Promenade à Noirmoutier, l’île échappée de la terre

D’un côté amarrée au continent par un pont, de l’autre reliée à la terre ferme par une chaussée submersible, l’île de Noirmoutier s’étend entre océan Atlantique et marais vendéen. Petit avant-goût hors saison…

plan
Plan de Noirmoutier.

La carte
Longue de 18 kilomètres, large de 500 mètres à 6 kilomètres selon les endroits, l’île de Noirmoutier dispose d’une superficie de 48 km2. Elle se trouve dans le golfe de Gascogne, à trois encablures du continent, au-delà du goulet de Fromentine (Vendée).
• Physionomie : à l’ouest, sur l’Atlantique, les plages de sable fin se succèdent le long d’un cordon de dunes. À l’est, face à la baie de Bourgneuf, les digues alternent avec les polders, anses, bois, et autres criques… Sous le soleil, dans les embruns ou sur les flots, le choix est large : voile, plongée, kitesurf, paddle, kayak, jet ski ou farniente. Entre les deux, une terre inondable couverte de landes et de marécages. Et un îlot granitique où s’élève Noirmoutier-en-l’Île, la « capitale ».
• Population : 9 305 Noirmoutrins à l’année (source Insee 2018) et 100 000 touristes en été… qui assurent plus de 80% de l’économie directe et indirecte locale.
• Particularité : depuis l’inauguration du pont en 1971, l’île de Noirmoutier est, pour certains, devenue une presqu’île. Néanmoins, lorsque le vent de terre ou de mer souffle à plus de 100 km/h, l’accès à l’île est fermé à la circulation. Et le passage du Gois, une route qui se découvre à marée basse, fortement déconseillé !

Le territoire
L’île de Noirmoutier compte 4 communes.
• La principale, Noirmoutier-en-l’île, peut s’enorgueillir d’un château fort dont le donjon ouvre l’horizon à 360°, d’une église à la crypte romane et à la nef gothique et de somptueux hôtels particuliers d’armateurs datant du 18e siècle.

chateau fort
Le château fort, l’un des mieux conservés du Grand Ouest. Photo: Brigitte Baudriller.

Serrées les unes contre les autres, des ribambelles de maisons blanches bordent d’étroites ruelles qui mènent au vieux port. Dans son prolongement, la jetée Jacobsen rappelle le 19e siècle où les bateaux remontaient le chenal pour charger et exporter le sel marin, surnommé « l’or blanc ». L’ancien chemin de halage voit aujourd’hui défiler cyclistes et piétons, survolés par le tadorne de Belon, la sterne pierregarin ou l’avocette élégante qui, lors de la migration, font étape dans la réserve naturelle de Müllembourg.
• Agriculteurs et sauniers, les habitants de L’Épine ont longtemps gardé le secret de « fabrication » du sel marin, « élaborant » même la fleur de sel, le nec plus ultra. Leur devise « Par la mer, par le soleil et par le vent » donne un indice.
• La Guérinière a, elle aussi, puisé dans les forces de la nature, comme en témoignent 4 beaux moulins transformés en habitations. Au 19e siècle, des hommes et des femmes venaient d’ici et du continent moudre le grain, été comme hiver, jour et nuit, dans l’un des 32 moulins de l’île. Construits pour la plupart sur les dunes, leurs ailes blanches indiquaient la direction et la force du vent aux thoniers et sardiniers.
• Au pied du pont, Barbâtre s’étend entre plages, forêts, champs et oiseaux sédentaires ou migrateurs du polder de Sébastopol (210 espèces ont été recensées).

La légende
Du côté du port de L’Herbaudière, un rocher serait paraît-il fréquenté par des lutins.

Première impression en arrivant par le Gois
Unique au monde, cette chaussée submersible longue de 4 kilomètres enchante avec ses parfums iodés et donne la sensation que l’on peut être emporté par les courants marins. Le Gois attire des milliers d’automobilistes, cyclistes ou pêcheurs à pied. Savent-ils qu’ici la mer monte à la vitesse d’un cheval au galop ? Les trainards ne devront leur salut qu’en grimpant sur l’une des balises qui jalonnent la chaussée tous les cent mètres. Le patois « goiser » dit bien ce qu’il veut dire : « se mouiller les pieds en marchant dans l’eau ». La vérité de l’île.

Le style
Une villégiature renommée : le Bois de la Chaise, entrelacs de chênes verts, pins maritimes et mimosas où se cachent de sublimes maisons bourgeoises « chalets » de la fin du 19e siècle.

maison au portail rouge
Le Bois de la chaise et ses grands ou petits « chalets ». Photo: Brigitte Baudriller.

Au bord de la plage des Dames, des cabines de bain peintes en blanc s’alignent depuis 1864.

cabines de plage
La plage des Dames, la carte postale de l’île. Photo: Brigitte Baudriller.

Et un authentique village : Le Vieil où les maisons basses traditionnelles aux murets de pierres sèches semblent se jeter dans la mer.

Trois activités
Manger
L’île dispose d’un panier garni de plusieurs produits-phares. Nous vous recommandons en particulier les pommes de terre. Exclusivité noirmoutrine, la fameuse bonnotte (rapportée de Normandie dans les années 1920) est cultivée dans une terre sablonneuse enrichie de goémon et récoltée à la main, au mois de mai. À ne pas manquer aussi, le sel marin et la fleur de sel.

Sillonner
À bicyclette (83 km de pistes) ou à pied (50 km de sentiers pédestres balisés), l’île ne présente aucune difficulté particulière puisque son sommet – le Pé-de-l’Herse – culmine à 22 mètres !

Noirmoutier mon amour
Une bicyclette, invitation à sillonner l’île. Photo: Brigitte Baudriller.

Même si, en haute saison, les voitures sont un peu trop présentes, Noirmoutier offre un bain de nature exceptionnel, entre le polder de Sébastopol où les oiseaux batifolent en toute liberté et les marais salants où les paysans de la mer – les sauniers – récoltent avec savoir-faire le sel évaporé. La fleur de sel est « cueillie » uniquement le soir, après une journée de soleil et de vent.

marais salants
Le saunier sur ses bassins d’évaporation, étape-clé de la « fabrication » du sel marin. Photo: Brigitte Baudriller.

Voguer
Au mois d’août, les voiles multicolores de vieux gréements réunis pour les Régates du Bois de la Chaise font voyager dans le temps. Loin de la foule, le Martroger III et O’Abandonado embarquent les touristes pour un tour en mer. Classé monument historique, le Martroger III a, durant cinquante-huit ans, veillé sur les bouées et les balises entre les îles de Noirmoutier et d’Yeu. Aujourd’hui, il part avec des enfants et des personnes âgées pour des croisières découvertes. Sous une éclatante voilure, O’Abandonado – une gabare portugaise de 1916 coulée et restaurée – approche l’île du Pilier convoitée par des colonies d’eiders à duvet et de pipits maritimes.

voiliers au loin
O’Abandonado au loin, toutes voiles dehors. Photo: Brigitte Baudriller.
un voilier
O’Abandonado de retour au port après une escapade en mer. Photo: Brigitte Baudriller.

Brève rencontre
À la table d’Alexandre Couillon, le chef doublement étoilé de La Marine, on goûte le talent d’un homme qui sublime les saveurs de l’île et d’ailleurs : l’océan, la forêt, le marais et son jardin verger-potager-herbes aromatiques.

Arrêt sur images

pêcheur à pied
Un pêcheur à pied en quête de coquillages et crustacés. Photo: Brigitte Baudriller.
réserve d'oiseaux
Le polder de Sébastopol, fragile frontière entre la terre et la mer et lieu prisé des oiseaux. Photo: Brigitte Baudriller.
port de plaisance
Le port de L’Herbaudière, entre pêche et plaisance. Photo: Brigitte Baudriller.
Kitesurf à Noirmoutier
Il y a le ciel, le soleil et la mer… et les kitesurfs. Photo: Brigitte Baudriller.

À voir
Le Gois, ce ruban pavé et goudronné de géographie et d’histoires, qui ne se découvre qu’à marée basse. Le passage a été formé par la rencontre entre deux courants marins de Bourgneuf, l’un venant du nord et l’autre du sud, qui ont lentement « remonté » le fonds de l’océan, permettant aux hommes et aux animaux de traverser les flots dès le 18e siècle.

le gois de Noirmoutier
Le Gois, un passage en partie pavé et planté de « mâts de perroquets », planches de salut à marée haute. Photo: Brigitte Baudriller.

Y aller
L’île de Noirmoutier est accessible par le Gois entre 1h30 avant et 1h30 après la marée basse, depuis Beauvoir-sur-mer, ou par le pont (gratuit, contrairement à celui de l’île de Ré) depuis La Barre-de-Monts. Des liaisons directes en car sont organisées de la gare de Nantes (trajet 1h45) pour les trains en correspondance, notamment les TGV en provenance de Paris.

Carnet de voyage
Office de tourisme de l’île de Noirmoutier
02 51 39 80 71
• Maison Moizeau, les 5 chambres d’hôtes d’Alexandre et Céline Couillon (L’Herbaudière).
02 51 39 23 09
• The Corner, maison bourgeoise de 1814 et table d’hôtes franco-américaine (Noirmoutier-en-l’île).
06 09 86 17 79
• Camping Huttopia : le long de la plage des Sableaux (Noirmoutier-en-l’île).
02 51 39 06 24
•  La Table d’Élise, le bistrot d’Alexandre Couillon et de son équipage (02 28 10 68 35) ou La Marine, où brillent ses deux étoiles (02 51 39 23 09).
•  Librairie-café Trait d’union, des livres, du café-thé-chocolat et des rencontres avec auteurs, éditeurs, musiciens.
02 51 35 59 22
• O’Abandonado pour une navigation à la voile vers l’île du Pilier, une sortie au coucher du soleil…
06 80 72 25 61.


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À propos de l’auteur

BRIGITTE BAUDRILLER

Ici, là-bas ou ailleurs, j’aime rencontrer les gens. Goûter le sel et le sucre de leur vie. Parcourir leurs paysages. Partager leurs inspirations, leurs réflexions et leurs actions, via des interviews et reportages.

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