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Ces citoyens qui militent pour un revenu universel en nature

Quand le socialiste Benoît Hamon défend un revenu universel, Charlotte Marchandise, issue d’une primaire citoyenne, propose une dotation inconditionnelle d’autonomie.

Charlotte Marchandise et son équipe (crédit photo : La primaire citoyenne).
Charlotte Marchandise et son équipe (crédit photo : La Primaire.org).

Depuis le petit bureau d’un appartement parisien, mis à disposition par un membre de son équipe, Charlotte Marchandise enchaîne les interviews. Dans le salon, une dizaine de jeunes bénévoles se démènent pour organiser le « tour de France » de la candidate à la présidentielle, issue d’une « primaire citoyenne ». Objectif : la faire connaître du grand public et obtenir les fameuses 500 signatures (un défi « impossible », selon le site spécialisé non-stop-politique.fr).

La primaire citoyenne, qu'est-ce que c'est ?
Lancée par des personnalités de la civic tech (mouvement pour une démocratie participative grâce aux outils du numérique), La Primaire.org est une expérimentation inédite. Le choix de Charlotte Marchandise parmi 200 citoyens ne s’est pas effectué par un simple vote, mais par un système de classement intitulé « jugement majoritaire« , considéré par de nombreux chercheurs comme le mode de scrutin le plus représentatif de la volonté des électeurs. Le succès de cette primaire citoyenne est réel : 32 685 votants, c’est plus que la primaire d’EELV.

Si Charlotte Marchandise s’est lancée dans l’aventure de La Primaire.org, c’est après avoir amèrement constaté qu’il n’y avait que 8 candidates pour 200 candidats. Actuellement adjointe déléguée à la santé de la ville de Rennes (dont la maire est socialiste), la jeune femme n’est encartée dans aucun parti. Son CV a des allures de jardin aux essences variées : un temps prof de français, puis guide touristique, elle a créé une école Montessori, avant de devenir responsable web-marketing et formatrice dans le domaine de la santé.

REVENU UNIVERSEL VS DOTATION INCONDITIONNELLE D’AUTONOMIE

Idéologiquement, elle se définit comme humaniste et promet de « faire de la politique autrement » en organisant un « rassemblement » qui irait de l’extrême gauche au centre-droit en passant par l’écologie. Charlotte Marchandise s’adresse notamment à la génération Y, que la « politique à l’ancienne, technocratique, n’intéresse plus ».

Sa vision, la candidate la résume d’une phrase : « créer l’environnement qui permettra à chacun de réaliser son plein potentiel ». C’est pour atteindre cet objectif qu’elle envisage de distribuer une « dotation inconditionnelle d’autonomie ». Au lieu de redistribuer de l’argent comme avec le revenu universel, Charlotte Marchandise envisage une allocation en 3 volets : 1/3 en monnaie locale, 1/3 en euros et 1/3 en « droits de tirage » d’électricité ou d’eau ». Un système original, certes, mais qui risque de pénaliser les occupants de logements autonomes en eau et énergie (cf. notre reportage sur la maison autonome). Interrogée sur ce sujet, l’équipe de la candidate n’a pas apporté de réponse…

Charlotte Marchandise (crédit photo : La primaire citoyenne).
Charlotte Marchandise (crédit photo : La Primaire.org).

Pour financer cette dotation, dont le coût n’est pas encore estimé, Charlotte Marchandise prévoit, notamment, de réaffecter les 3,7 milliards d’euros investis chaque année dans la filière nucléaire, de réduire les indemnités des élus au salaire médian du pays (2 200 € nets mensuels) et, surtout, de « remettre à plat la fiscalité », sans toutefois donner plus de précisions.

UNE CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE FINANCÉE PAR LES CITOYENS

Ce programme s’inspire des travaux de mouvements alternatifs et altermondialistes comme Les Convivialistes, Les Amis de la Terre, le candidat numérique fictif Julien Letailleur, mais aussi du Projet décroissance (1). Il emprunte également des concepts aux philosophes Patrick Viveret, Edgar Morin et Michel Serres.

Un appel aux dons a été lancé par La Primaire.org, avec un objectif de 300 000 euros pour financer sa campagne. En 2006, France 2 innovait en produisant une série intitulée L’État de Grace, qui mettait en scène une première présidente de la République « issue du monde associatif ». La série événement fut un échec retentissant pour la chaîne. Souhaitons à la candidate de la primaire citoyenne davantage de succès.

(1) NDLR : dont l’un des auteurs anime le site ReOpen911, qui propage des théories du complot.

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À propos de l’auteur

JACQUES TIBERI

Journaliste et juriste, je me passionne pour toutes les innovations et, surtout, les débats de société qu'elles soulèvent.

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