L’artiste Invader incruste des fruits et légumes dans le quartier végétarien de Paris

Inspirées de l’imagerie du jeu vidéo, les mosaïques pixelisées d’Invader ornent les murs du monde entier. Aujourd’hui, c’est veggie town, le quartier végétarien de Paris, qui est envahi. Entretien avec l’artiste.

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Situé dans les 9e et 10e arrondissements de Paris, veggie town compte une vingtaine de restaurants et commerces végétariens et véganes. Crédit : Invader.

Sa parole est rare et il ne montre pas son visage. Depuis la fin des années 1990, Invader pigmente l’espace urbain de ses œuvres minimalistes au moyen d’un procédé qu’il nomme « l’invasion » : il colle des petits carreaux de mosaïques aux murs pour former le plus souvent des Space Invaders, ces extraterrestres issus du jeu vidéo japonais du même nom, sorti en 1978 dans les salles d’arcade.

Parmi les milliers de pièces disséminées sur la planète, une dizaine à Paris sont consacrées à la cause végétarienne : fruits, légumes ou encore hamburger planté d’un drapeau végane. Un clin d’œil symbolique d’un artiste devenu végétarien qui souligne l’émergence du quartier végé friendly de la capitale : veggie town. Entretien exclusif.

Hello Invader, qui êtes-vous ?
Bonjour, je suis Invader, un AVNI (artiste vivant non identifié).

Invader, Space Invaders
Invader dans les rues de Sao Paulo (Brésil) en 2011.

En novembre dernier, vous avez commencé l’invasion veggie à Paris, en posant des mosaïques qui représentent des fruits et des légumes, est-ce une marque de soutien à ce mouvement ?
Oui, absolument, l’idée était de collaborer avec l’Association Végétarienne de France. Ensemble nous sommes aussi arrivés à l’idée de l’invasion de veggie town. Comme il ne se passe pas une semaine sans que j’installe de nouvelles mosaïques dans Paris, je suis toujours à la recherche de spots et là, l’AVF m’a suggéré un tout un nouveau quartier. J’ai aussi envahi la couverture et l’intérieur de leur revue qui vient de sortir il y a quelques jours.

Êtes-vous vous-même végétarien ?
J’ai toujours eu un grand respect pour les végétariens et j’ai fini par le devenir. Je l’ai fait par conviction personnelle et par éthique. C’est un geste assez radical qui change beaucoup de choses dans notre rapport au monde.

Vous dites souvent que votre art n’a pas de message politique, mais dans ce cas précis, il semble qu’il signifie quelque chose…
Oui, en tant que végétarien moi-même j’ai eu envie, pour une fois, d’utiliser mon œuvre pour parler de cette cause.

Pour cette invasion, comment avez-vous choisi les lieux de pose et les différents motifs ?
J’ai ciblé un périmètre assez précis que l’Association Végétarienne de France définit comme le principal quartier végétarien parisien et j’y ai installé une dizaine de pièces sur la thématique veggie.

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Le quartier de veggie town compte une dizaines de pièces d’Invader sur le thème du végétarisme. Crédit : Invader.
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Invasion de carottes dans le 9e arrondissement parisien. Crédit : Invader.
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L’artiste a collé ses mosaïques au-dessus de la devanture du restaurant végane Jah Jah, rue de Petites Écuries, dans le 10e arrondissement de Paris. Crédit : Invader
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Bien sûr que c’est végétarien le vin, tout autant que les tomates et les aubergines. Crédit : Invader.

À quoi fait référence la bouteille de vin ?
Je trouve qu’elle s’intégrait bien à cette petite nature morte. Le vin est un produit végétarien, ce qui collait donc au cahier des charges, et puis à coté de cette enseigne « Fédération française de l’apéritif », avouez que cela fonctionne plutôt bien !

Avez-vous d’autres projets artistiques sur le végétarisme ou plus généralement l’écologie ?
Oui, j’ai créé une œuvre sur une maquette de la goélette Tara qui sera vendue au profit de la Fondation lors d’une vente de plusieurs œuvres réalisées par différents artistes en juin. Et je travaille depuis plusieurs mois sur une collaboration avec l’association de défense des animaux Peta. La forme est encore à finaliser mais ce sera a priori des goodies (tee-shirts, autocollants) qui seront vendus au profit de cette association.

Vous revenez d’un voyage au Bhoutan, dans quel cadre y êtes-vous allé ?
Pas de cadre, c’était une démarche personnelle, aventure et invasion !

Vous avez pu visiter des temples, et même coller des mosaïques sur certains, comment cela s’est-il passé ? Les moines étaient-ils d’accord avec votre démarche ?
Oui, j’y ai été très bien accueilli, jusqu’à ces moines qui m’ont ouvert la porte de leur monastère pour que j’y installe un petit mandala pixelisé.

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Le mandala. Crédit: Invader (BT_01-b).

Êtes-vous sensible à la philosophie bouddhiste ?
Sans être un spécialiste, certains aspects m’interpellent : méditation, contrôle de l’esprit ou encore… visites extraterrestres !

Avez-vous bien mangé là-bas ? Tous les plats sont-ils végétariens ?
S’il est possible et plutôt facile de manger végétarien, j’ai été surpris de découvrir que, même bouddhistes, les Bhoutanais n’étaient pas végétariens. Mais comme ils ne veulent pas tuer les animaux, il n’y a pas d’abattoir. Ils importent leur viande ou l’achètent aux tribus des haut-plateaux qui élèvent et tuent eux-mêmes des yacks. Ces tribus viennent ensuite échanger la viande de yack contre les légumes qui ne poussent pas sur les haut-plateaux.

Quelle est la relation entre les Bhoutanais et les animaux ?
Les animaux vivent en liberté, vous croisez des vaches, des ânes ou des chiens qui n’appartiennent à personne mais qui vivent au milieu des humains.

Avez-vous pu mesurer là-bas le fameux « Bonheur national brut » ?
Ces gens vivent sur les contreforts de l’Himalaya, il n’y a pas un seul feu rouge dans tous le pays et les enfants commencent tous leur journée scolaire par trente minutes de méditation. Donc il est vrai qu’ils sont plutôt zen !

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Invasion le long d’une route de montagne au Bhoutan… Crédit: Invader (BT_06).
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Mosaïque collée place de l’Horloge à Thimphu, la capitale du pays. Crédit: Invader (BT_04).
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Cette pièce se situe dans une rue de Paro. Crédit: Invader (BT_08).

Quel est votre premier Invader posé, c’était à Paris ?
Non, le tout premier c’était en banlieue. Je ne me souviens plus de sa date d’installation exacte, je pense 1997 ou tout début 98. Ce qui est certain c’est que c’est en 1998 que j’en ai installé un premier à Paris avec l’idée d’en poser d’autres et de réaliser une véritable invasion planétaire. Normal puisqu’il s’agissait de figures de Space Invaders…

Peut-on parler d’« art minimaliste » ?
Oui, pourquoi pas. J’aime le minimalisme et la simplicité même si cela demande parfois beaucoup de travail ! Il m’arrive souvent de complexifier une pièce pour ensuite revenir vers la simplicité de son point de départ. Pour reprendre une phrase de l’artiste Bertrand Lavier, « je n’aime pas les travaux qui transpirent le travail ».


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À propos de l’auteur

EMMANUEL VALETTE

Journaliste, j'ai rejoint l'équipe du journal minimal en 2017.

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