Présidentielle : Le pouvoir d’achat, un piège pour la gauche

Le pouvoir d’achat monopolise les débats. Tétanisée, la gauche en oublie ses classiques : où sont passés la critique de la société de consommation et le projet de revenu universel ?

le pouvoir d'achat, un piège pour la gauche
Présidentielle 2022: le pouvoir d’achat monopolise les débats. Illustration: Pixabay.

Lettrine sondage après sondage, et ce quels que soient les instituts, le pouvoir d’achat arrive en tête des préoccupations des Français en vue de la présidentielle 2022, loin devant la crise climatique. Comment, dans ces conditions, réussira-t-on à sortir vite de la société de consommation qui détruit et monétise l’environnement, nos relations, nos déplacements et jusqu’à l’air que nous respirons ?

La gauche française semble prise au piège de ce débat écrasant sur le pouvoir d’achat, d’autant que les ménages qui ne cessent d’en perdre sont les plus modestes et que ceux qui ont vu le leur exploser de manière indécente sont les plus fortunés. De Mélenchon à Hidalgo, Taubira, Jadot, Roussel etc. chacun y va de sa solution : bloquer les prix des produits de première nécessité, revaloriser plus ou moins le SMIC et les minima sociaux… Mais où sont passés l’instauration du revenu minimum universel (pas à moins de 1000 euros s’il vous plaît) et la redistribution substantielle des richesses ?

ASSIS SUR DES TAS DE LINGOTS

À l’été 1789, nos aïeux révolutionnaires décrétèrent que les hommes naissaient libres et égaux en droit et ils abolirent les privilèges en une nuit. Aux yeux de qui est-ce encore tolérable aujourd’hui de voir se pavaner dans notre pays des multimillionnaires, des milliardaires, des PDG qui gagnent en une journée ce que des aide-soignantes gagnent en une vie ? Y aura t-il un(e) seule candidat(e) social(e)-démocrate pour oser proposer qu’à partir de mai 2022 les écarts de revenus soient limités de 1 à 10 et les écarts de patrimoine progressivement réduits à l’occasion des héritages ?

S’il était illégal, chez nous, d’amasser des montagnes d’euros, le Dr Jean-Claude Marian, fondateur du groupe Orpéa en 1989, aurait-il cherché à faire de la productivité dans ses Ehpad au point de rationner les couches des résidents incontinents pour devenir milliardaire ? S’il était illégal d’être assis sur des tas de lingots, l’actuel PDG de Total, Patrick Pouyanné, aurait-il annoncé hier qu’il allait forer 400 puits de pétrole sous les eaux du lac Albert, à l’ouest de l’Ouganda, contre l’avis des habitants et des ONG qui hurlent à l’écocide mais pour le plus grand bonheur de ses actionnaires ?

ÉTENDRE LES ZONES DE GRATUITÉ

Le matérialisme est une tare, profondément humaine, corrigeons-le par des lois ! Sinon il y aura toujours parmi nous des brutes épaisses tel que ce milliardaire tchèque fou de joie d’avoir fait une pointe à 417 km/h sur une autoroute allemande dans sa Bugatti Chiron d’une valeur de 3 millions d’euros, s’auto-congratulant comme s’il avait peint la Joconde alors qu’il avait juste dégazé des tonnes d’essence et failli tuer des gens grâce à son gros pouvoir d’achat.

N’avait-on pas rêvé récemment du « monde d’après » ? Il suffirait pour le faire advenir de réfléchir deux minutes à une définition de nos besoins essentiels : de quoi un être humain a-t-il besoin pour vivre dignement, quelles sont les conditions qui rendent le bonheur possible ? N’est-ce pas simplement avoir un toit, bien manger, bien boire, dormir au chaud, se sentir bien habillé, faire un travail qui nous plaît, se promener dans la nature, partager des moments avec nos amis, nos proches, se faire soigner quand on est malade, se faire aider quand on est dépendant, avoir accès aux services publics, à l’éducation et à la culture ? Ne pourrait-ton pas étendre les zones de gratuité, canaliser les activités lucratives, bref remplacer le pouvoir d’achat et les dépenses contraintes par la liberté de ne pas acheter ? Cela vaudrait le coup d’en débattre sérieusement car c’est peut-être autour de ces questions que la gauche déboussolée pourrait renaitre de ses cendres.


Pour suivre les publications de mon journal préféré, je reçois la lettre minimale, chaque 1er mercredi du mois. Bonne nouvelle, c’est gratuit et sans engagement !

Partager
Aller à la Une

À propos de l’auteur

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

Exprimez-vous !