Une journée contre « les violences faites aux femmes » ou contre « la violence masculine »?

« On ne nait pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir). On ne nait pas harcelée, agressée, violée, on le devient*. Cela fait partie du bizutage, de la lente formation à la sous condition féminine.

Le 25 novembre, comme tous les ans depuis 1999, la société va s’indigner puisque c’est la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Ce jour-là, à l’appel des Nations unies, les gouvernements, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales sont invités à « organiser des activités conçues pour sensibiliser l’opinion au problème de la violence à l’égard des femmes ».

Nous allons donc voir fleurir un peu partout des actions, des appels, des manifestations, des colloques, des articles pleins de bons sentiments et de chiffres hallucinants et pourtant sous-estimés au sujet de ces diverses violences. Comme ce billet du Figaro sur les violences domestiques, paru il y a quelques jours et dont l’illustration est si typique de la manière pudique avec laquelle on traite en public de « ces choses » : une femme se cache le visage, recroquevillée dans un coin, comme si elle avait honte.

Le Figaro, illustration, violences faites aux femmes, une femme recroquevillée
« Violences faites aux femmes au sein du couple: des chiffres inquiétants » – Le Figaro, 22/11/2017 (Capture d’écran).

Faut-il réellement, comme le demande l’ONU, « sensibiliser l’opinion à ce problème de violences physiques et/ou sexuelles » ? N’est-il pas temps, plutôt, d’admettre qu’il ne s’agit pas d’une violence immanente qui viendrait d’on-ne-sait-où ni d’on-ne-sait-qui, mais que la réalité est simplement celle-ci : beaucoup d’hommes se montrent violents avec les femmes ? Car ils se croient moralement autorisés à l’être.

Saluons donc ici la campagne « Arrêtons-les » lancée le 26 octobre dernier par la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, qui pour une fois décidait de pointer le vrai problème : non pas les agressions, mais les agresseurs sexuels. Voici, ci-dessous, une des vidéos de la campagne :

Le genre de clips à énerver le philosophe Alain Finkielkraut, l’animateur Cauet ou le rappeur Joey Starr, tous gênés par les témoignages #MeToo et #BalanceTonPorc.

Emmanuel Macron est censé présenter samedi 25 novembre un plan national de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Formidable ! mais en attendant il ne donne pas du tout l’exemple avec sa team de boys boys boys. Quand il s’agit de choses sérieuses, le président ne fait jamais appel à une femme. C’est pourtant cet entre-soi masculin indéfiniment perpétué, cette confiscation biologique du pouvoir, qui laisse place à tous les abus.

*Comme beaucoup de mes congénères, j’ai été agressée sexuellement tout au long de ma vie et à de multiples reprises. En très grande majorité par des hommes, mais aussi par plusieurs femmes.

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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Rédactrice en chef du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

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