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Chez soi, une odyssée de l’espace domestique

Selon la journaliste et philosophe Mona Chollet, on peut voyager loin sans partir de chez soi, prendre du plaisir à faire le ménage… Prêts pour l’odyssée casanière ?

Chez soi, photo par Antoine Bonnet
© Antoine Bonnet.

Le genre
Essai intime

Le pitch
À rebours des stéréotypes, faire le ménage devient ici une activité passionnante, un soin émancipateur de sa « base arrière ». Un salon chaleureux et propre se transforme en un objet d’admiration coupable. Convoquant les écrits de Gaston Bachelard, Virginia Woolf, Michael Pollan ou André Gorz, Mona Chollet réhabilite le « chez soi » si souvent dénigré dans un essai très personnel, intime, rondement mené et souvent très drôle.

L’auteure
Mona Cholet est une intellectuelle et journaliste franco-suisse, cheffe d’édition au Monde diplomatique. Elle s’intéresse notamment à la condition féminine.

Mon humble avis
En s’inscrivant au cœur de son ouvrage, Mona Chollet nous fait prendre part à ses deux combats : le journalisme et le féminisme ; combats qui tendent à bannir le home sweet home petit bourgeois. Pourtant, nous raconte-t-elle, la réflexion journalistique qu’elle mène, ainsi que son travail de recherche et d’analyse invitent à une nécessaire sédentarisation.

L’histoire nous montre que l’imaginaire du voyage, de l’autre, de l’étranger, s’est constitué souvent autour d’auteurs qui ne sortaient pas de chez eux. Un imaginaire sincère vaut-il mieux qu’une réalité superficielle ? On retrouve, ici, les réflexions de Mona Chollet que l’on avait découvertes notamment dans l’un de ses précédents essais, La tyrannie de la réalité, paru en 2006.

Mais surtout, Mona Chollet nous présente un féminisme 2.0., celui qui veut l’émancipation des femmes tout en étant sensible aux intérieurs délicats. Coming out coupable que cette appétence envers les salons cosys et douillets pour cette militante, auteure, notamment, de Beauté fatale, une critique de la logique sexiste parue en 2012.

Une phrase du livre
« 
Le voyageur ignore s’il reviendra un jour ; le touriste, lui, pense au retour avant même de partir. »

Un extrait du livre
« Beaucoup de féministes n’éprouvent aucune nostalgie à l’égard du modèle qu’elles rejettent ; moi, si. J’en éprouve même davantage que des femmes qui ne se revendiquent pas particulièrement féministes. Ainsi, l’une de mes amies me dit que, tout en ayant elle-même des enfants, elle se sent mal à l’aise lorsqu’elle entre dans une maison dont l’occupante embrasse trop ostensiblement le rôle de mère : elle aime qu’un intérieur porte la marque d’une personnalité, et non d’un archétype. Moi, en revanche, je reste toujours admirative devant un salon cosy ou une décoration de Noël réussie. Je pourrais fonder un nouveau courant du féminisme : le courant ‘poule mouillée’.

Autant dire que lorsque j’écris sur l’aliénation, c’est pour m’en défendre, autant que pour aider les autres à s’en défendre. On n’avoue pas volontiers ce genre d’ambivalence : on préfère ne pas courir le risque d’être perçue comme une traîtresse potentielle par d’autres féministes, ou de donner du grain à moudre à ceux qui nous accusent d’être jalouses ou insatisfaites. Mais, en le taisant, on laisse dans l’ombre les arbitrages plus ou moins conscients que doivent opérer beaucoup de femmes lorsqu’elles essaient de prendre en compte à la fois leurs aspirations propres et les attentes de la société. Qu’elles choisissent de privilégier les premières ou les secondes, il y aura toujours un prix à payer. »

Chez soi, une odyssée de l’espace domestique, Mona Chollet, Éditions Zones, 2015, 330p (sorti en poche aux Éditions La Découverte en 2016).


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À propos de l’auteur

ANTOINE BONNET

Journaliste à l'Alter JT, comédien, vidéaste, touche-à-tout... Je m'intéresse particulièrement aux sujets écologiques et sociaux et à l'art contemporain.

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