reste confiante : « Nous n’avions qu’un seul magasin de vélos à Islamabad. Un second a ouvert récemment. C’est très bon signe. »

Crédit photos : Camille Delbos

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À propos de l’auteur

ESRA TAT

Ex-entrepreneure sociale, j’accompagne aujourd’hui des initiatives à impact positif, quand je n’œuvre pas pour l’empowerment des femmes. Le tout à distance, puisque depuis 2015, je m’essaye à une vie nomade et « décentralisée » d’un bout à l’autre du monde.

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