Ça bouillonne en coulisses

Une conférence climatique, c’est un vrai festival, avec son In et son Off, où les Geo Trouvetou de l’écologie regorgent d’idées étonnantes.

Illustration : ABK
La machine Sunzilla vue par l’artiste ABK

Cop21, ce n’est ni un film de James Cameron, ni une céréale. C’est l’acronyme tendance du moment, celui de la 21e conférence mondiale de l’Onu sur le climat, organisée à Paris du 30 novembre au 11 décembre.

La Cop21, ce seront dix jours de négociations officielles entre décideurs politiques de tous bords : d’Obama à Poutine, peu ou prou les mêmes que ceux qui n’avaient pas réussi à s’entendre sur des critères contraignants pour préserver le climat à Copenhague en 2009 (la Cop15). Il était alors question de prendre en compte l’urgence planétaire et son financement en y associant l’ensemble des acteurs : 100 milliards de dollars par an avaient été promis par les pays du Nord à ceux du Sud pour les aider à s’adapter aux contraintes de réduction des gaz à effet de serre. On est loin du compte quand l’OCDE avance un montant de 62 milliards d’aides aux pays en développement en 2014. A titre indicatif, c’est presque sept fois moins que le budget de l’Etat français (375 milliards d’euros en 2016). Cop16, Cop17, Cop18, Cop19, Cop20, d’une année sur l’autre, on prend les mêmes et on r’cop’mence….

À LA RECHERCHE DES 100 MILLIARDS

À l’approche de la Cop21, les Etats, la France en tête, multiplient les déclarations d’entente sur cette condition sine qua non des 100 milliards. Affaire à suivre, donc. D’autant que l’objectif de limiter la hausse des températures à moins de 2° C par rapport à l’ère préindustrielle a un coût réel supérieur à 100 milliards de dollars par an.

Quoiqu’il en soit, restons positifs, en marge des négociations officielles se déploient en coulisses les initiatives de la société « civile » avec un maître-mot : innovation. L’innovation vue sous le prisme du climat, ça donne des projets bien pensés et pas toujours farfelus.

UN CHÂTEAU PLEIN DE GEEKS

C’est le cas des solutions environnementales open-source et non brevetées inventées cet été lors de la Poc21 (1) au Château de Millemont dans les Yvelines. Elles seront présentées les 5 et 6 décembre prochain au Village Mondial des Alternatives, à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Cette Cop à l’envers est née à l’initiative de la communauté OuiShare, axée sur les pratiques collaboratives, et d’Open State, son alter ego allemand. Elle veut donner la preuve qu’un nouveau mode de production en vue d’une société éco-responsable est possible. Elle réunit des ingénieurs, des roboticiens, des menuisiers et des constructeurs, épaulés par des volontaires et des experts, pour faire émerger des technologies bénéfiques pour la planète.

Accueillis l’été dernier pendant 5 semaines au château de Millemont (Yvelines), ces geeks de l’écologie ont transformé le domaine en fab lab (2) écolo de produits de la transition énergétique. Peter Bal, le propriétaire des lieux, a souscrit illico à l’idée phare de la proof of concept (« preuve de faisabilité ») et leur a permis de «travailler ensemble dans un lieu propice à la création ».

DES PRODUITS OPEN & SEXY

Habitat, mobilité, alimentation ou économie circulaire : les douze projets sélectionnés l’ont été dans une logique de basse consommation (frigo, voiture électrique, éolienne, agriculture urbaine…) et d’open innovation, c’est-à-dire de partage des plans et des schémas, et de mise en réseau des compétences. C’est ainsi que Bicitractor – un tracteur à pédales adapté aux fermes bio – et Sunzilla – un groupe électrogène solaire – sont sortis du cerveau de ces visionnaires, bien éloignés de l’image que l’on se fait des hippies tradi.

Innovante, la Poc l’est aussi par son mode de fonctionnement 100% collaboratif, à l’opposé de Solar Impulse, cet avion solaire lancé autour du monde et protégé par le secret industriel. L’objectif est clair pour Benjamin Tincq, le cofondateur de OuiShare : « Faire émerger un nouveau type de produits, sexy comme Apple, mais ouverts comme Wikipédia ».

(1) POC 21 : Proof of Concept 21
(2) un Fab Lab, contraction de l’anglais laboratory, est un laboratoire de fabrication
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À propos de l’auteur

ISABELLE TOQUEBEUF

Je préfère les petits gestes du quotidien aux lendemains qui chantent et je crois en un mode de production et de consommation respectueux de la planète et de nos amis les animaux.

3 commentaires

  1. Une information très intéressante. Aurons nous une suite pour avoir une présentation de tout ce qui est évoqué ? ou un lien vers le site de ces chercheurs ? merci

  2. Toquebeuf

    Chers Louis et Eric,

    Je vous conseille d’aller vous balader au Village Mondial des Alternatives à Montreuil, les 05 et 06 décembre prochains. Y seront présentés des prototypes et des initiatives non officielles émanant de la société civile. Eric vous avez vu juste: c’est au moment de la POC que la Showerloop écolo (seulement 10L d’eau de consommés pour une douche!) a vu le jour! Pour en savoir plus: http://showerloop.org/

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