Épisode 5 : Le voyage sans déchets

Depuis notre départ, mon ambition d’un voyage sans produire de déchets s’est pris une claque ! Notamment avec la question de l’accès à l’eau potable…

Des Indiens se servent d'eau en libre service dans les rues de Mysore.
De l’eau filtrée mise à disposition dans la rue près d’un monument, à Mysore (grande ville du sud de l’Inde). Photo : Camille Delbos.

J’ai toujours été sensible au problème des déchets et du gaspillage, probablement en raison d’une éducation assez orthodoxe, où « polluer, c’est pécher ». C’est ainsi qu’au cours des derniers mois, j’ai développé une véritable phobie du voyage collectif. À chaque fois, j’ai la boule au ventre à l’idée d’être confrontée au jet, par la fenêtre, d’une énième bouteille en plastique ou de paquets de biscuits… Et j’ai la hantise de devoir, alors, trouver les mots pour dire ce qui me dérange, sans paraitre ni pédante ni agressive.

Cette scène, je l’ai vécue tout au long de notre itinérance, dans presque tous les pays : lors d’une traversée du désert en Ouzbékistan, dans un parc naturel au Tadjikistan, quasi quotidiennement en Inde…

ADIEU LE VRAC ET LES FORMATS FAMILLE

Il serait tentant de pointer du doigt les « pays en développement », où j’ai effectivement souvent assisté au spectacle affligeant de montagnes de déchets. Mais il ne faudrait pas se leurrer ! Au Japon par exemple, le système de tri très complexe et rodé n’enlève rien au problème initial : la folie du suremballage.

Avant de partir, je n’aurais jamais imaginé produire autant de déchets en plastique. Cela tient à la nature de l’itinérance et du « voyage léger » :

– Faute de pouvoir porter davantage dans mon sac à dos, j’achète souvent de la lessive et des produits cosmétiques (crème, shampoing, etc.) dans des petits contenants, alors qu’en France je préférais le vrac ou les formats famille.

– Sans domicile fixe, j’ai moins la possibilité de fabriquer certains produits de soin, de cuisiner. La nourriture de rue est adaptée à mon budget mais, souvent, elle génère des déchets. Alors je refuse les couverts jetables, les serviettes en papier, les sacs en plastique…

– L’accès à l’eau est de loin le sujet le plus critique. En France, il ne me viendrait pas à l’idée d’acheter de l’eau en bouteille. Dans les pays que nous visitons, souvent l’eau du robinet n’est pas potable. Même filtrée, elle garde un goût très désagréable. Avec des températures élevées, on se laisse aussi plus facilement tenter par de l’eau fraîche en bouteille. Sans solution miracle, j’oscille selon les cas entre : filtrer l’eau, la faire bouillir, utiliser des pastilles purificatrices, opter pour les refill (quelques rares commerces proposent de remplir des bouteilles avec de l’eau filtrée), acheter de grands contenants.

Collection de bouteilles en plastique dans une rivière à Almaty, Kazakhstan
Collection de bouteilles en plastique à Almaty, Kazakhstan. Photo : Esra Tat.

Souvent, je suis envahie par un sentiment de culpabilité/d’impuissance devant la réalité : chaque produit « jetable » consommé finira quelque part dans la nature, ou au mieux brulé en dégageant des fumées toxiques et des résidus polluants.

De ces tentatives pour limiter mes déchets dans un mode de vie itinérant, je retiens l’urgence d’être plus radicale encore dans mes choix de consommation à l’avenir. Car, comme le dit l’adage, le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas.

Retrouvez ici les épisodes précédents de Transhumance.

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À propos de l’auteur

ESRA TAT

Ex-entrepreneure sociale, j’accompagne aujourd’hui des initiatives à impact positif, quand je n’œuvre pas pour l’empowerment des femmes. Le tout à distance, puisque depuis 2015, je m’essaye à une vie nomade et « décentralisée » d’un bout à l’autre du monde.

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