L’aura grandissante de Rachel Carson, amie des oiseaux et pionnière de la lutte contre Monsanto

Peu connue en France, la biologiste américaine Rachel Carson est une héroïne de l’écologie outre-Atlantique. C’est grâce à ses recherches que le DDT a été interdit dans l’agriculture il y a cinquante ans. Portrait.

Rachel Carson, l'amie des oiseaux
la biologiste américaine Rachel Carson est à l’origine de l’écologie politique moderne. Elle a beaucoup inspiré Al Gore. Illustration: Captain Coke.

Identité
Rachel Louise Carson
Née à Springdale (Pennsylvanie, États-Unis) en 1907, morte à Silver Spring (Maryland, États-Unis) en 1964.
Profession : biologiste et écrivain.
Signe particulier : cette scientifique était dotée d’une plume extraordinaire et sa manière très vivante de faire partager ses observations, à la radio ou dans ses livres, touchait le cœur des gens.

Principal fait d’arme
Rachel Carson comprend dès les années 1940 que les pesticides sont dangereux pour la biodiversité. Ceux-ci commencent à être utilisés à grande échelle dans l’agriculture sous l’impulsion d’industriels tels que Monsanto. Grâce aux découvertes de cette première lanceuse d’alerte, l’usage agricole du DDT sera interdit au début des années 1970 aux États-Unis et dans de nombreux pays, dont la France.

Démarche
Proche de la nature et des animaux, que sa mère lui a appris à aimer durant son enfance dans la ferme familiale de 26 hectares, Rachel Carson cherche à mettre en lumière l’interconnexion des êtres vivants. Titulaire d’un master en zoologie marine de l’université John Hopkins, elle va écrire dans les années 1950 plusieurs best-sellers naturalistes qui changeront le visage de l’Amérique, à commencer par une trilogie sur la mer.

Son travail prend ensuite un tour plus politique : après avoir constaté la disparition des oiseaux dans les secteurs d’épandage de pesticides, elle mène d’énormes recherches sur les pratiques agricoles et publie en 1962 un ouvrage choc, Printemps Silencieux, qui dénonce les ravages causés par l’utilisation intensive de ces produits toxiques. Violemment attaquée en retour par l’industrie agrochimique, elle est soutenue par une grande partie de la communauté scientifique, par le grand public, puis par le président John-Fitzgerald Kennedy.

Au-delà de la question des pesticides, Rachel Carson prône le respect de toute forme de vie ainsi qu’une plus grande humilité de l’homme face à son environnement. Dans Le Sens du Merveilleux, qui paraitra à titre posthume, elle invite les parents à partager très tôt avec leurs enfants les beautés de la Terre.

Extrait de Printemps Silencieux (1962)
« Il était une fois une petite ville au cœur de l’Amérique où toute vie semblait vivre en harmonie avec ce qui l’entourait. Cette ville était au centre d’un damier de fermes prospères, avec des champs de céréales et de coteaux de vergers où, au printemps, des nuages blancs de fleurs flottaient au-dessus des champs verts. À l’automne, érables, chênes et bouleaux formaient un incendie de couleurs qui brûlait et tremblait sur fond de pins. Les renards glapissaient dans les collines et les cerfs traversaient silencieusement les champs, à demi visibles dans les brumes matinales de novembre.

Le long des routes, les lauriers, les viornes, les aulnes, les hautes fougères et les fleurs sauvages enchantaient l’œil du voyageur presque toute l’année. Même en hiver, les bords des routes étaient beaux ; d’innombrables oiseaux venaient y picorer les baies et les graines que les herbes sèches laissaient pointer au-dessus de la neige. La campagne était d’ailleurs réputée pour l’abondance et la variété de ses oiseaux, et lorsque les flots de migrateurs déferlaient au printemps et à l’automne, les gens accouraient de très loin pour les observer. Des pêcheurs venaient aussi, attirés par les ruisseaux dont l’eau claire et fraîche descendait des collines, cherchant les trous ombreux affectionnés par les truites. Ainsi allaient les choses depuis les jours lointains où les premiers pionniers avaient édifié leurs maisons, creusé leurs puits et construit leurs granges.

Et puis un mal étrange s’insinua dans le pays, et tout commença à changer. Un mauvais sort s’était installé dans la communauté, de mystérieuses maladies décimèrent les basse-cours ; le gros bétail et les moutons dépérirent et moururent. Partout s’étendit l’ombre de la mort. Les fermiers déplorèrent de nombreux malades dans leurs familles. En ville, les médecins étaient de plus en plus déconcertés par de nouvelles sortes de dégénérescences qui apparaissaient chez leurs patients. Il survint plusieurs morts soudaines et inexpliquées, pas seulement chez les adultes, mais aussi chez les enfants, frappés alors qu’ils étaient en train de jouer, et qui mouraient en quelques heures.

Il y avait un étrange silence dans l’air. Les oiseaux par exemple – où étaient-ils passés ? On se le demandait, avec surprise et inquiétude. Ils ne venaient plus picorer dans les cours. Les quelques survivants paraissaient moribonds ; ils tremblaient, sans plus pouvoir voler. Ce fut un printemps sans voix. À l’aube, qui résonnait naguère du chœur des grives, des colombes, des geais, des roitelets et de cent autres chanteurs, plus un son ne se faisait désormais entendre ; le silence régnait sur les champs, les bois et les marais. »

Bio express
1917 : Elle publie sa première nouvelle, sur les animaux, à l’âge de 10 ans, dans le St. Nicholas Magazine, le célèbre mensuel pour enfants dont elle était aussi une lectrice assidue.

1935 : À la mort de son père, les difficultés financières de la famille sont telles que Rachel Carson, doit travailler à temps partiel pour poursuivre ses études. Elle entre comme assistante au Bureau des Pêches, l’agence fédérale chargée de la gestion et de la préservation de la faune.

1957 : Elle adopte son petit neveu, Roger Christie, qui s’est retrouvé orphelin.

Rachel Carson sur un timbre
La Poste américaine édite un timbre à l’effigie de Rachel Carson en 1981.

Réseau
Ses auteurs de prédilection quand elle est enfant sont des écrivains qui racontent des aventures qui se passent souvent en mer : Stevenson (L’Île au Trésor), Conrad (Le Miroir de la Mer) Melville (Moby Dick)…

Durant sa carrière scientifique elle recevra le soutien de ses pairs, ainsi que plusieurs soutiens politiques : le président des États-Unis JFK, le juge à la cour suprême William O. Douglas (fervent défenseur de l’environnement).

De nos jours, Rachel Carson inspire les activistes écolos du monde entier, dont l’ancien vice-président des États-Unis Al Gore (1993-2001) et le Giec, nommés prix Nobel de la Paix en 2007 pour leurs alertes sur la catastrophe climatique.


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À propos de l’auteur

Pianiste et compositrice, directrice de la publication du journal.

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