Je vis sans frigo et ça va très bien, merci !

Vivre sans frigo, impossible ? Pas si sûr : de plus en plus de Français débranchent cet appareil énergivore. Comment font-ils ? Le journal minimal est allé à leur rencontre.

Je vis sans frigo, dessin de Corentin Beauchesne.
Illustration : Corentin Beauchesne.

La présence d’un frigo dans nos foyers est devenue si évidente que l’Insee a cessé en 2010 de sonder les Français sur leur équipement. Les derniers chiffres de 2009 constataient que seuls 0,2 % des interrogés ne possédaient pas de réfrigérateur. Mais en avoir un n’est pas anodin. D’après Engie, cet appareil représente près d’un quart de la consommation énergétique des ménages.

Alors, depuis quelques années, certains de nos concitoyens ont décidé de s’en passer, pour un mode de vie plus minimaliste. Comment se débrouillent-ils au quotidien ? Témoignages.

long hair by Graphic Enginer from the Noun ProjectAudrey Bigot, 29 ans, designeuse, Nantes (Loire-Atlantique).

Depuis cinq ans, je débranche mon frigo l’hiver et j’entrepose sur le balcon les aliments qui nécessitent une conservation par le froid. Mon astuce, pour les fruits et légumes, c’est de les espacer les uns des autres et de les garder à l’œil pour voir ce qui doit être mangé en premier.

Dans notre société occidentale, nous disposons d’un large choix en matière d’alimentation : surgelés, plats à emporter, régimes halal, casher, végétarien… Mais nos cuisines sont toutes aménagées de la même manière. Or, le frigo n’est pas nécessairement propice à la conservation de tous les aliments.

Si on fait le choix d’avoir moins d’impact, comment ma cuisine peut-elle suivre ce mouvement ? En tant que designeuse, c’est une question que je me suis posée dès mon projet de fin d’étude, en cherchant des environnements de stockage adaptés.

Une desserte qui remplace le frigo, l'ilot d'audrey bigot
Conçu comme une desserte, l’îlot 2.0, inventé par Audrey Bigot, conserve sans électricité des fruits et légumes en leur offrant de meilleures conditions de température, lumière et humidité que le réfrigérateur. Un entonnoir permet d’irriguer le système en réutilisant l’eau.

Avec mon compagnon nous sommes en train de construire une tiny house [micromaison, N.D.L.R.] dans laquelle il n’y aura pas du tout de frigo. Nous expérimentons une combinaison de différents environnements, notamment dans le sol, et allons voir ce qui fonctionne le mieux. Il faudrait que nous ayons une trappe par l’extérieur, pour que notre habitation reste bien isolée, même si cela oblige à sortir pour aller chercher les aliments.

Pour mes recherches en tant que designeuse, je me suis beaucoup intéressée à ce que l’on faisait dans les années 1950-1960 où le frigo n’était pas encore répandu dans les foyers. Les gens conservaient leurs denrées et ne mourraient pas de faim au bout de trois jours !

Je ne suis pas certaine d’adhérer à la notion de progrès. Cela donne l’impression qu’il faut faire toujours mieux, mais mieux que quoi ? Je préfère faire des choses qui ont du sens et qui fonctionnent. Si certaines fonctionnaient il y a cinquante ans et fonctionnent maintenant alors pourquoi ne pas en profiter ?

 

mere et filsLa famille Joubin-Cornilleau, domiciliée à Mayenne (Mayenne).

Marie-Hélène (la mère), 46 ans, animatrice socio-culturelle : Cette décision est le fruit d’une prise de conscience générale fulgurante. Il y a plus de dix ans, j’ai eu une révélation spirituelle, je suis devenue catholique très pratiquante et j’ai tout changé dans ma vie.

Si l’on veut consommer sain et conserver toutes les propriétés des aliments, il n’y a pas de secret, il s’agit de consommer le plus vivant possible, donc le plus frais possible ! Au quotidien, je privilégie les filières courtes et produits bruts, qui ne nécessitent pas vraiment de conservation. Quant aux aliments déjà transformés, ils sont consommés rapidement ou stockés en confitures, conserves…

Il n’y a rien que je garde vraiment, hormis les œufs, le beurre et les légumes. Notre maison a été construite entre le 17e et le 19e siècle. Elle est construite avec des matériaux comme la terre, la paille, la chaux et la pierre, ainsi elle devient une maison très fraîche l’été. Elle encourage la conservation des aliments sans effort.

Benjamin (le fils), 23 ans, animateur socio-culturelCela ne m’empêche pas de manger souvent de la viande, qu’on enferme dans un récipient en terre cuite (il peut toujours y avoir des saletés dans une maison, surtout lorsqu’on a aussi quatre chats !). On est assez « tactiques » dans notre consommation, avec la viande on établit une sorte de planning : le porc en premier et les produits fumés plus tard. Cela reste néanmoins cinq jours maximum pour la viande, même fumée… Il m’est arrivé l’autre fois de ne pas faire assez attention et j’ai retrouvé ma viande verte !

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Gaelle sans frigoGaëlle, 48 ans, professeur des écoles, vit sur un voilier à Rochefort (Charente-Maritime).

Nous avons voulu vivre sur un voilier pour avoir un habitat attaché à la nature, à la météo, aux saisons. Notre cuisine est assez grande, il n’y a donc pas vraiment de différence avec une cuisine ordinaire. Pour faire nos courses, nous disposons d’une épicerie bio à côté du port, d’un marché trois fois par semaine et d’une grande surface à moins de deux kilomètres. Nous n’avons pas de régime particulier, si ce n’est que nous mangeons viande, œufs, poisson ou crustacés moins d’une fois par semaine.

Notre fille, quant à elle, est adepte des yaourts. Je les achète par lot de quatre, ce qui ne pose pas de problème de conservation pour deux ou trois jours. Pour ce qui est du fromage, nous n’en achetons qu’un à la fois et c’est meilleur à température ambiante.

Finalement, on s’aperçoit qu’on a besoin de bien moins de choses que ce qu’on veut nous faire croire. En l’occurrence, les normes sociales d’une maison imposent des codes dont on s’est débarrassés. Un frigo consomme beaucoup trop d’énergie. Au ponton, même alimenté avec du 220 volts, il représente une contrainte forte car dans notre monde moderne il faut aussi alimenter les ordinateurs, le téléphone, l’éclairage et le chauffage en hiver !

Sur un bateau, la conscience des ressources est plus forte puisque tout n’est pas accessible. Nous avons opté pour une vie plus minimaliste, mais tous les utilisateurs de bateaux ne sont pas comme nous… S’il faut aussi faire simple, c’est pour ne pas perdre son temps en cas de gestion de pannes ! Et pour l’environnement.

 

Man by Royyan Wijaya from the Noun ProjectÉtienne Bonnet, 31 ans, chargé de missions au journal minimal, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Il y a deux ans, avec ma compagne de l’époque, nous avons décidé de ne plus utiliser notre frigo car nous nous en servions très peu. Les seuls produits que nous conservions au frais étaient le beurre, un peu de lait, du tofu et de la bière… et ma liste est véritablement exhaustive ! Je suis végétarien, ce qui joue aussi.

J’étais dans une démarche de réduction des déchets et nous voulions souscrire au fournisseur d’énergie verte Enercoop. Mon frigo était très vieux et consommait beaucoup. Nous nous sommes dit que nous pouvions faire d’une pierre trois coups : réduire nos déchets, notre consommation énergétique et passer à Enercoop, sans avoir un surcoût lié à l’opérateur.

J’avais la chance à l’époque de travailler dans un magasin bio, il m’était donc facile de faire mes courses de produits frais quotidiennement. Je préfère personnellement avoir dix à quinze minutes de corvées de courses chaque jour plutôt qu’une grosse session chaque semaine.

J’achète en plus petite quantité et je mange mes produits dans les vingt-quatre heures, ce qui a fortement limité mon gaspillage alimentaire. Nous avons tellement pris l’habitude de conserver nos aliments au frigo que nous ne faisons même plus attention à ce dont on dispose. On oublie et c’est ainsi que l’on gaspille !


Pour suivre les publications de mon journal préféré, je reçois la lettre minimale, chaque 1er mercredi du mois. Bonne nouvelle, c’est gratuit et sans engagement !

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À propos de l’auteur

LAURA REMOUÉ

Jeune journaliste, passionnée par les problématiques écologiques et féministes, photographe à mes heures perdues.

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