Les œufs de « poules de réforme », une solution pour les amis des animaux ?

TUTORIEL. Comment manger des œufs sans maltraiter les gallinacés ? Notre journaliste Iris Petitjean a opté pour les œufs de poules de réforme (retraitées). Comparatif.

Deux poules amies
Minute et Fripronil, France, 2018. Photo: Iris Petitjean.

Lettrine Avertissement : Il est très difficile de changer son alimentation, et j’estime que ce n’est pas une démarche à entreprendre si celle-ci convient sanitairement et moralement. Cet article n’est pas voué à vous faire manger des œufs de poules de réforme si vous ne mangez pas d’œufs, ni à vous faire abandonner la viande si vous en mangez encore.

Personnellement, je ne mange plus de poisson depuis belle lurette, et j’ai enfin cessé de manger des animaux il y a deux ans. Cependant, mes amis s’étonnent parfois de me voir manger des œufs. Ainsi, je n’ai pas fait une croix sur les protéines animales ? Non. Ainsi, je tolère qu’on maltraite des êtres pour me nourrir ? Non plus. Je me procure des œufs avec la certitude que leurs productrices sont bien traitées, et je m’en passe si je ne peux pas garantir ce bien-être.

Un peu de biologie. Tout d’abord, rappelons ce qu’est un œuf de poule. Même si la reproduction des oiseaux est assez différente de celle des mammifères, nous pouvons grossièrement rapprocher la ponte d’un œuf par une poule de l’ovulation humaine. Il s’agit de l’émission d’une cellule reproductrice (gamète), qui si elle n’est pas fécondée par un gamète mâle (à l’intérieur du corps dans ces deux exemples) sera finalement expulsée. Chez les poules l’ovule, fécondé ou non, sort du corps solidement protégé d’une coquille calcaire. Les poules pondent donc de très gros ovules (en comparaison, un ovule humain mesure 0,2 mm), mais il s’agit bien d’une seule cellule : le jaune forme le noyau, le blanc le cytoplasme. Si la poule n’est jamais en présence d’un coq, on est donc certains qu’il ne se trouvera jamais de potentialité d’embryon dans ses œufs.

Les poules (comme tout le monde) n’ovulent pas en permanence. Une poule peut pondre entre 20 et 300 œufs par an, selon son âge, sa race, son état de santé, son humeur, etc. Au début du printemps (à Pâques, les coutumes ont une base environnementale) les poules pondent le plus, et en hiver elles ne produisent souvent pas du tout. Et bien sûr, les poules ne pondent pas non plus tout au long de leur vie, d’une dizaine d’années, plus ou moins selon les races. Elles commencent à pondre à partir de 6 mois, et leur fertilité est maximale pendant deux ans, puis diminue jusqu’à se tarir au bout de trois à neuf ans.

Un oeuf de poule
Un œuf, France, 2018. Photo: Iris Petitjean.

Productivisme et supermarchés. En admiration devant ces animaux merveilleux qui transforment tous les détritus en un aliment à la forme parfaite, les humains ont cherché à les faire produire encore plus, sans se soucier de leur avis.

Aujourd’hui, on entasse ces pauvres volatiles dans des cages à peine assez grandes pour se tenir debout, dans des entrepôts à la chaleur et à la luminosité savamment calculées pour perturber leur système chronobiologique afin qu’il croie que c’est tous les jours Pâques. Au bout de quelques mois, une année tout au plus, leur organisme malmené évidemment n’en peut plus, c’est l’épuisement professionnel et physiologique, et ces poules de batterie cessent de pondre. En général, les industriels s’en séparent à ce moment-là, comprenez : les transforment en chair à pâtée (pour animaux, pour nuggets, ou autre).

Comment savoir d’où viennent les œufs en magasin ? Les œufs vendus dans les magasins sont tous tamponnés d’un code qui permet leur traçabilité. Il vous suffit donc d’ouvrir la boîte et de lire ce qu’il y a d’écrit sur la coquille. Y figure un chiffre qui indique la méthode d’élevage, puis deux lettres indiquant le code du pays (« FR » pour la France), et enfin une suite de lettres et de chiffres permettant d’individualiser l’exploitation qui a fourni les œufs. C’est donc le premier chiffre qui vous permettra de savoir où vit la poule qui a pondu l’œuf que vous tenez entre les mains :

0 : élevage en plein air (au moins 2,5 m2 de terrain extérieur par poule) et alimentation biologique.
1 : élevage en plein air (au moins 2,5 m2 de terrain extérieur par poule).
2 : élevage intensif en intérieur mais sans cage, appelé aussi « au sol » (max. 9 poules/m²).
3 : élevage en cage ou en batterie (18 poules/m²).

Pour des poules cool. Pour vivre dans les meilleures conditions, une poule a entre autres besoin d’espace où se dégourdir les pattes, de terrain où gratter de l’ongle et du bec, et qu’on respecte son humeur. Les deux premières conditions sont certes remplies quand on choisit des œufs pondus en plein air (avec le nº 0 ou 1 sur la coquille), mais que se passe-t-il quand l’oiseau ne se sent pas assez en forme pour pondre ?

Qu’on l’impose aux travailleurs humains ou aux animaux, le course effrénée à la productivité me révulse tout autant. Les poules doivent pouvoir vivre leur vie quand elles ne produisent pas, ou plus, d’œufs. Or, que deviennent celles trop âgées pour pondre, ou du moins trop vieilles pour pondre régulièrement ? Même en élevage en plein air, les agriculteurs cherchent avant tout à vendre des œufs, et ne nourrissent personne « à ne rien faire ».

POULES DE RÉFORME SUR LE WEB

Avant d’envoyer à l’abattoir toutes ces poules retraitées de la ponte, certains éleveurs les revendent sous l’appellation militaire de « poules de réforme », afin de leur permettre de finir leur vie dans un environnement paisible. Sur le marché où je me fournis, l’un des maraîchers s’est constitué un petit cheptel de ces poules à la retraite. Il cherche sur Internet (sur Le Bon Coin on trouve tout !) les éleveurs qui se séparent de lots de poules pondeuses, et les installe sur son terrain. Certaines pondent encore, même si ce n’est pas de manière régulière, et d’autres ne pondront plus. Mais toutes gambadent, et sont correctement nourries.

Swann et H1N1 dans le jardin
Swann et H1N1 dans le jardin, France, 2018. Photo: Iris Petitjean.

Les poules recyclent la matière organique mieux que n’importe quel broyeur à ordure, et fournissent un excellent amendement azoté. Enfin, c’est ce qui m’intéresse, les quelques œufs sont vendus au marché, pour un prix similaire à celui que je paierais en supermarché pour la production de leurs congénères moins bien traitées.

Il est tout à fait possible d’acquérir des poules de réforme, pour leur offrir une retraite calme bien méritée. Le maraîcher à qui j’ai parlé ne récupère que des poules ayant été élevées en plein air, mais sans doute est-il possible de changer la vie d’une poule qui n’a vu que la cage.

Les coqs en pâtissent. Vous avez lu jusqu’ici la vie des poules, mais je n’ai pas parlé des coqs. En effet, à leur grand dam, ces derniers ne pondent pas, et donc quelle que soit la méthode d’élevage, respectueuse ou non de la poule, le coq, lui, n’est pas désiré, et reste donc le grand sacrifié de la filière. Dans la majorité des cas, les poussins mâles sont tués dès qu’on parvient à distinguer leur sexe. Le broyage des poussins est un sujet que le grand public commence à rejeter, ouf ! C’est l’une des raisons qui font que beaucoup de personnes arrêtent de manger des œufs.

Pour ma part, lorsque je me fournis grâce à des poules de réforme, je sais que leurs frères ont été sacrifiés, plus tôt, avant que je ne puisse avoir mon mot à dire. Si je devais imaginer un monde idéal (que je tenterai de le mettre en place dès que possible, il manque juste un peu de terrain !), il s’agirait d’un lieu où poules et coqs gambadent ensemble en plein air. Je trouverais tolérable de manger des œufs potentiellement fécondés. En ramassant l’œuf dès la ponte et en le mettant au frais, on avorte son éventuel développement, il n’y a donc pas de mort de poussin à ce stade.

LA QUESTION DES POUSSINS

Toutefois, depuis les années 2010 seulement, une méthode de sexage avant même que le poussin ne naisse est développée. Moyennant des dispositifs techniques coûteux, il est désormais possible de distinguer les embryons mâles des embryons femelles moins de dix jours après la ponte. Ces œufs sont retirés de l’incubation, et transformés en aliment pour animaux, mais il n’y a pas de souffrance de poussin, puisqu’il n’y a pas encore de poussin !

En France, seules deux entreprises investissent dans cette technologie : Poulehouse (qui, à la suite d’un différend avec l’entreprise qui lui permettait de collecter et d’emballer les œufs, est désormais en péril) et Cocorette. Cette intervention des humains dans la vie d’autres espèces pose cependant des questions éthiques.


« Moins égal plus », c’est la ligne éditoriale du journal minimal.

Donnez un coupd e pouce à Harold le herissonNotre 8e appel aux dons est lancé : objectif 7 000 € d’ici Noël afin de continuer à vous informer en 2022. Chaque contribution compte énormément, vous aussi, donnez un coup de pouce au journal minimal selon vos moyens/vos envies :

FAIRE UN DON DE NOËL 💝

Les dons au journal minimal sont déductibles des impôts à 66 %.

Le journal minimal est un média indépendant à but non lucratif qui fonctionne comme une ONG, sur le principe du don-contre don, un journal en accès libre et sans publicité, financé par ses lecteurs depuis 2015 !

Partager
Aller à la Une

À propos de l’auteur

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

2 commentaires

  1. Merci pour votre article. Les coqs avec les poules et on met les œufs au frais dès la ponte, c’est ce que j’ai connu, enfant, en vacances à la campagne. Je me souviens très bien la tête de ma grand-mère quand sa voisine, fermière, lui vendait un œuf ramassé trop tard et fécondé dans lequel un poussin avait commencé à se développer ! Elle fulminait mais reconnaissait que parfois on pouvait « oublier  » un œuf dans le poulailler… ce n’était pas si grave !

Exprimez-vous !