Qui était Garry Davis, promoteur d’une citoyenneté mondiale?

Cet ancien soldat américain devenu pacifiste renonça à sa citoyenneté. Apatride, il défendit devant l’ONU le principe d’un seul gouvernement pour un seul monde.

Capture d'écran FR3 Strasbourg 3 septembre 1987 Alsace Soir
Garry Davis – Image issue du JT Alsace Soir, FR3 Strasbourg du 3 septembre 1987

Je vous ai parlé dans mes dernières chroniques « Cosmopolitique » de l’apparition du passeport de citoyenneté universelle. D’où vient cette idée de « citoyen du monde » ? C’est une idée vieille comme le monde ! Déjà les philosophes cyniques puis le stoïcisme avaient développé une idée d’appartenance universelle au monde. Mais l’un des personnages qui a le plus porté cette idée au 20e siècle est le pacifiste Garry Davis.

Pilote américain pendant la Seconde Guerre mondiale, il est traumatisé par l’horreur du conflit et notamment le désastre de Royan (Charente-Maritime), rayé de la carte. Il renonce à sa citoyenneté américaine en mai 1948 et installe un campement dans les jardins du Trocadéro à Paris, se définissant comme « citoyen du monde ». Il est remarqué par Albert Camus, qui vient de publier La peste l’année précédente. Camus l’aide notamment à interrompre une Assemblée générale des Nations unies au Palais de Chaillot afin d’y demander la création d’une gouvernance mondiale en novembre 1948. Avec Camus, il rédige la Déclaration d’Oran (Camus était originaire d’Oran) et crée le mouvement des Citoyens du Monde. On lui en contestera la paternité puisqu’un mouvement similaire avait déjà vu le jour en Angleterre dans les années 20.

SOUTENU PAR EINSTEIN, L’ABBÉ PIERRE, SARTRE, ANDRÉ BRETON

Garry Davis édite un passeport de citoyenneté universelle dont il a le numéro 1 et qui sera diffusé à 2,5 millions d’exemplaires. Einstein a le sien, ainsi que Sartre, l’Abbé Pierre… Le mouvement s’étend et de nombreuses villes se déclarent « citoyennes du monde ». La première à le faire, Cahors, se rebaptisera « Cahors Mundi » en 1949. Très vite, un millier de villes se déclarent dans 13 pays, la dernière étant Kashusha (République démocratique du Congo) en 2006.

Le 21 septembre 1949, Garry Davis campe devant la prison militaire du Cherche-Midi à Paris où est incarcéré Jean Moreau, objecteur de conscience. Camus et Pierre Bergé le rejoignent. Ils seront arrêtés et passeront la nuit en prison. Davis y retourne le lendemain de sa libération. Il faudra attendre une décennie pour qu’une législation autorise l’objection de conscience.

« IL TAPAIT À LA MACHINE SUR LA PLACE DU TROCADÉRO »

Davis n’est ni un leader ni un chef de troupe. On le dit plutôt solitaire, il ne revendiquera jamais le leadership du mouvement malgré de très nombreuses sollicitations : Gide, Breton…

En 1962, il publie My Country is the World où il développe ses idées universalistes. Georges Perec lui rend hommage dans son recueil Je me souviens en 1978, onzième souvenir : « Je me souviens du citoyen du monde Garry Davis. Il tapait à la machine sur la place du Trocadéro. » Il marque une génération qui prône l’action non-violente.

Puis le mouvement tombe un peu dans l’oubli. Mais actuellement, « Citoyen du monde » a été repris par le fils de Garry Davis, Troy Davis, devenu président de la World Citizen Foundation en 1996. Depuis le 24 juillet 2013, Garry Davis n’est plus (citoyen) de ce monde.

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À propos de l’auteur

ANTOINE BONNET

Journaliste à l'Alter JT, comédien, vidéaste, touche-à-tout... Je m'intéresse particulièrement aux sujets écologiques et sociaux et à l'art contemporain.

Un commentaire

  1. Cet article contient de nombreuses erreurs : des confusions entre plusieurs organisations, entre plusieurs concepts (universalisme, cosmopolitisme, mondialisme, citoyenneté mondiale ne sont pas synonymes), rapprochant des faits qui n’étaient ni liés ni simultanés. Le passeport mondial de World Service Authority (non cité dans l’article) n’est pas le même que le passeport de citoyenneté universel de l’OCU et ignore l’intiative « Antartica ». Les chiffres annoncés sont une gigantesque fanfaronnade : ils incluent d’une part les soi-disant 800000 lettres de demande de citoyenneté mondiale envoyées en 1949 au Secrétariat puis au Registre des Citoyens du Monde dont il s’est éloigné en juillet de cette année là. Bref, le fond de l’article est bon, mais il est à corriger. En l’état il ne sert pas l’histoire ni les concepts qu’il décrit.

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