J’ai appris à bâtir la maison en paille des trois petits cochons et une géonef lors d’un chantier participatif

Les habitats écologiques reviennent au goût du jour. Lors d’un chantier participatif, j’ai appris à construire des murs en paille et une géonef (habitat hippie popularisé dans les années 1970). Récit.

Le chantier de la géonef vu d'en haut
Le chantier de la géonef. En bas, la cuisine et l’espace commun. Photo: Iris Petitjean

Lettrine, Cet été, j’ai passé deux semaines merveilleuses dans un chantier participatif. Il s’agissait d’agrandir un studio existant et de construire une géonef, la maison écolo recyclée en vogue dans les seventies. Au programme : installation de poutres, creusement de fondations, élévation de murs en paille, et surtout découverte et acquisition de compétences techniques et humaines nouvelles.

Qu’est-ce qu’un chantier participatif ?
Un chantier participatif permet à un particulier de se faire aider par des bénévoles pour ses travaux, afin d’en réduire les coûts mais aussi d’être soutenu par un groupe, de transmettre et recevoir des connaissances, et d’être indépendant des grandes entreprises. Bien souvent, les chantiers participatifs sont destinés à rénover ou à construire un habitat alternatif avec des techniques et des matériaux écologiques : maisons avec une ossature en bois, en paille ou en terre, yourtes…

Le projet était situé dans un lieu idyllique.
Le chantier avait lieu dans la plus belle ville du monde, c’est-à-dire à Poitiers (et je ne dis pas du tout ça parce que j’y réside !) : à flanc de coteau, au bord de la rivière. Un cadre idyllique, au calme sous les grands arbres, au frais et près de l’eau pour se baigner en cas de forte chaleur. La surface : un grand terrain en pente, une vieille maison à demi dans la roche, dont le bosselage a inspiré le joli nom de « La Gibbeuse » (1), un espace disponible pour camper et une cuisine partagée en plein air.

Des chefs de chantier charmants.
Sous la direction des habitants des lieux, Arnaud, Louise et Marie, la vingtaine de participants présents chaque jour (au total, une trentaine de bénévoles se sont succédés pendant la durée du chantier) a pu s’instruire et construire dans la bonne humeur : il s’agissait d’agrandir un logement existant et de rénover une géonef. Pas de chichis, pas de conflits, pas de jugement ni de critique. Nous étions là pour apprendre.

Une vie communautaire bien organisée.
Les journées, très rythmées, laissaient de généreux moments de pause pour récupérer de notre dur labeur. Elles se déroulaient toujours de la même manière. Le matin, après le petit-déjeuner, nous nous réunissions pour un « cercle d’humeur », au cours duquel chacun peut partager sa « météo intérieure » avec le groupe : dire comment il se sent, et s’il souhaite ou non participer aux chantiers du jour.

Ensuite, les maîtres d’ouvrage décrivaient les différents chantiers du jour, dans lesquels les bénévoles pouvaient alors se répartir. La difficulté était bien souvent de choisir, car on voulait tout faire ! Tant aller aider au potager que monter les murs, lever les poutres ou creuser des fondations… En plus de tout cela, il fallait également veiller à la préparation des repas, au nettoyage du lieu, au vidage des toilettes sèches et s’occuper des enfants. La petite communauté fonctionnait donc en autonomie, chacun s’inscrivant sur un tableau en fonction de ses affinités et facilités, afin que l’ensemble des tâches nécessaires soit effectuées. L’aspect logistique et humain joue une très grosse part dans la réussite d’un tel projet.

Creuser des fondations pour agrandir un logement existant.
Munis de pelles et de pioches, nous avons creusé le sol jusqu’à la roche située sous la maison (celle-ci est construite directement sur et dans le coteau calcaire). Nous avons éliminé de grandes quantités de terre et de pierres, puis nous avons séparé les grosses pierres des petits cailloux et de la terre fine. Ce tri nous a permis de récupérer des matériaux pour la construction, dans une optique d’économie de ressources évidente.

Une fois le terrain dégagé, nous avons installé des coffrages de bois pour délimiter l’espace dans lequel nous allions construire les fondations. L’installation de ces coffrages représente un gros travail intellectuel et manuel : il faut prendre les mesures, les niveaux, découper les planches et les assembler… afin d’obtenir une surface plane. C’est là que l’on apprend que la préparation d’un chantier peut être plus longue que la manutention pure.

Les fondations de la géonef
Le sol creusé, et les coffrages installés. Photo: Iris Petitjean.

Entre ces panneaux de bois verticaux, nous avons inséré les grosses pierres que nous avions récupérées sur le terrain dans un mortier fait de chaux et de sable. Ici, toujours pour l’aspect écologique et économique, une partie du sable – ressource rare et coûteuse – a été remplacée par la terre récoltée sur le terrain.

Monter les murs.
Quelques jours plus tard, une fois les fondations sèches, le montage des murs a commencé. Le bas des murs a été réalisé à partir de blocs de béton récupérés et maintenus par le même mortier et cailloux. Si la fabrication de béton est une aberration écologique, son réemploi s’inscrit dans une démarche vertueuse et minimaliste : pas besoin d’aller l’éliminer en déchetterie, avec des débouchés incertains, pas besoin d’aller racheter d’autres matériaux, donc en fin de compte moins de transport et moins de ressources primaires utilisées.

La base des murs de la géonef est installée
Les fondations coulées, la base des murs est installée. Photo: Iris Petitjean.

Au-dessus de ces demi-murs, servant de support très solide, nous avons alors préparé les murs en « paille-terre ». De nouveau, il a fallu monter des coffrages en bois pour délimiter le remplissage, et préparer le mélange. Il existe des constructions en « terre-paille », dans lesquelles la quantité de terre est bien supérieure à celle de paille, mais ici nos hôtes ont choisi la « paille-terre », pour son rendu plus léger et plus isolant. Nous mélangions dans de l’eau des brins de paille à de la terre très argileuse (récupération locale encore), afin d’obtenir une texture de brins de paille pouvant coller entre eux et former des boudins.

la paille-terre pour la géonef
Le mélange paille-terre. Photo: Iris Petitjean.

Nous avons ensuite empilé ces boudins entre les coffrages et nous les avons tassés. Et puis, nous avons enlevé le coffrage… et cela tenait ! J’avoue que voir cet empilement de brins de paille enrobés de boue tenir tout seul et résister aux coups m’a épatée. Finalement, c’est le premier petit cochon qui avait raison ! La maison en paille est solide, et relativement rapide à construire.

Remplissage des coffrages
Le remplissage des coffrages… Photo: Iris Petitjean.
Les coffrages sont remplis
…jusqu’en haut! Photo: Iris Petitjean.

Travaux d’isolation sur un 2e chantier, celui de la géonef.
En plus de l’agrandissement du baraquement déjà existant, Arnaud, Louise et Marie nous ont fait travailler sur un second chantier : leur projet de géonef. Une géonef, c’est quoi ? L’habitation autoconstruite, avec des matériaux récupérés, et autonome en énergie, inventée dans les années 1970 par l’architecte américain Michael Reynolds, figure du mouvement hippie. La géonef de nos hôtes est déjà en chantier depuis quelques années (un tel ouvrage ne se construit pas en deux semaines !) : lorsque je suis arrivée, il y avait contre le coteau un mur de pneus récupérés et de terre pour l’isolation, et plus loin une structure de bois.

Les arbres servant à la charpente ont été acheminés depuis la forêt environnante entièrement par traction humaine, en profitant notamment des crues, et des efforts des bénévoles des chantiers précédents. Au début du chantier de cette année, une gigantesque poutre – ou plutôt un arbre fendu dans le sens de la longueur – d’environ 400 kilos, gisait au sol. Il s’agissait d’une poutre destinée à être placée sur le côté du toit de la géonef, soit près de trois mètres plus haut… avec pour seul matériel de treuillage un ancien pylône électrique muni d’une poulie, un trépied de levage, et une vingtaine de bras (pas forcément tous très musclés).

Préparation du levage de la poutre
Préparation pour lever la poutre. Photo: Iris Petitjean.

Eh bien, nous l’avons fait ! Nombreux, coordonnés, nous avons réfléchi ensemble au moyen de le faire, confronté nos idées… et nous nous sommes lancés. Avec des binômes répartis en plusieurs endroits de chaque côté de la poutre, nous l’avons soulevée à l’aide de barres passées dans des cordes et nous l’avons déplacée. Une fois au bon endroit, nous l’avons attelée au mât et au trépied, et progressivement levée, puis définitivement mise en place.

levage de la poutre vu de dessus
Levage de la poutre, entièrement avec des moyens mécaniques. Photo: Iris Petitjean.

Il a fallu ensuite l’ajuster, en sciant des encoches. Cela semble si simple, n’est-ce pas ?

Géonef mise en place de la poutre
Le tout n’est pas de lever la poutre, encore faut-il bien la placer! Photo: Iris Petitjean.

Ce genre de réalisation permet de regonfler la confiance, en soi et en l’humain, de se rendre compte qu’ensemble, on peut faire de grandes choses, être autonomes et s’entraider, que rien n’est impossible, et qu’en plus on y prend plaisir !

Le chantier, c’était aussi les jeux au coin du feu, les discussions, les soirées, les échanges divers, les manières inventives de s’organiser… La fin des deux semaines fut pour beaucoup un pincement au cœur. Mais bien des choses restent à faire ! Nous sommes repartis chez nous pleins de souvenirs, de méthodes techniques et humaines, de fatigue aussi, et avons laissé derrière nous un mur à demi monté, un toit inachevé… et l’envie de continuer, dès que l’occasion se présentera.

(1) Gibbeuse/gibbeux, définition : proéminent, en forme de bosse.

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À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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