Brève rencontre dans le Midi

Dimanche dernier, j’étais dans ma Provence natale, au pays des santons et des moutons, au pays de Daudet et Mistral. Celui des taureaux et des chevaux de Camargue. J’y ai fait une belle rencontre.

Photo : Isabelle Toquebeuf
Les Baux-de-Provence, Bouches-du-Rhône (Crédit photo: Isabelle Toquebeuf)

Au cœur du vieux village des Baux-de-Provence, la roche blanche se détache du ciel bleu azur où souffle le mistral. Une pancarte indique qu’à quelques pas se tient une brocante dont les bénéfices profiteront aux bêtes abandonnées ou maltraitées. Sensible à la cause animale, je décide de m’y aventurer.

Au premier abord, quelques bibelots épars, des assiettes et de la vaisselle en porcelaine, un panier en osier avec de la monnaie et des billets que personne ne surveille, et sur les murs, des affiches représentant des animaux en souffrance, lors de corridas bien sûr, populaires dans une région où les férias de l’Ascension et de la Pentecôte se réduisent à l’engouement des aficionados pour cette pratique barbare. Je reconnais d’ailleurs, posé là, le dernier fascicule que le Crac (Comité radicalement anticorrida), auquel j’adhère depuis mon passage à Charlie Hebdo, envoie à ses adhérents.

LA DAME AUX 100 CHIENS ET CHATS

Une vieille dame s’approche de moi. Je comprends vite que toute cette initiative vient d’elle. Nous discutons un bon moment. Elle s’exprime avec tellement de cœur et d’engouement ! Elle a eu jusqu’à 100 chiens et chats qu’elle a recueillis, soignés, nourris. Elle a fait de sa maison un refuge pour les animaux démunis. Pas de misérabilisme chez elle, mais de la lucidité. Elle me parle de cette fois où un couple apparemment friqué a débarqué chez elle avec une bagnole de luxe, un chien et deux enfants. Ils lui ont demandé de prendre le chien en charge, sans autre explication que celle de ne plus pouvoir s’en occuper. Elle leur a demandé si les gamins aussi, ils les lui laissaient. Ils sont repartis sans un merci ni un subside à son attention. Elle évoque son amie Véra de la Ferme des Rescapés à Cassagnes dans le Lot, qui a tout abandonné pour se consacrer aux animaux. Elle me dit perdre parfois l’espoir. Je tente de la rassurer en lui disant que grâce à des personnes comme elle ou son amie Véra, on peut encore croire en l’humanité. Elle sourit et me répond que c’est en voyant une jeune femme « de mon âge » s’intéresser à cette cause qu’elle reprend espoir.

UN JOUR, PEUT-ÊTRE…

Sensibles, nous sommes nombreux à l’être, et cela se traduit, la plupart du temps, par des dons au profit d’associations qui se sont emparées d’un sujet délaissé par les politiques (1).

Peut-être que les dernières promesses du ministre de l’Agriculture (multiplier les contrôles et assurer la présence d’un représentant des services vétérinaires dans les abattoirs) seront tenues. Peut-être qu’un jour nous verrons la disparition de la corrida dans le sud de la France et la fin des dérogations à l’étourdissement avant l’abattage pour motifs religieux partout ailleurs. Peut-être qu’on laissera tomber le foie gras, la fourrure et même les tests pharmaceutiques. Peut être aussi qu’on se rendra compte que la meilleure viande est, comme l’énergie, celle que l’on ne consomme pas.

(1) Les animaux n’ont été reconnus comme êtres vivants sensibles que très récemment par l’Assemblée nationale.

Contacts :
• La Ferme des Rescapés à Cassagnes dans le Lot, 46700
Tél : 05 65 36 64 85 ou 06 04 41 80 45
• OABA, Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs
Place Léon Blum, Paris 11e.
• CRAC, Comité radicalement anticorrida
BP 10244
30105 ALES Cedex

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À propos de l’auteur

ISABELLE TOQUEBEUF

Je préfère les petits gestes du quotidien aux lendemains qui chantent et je crois en un mode de production et de consommation respectueux de la planète et de nos amis les animaux.

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