Je vis sans aspirateur et ça va très bien, merci !

Peut-on se passer d’aspirateur et garder un intérieur parfaitement propre ? Quatre minimalistes qui ont bazardé le leur racontent  au journal minimal comment ils chassent la poussière.

Vivre sans aspirateur
Ci-dessus, des outils révolutionnaires pour faire les poussières de manière silencieuse et économe. Photo: Iris Petitjean.

lettrine, un aspirateur, c’est un appareil qui a besoin d’électricité pour fonctionner, qui pèse entre 1 et 10 kg, qui émet entre 60 et 80 dB à l’utilisation et qui prend plus de place qu’un balai. Mais surtout, connaissez-vous des gens qui ont remplacé leur balai par un aspirateur ? Non, les gens qui possèdent un aspirateur ont aussi un balai !

J’ai découvert avec stupéfaction que dire « Je n’ai pas d’aspirateur » fait croire à certaines personnes que je ne fais pas le ménage. Pourtant, cet objet n’est qu’un ajout récent (à l’échelle de l’espèce) à l’encombrement de nos vies. Les hommes chassaient la poussière avant l’invention des aspirateurs, tout comme ils s’habillaient avant celle du prêt-à-porter…

MARQUEUR SOCIAL

Les premiers aspirateurs, sans électricité, étaient de lourds engins : pour avaler la poussière il fallait faire le vide à l’aide d’une manivelle. Deux domestiques étaient nécessaires, l’un pour actionner la manivelle, l’autre pour passer la bouche aspirante, tout en roulant l’engin à travers le logis. On est encore bien loin du gain de temps et d’énergie promis par la technique !

Dans leur monographie sur l’histoire de nos relations avec les objets, Gil Bartholeyns et Manuel Charpy indiquent que dès les années 1870 les classes aisées recherchent des domestiques sachant manier un aspirateur électrique. Cependant, l’objet mettra de nombreuses années à s’imposer dans nos intérieurs : en 1954, seuls 19 % des foyers français sont équipés d’un aspirateur. Ce n’est que depuis les années 1990 que la possession d’un tel objet n’est plus l’apanage de la bourgeoisie.

L’INVENTION DE LA MOQUETTE

Et même si aujourd’hui, ces engins sont un peu moins encombrants, un peu plus maniables, parfois même sans sac, ils n’en restent pas moins bruyants, polluants et soumis à l’obsolescence programmée qui leur attribue une durée de vie d’environ cinq ans en moyenne. Mais ils sont, à en croire leurs usagers, indispensables, notamment quand on a de la moquette, qui est un revêtement presque inventé pour avoir besoin d’un aspirateur !

Alors, non, nous n’avons pas d’aspirateur. Témoignages :

sans aspirateurPascal, 40 m2 de lino dans le Limousin.

On m’a donné un aspirateur presque neuf il y a cinq ans. Il y a environ un an, il s’est mis à mal fonctionner. Il fait une quantité de bruit inversement proportionnelle à la qualité de l’aspiration. Depuis six mois il n’aspire plus du tout. Comme je suis incapable d’identifier la provenance de la panne, et que de toute manière je ne saurais pas le réparer, je vais aller le donner à la ressourcerie près de chez moi. Il sera réparé, ou bien il finira à la déchetterie…

Je ne souhaite pas en racheter un parce que je n’y vois finalement aucun côté pratique. Déjà, cela prend de la place. Ensuite, c’est difficile de trouver les sacs adaptés. Et enfin, ça fait trop de bruit ! Et puis cela me fera faire des économies d’énergie. Par énergie j’entends déjà l’électricité que je n’utiliserai pas, mais aussi et surtout l’essence. Parce qu’à la campagne où je vis, je dois prendre la voiture pour faire 25 km pour trouver le magasin le plus proche, et ne pas y trouver le bon modèle de sacs à aspirateur… C’est aussi un gain d’énergie mentale !

Aujourd’hui, pour faire le ménage j’ai un balai, une pelle, une serpillière espagnole (balai à cheveux) et un seau. Tout ça reste moins encombrant qu’un aspirateur, et en plus, le seau peut servir à plein de choses différentes.

 

passer le balai, sans aspirateurSophie, 44 m2 de parquet et carrelage à Vanves (Hauts-de-Seine).

Maintenant que je n’ai plus de moquette mais du parquet et du carrelage, je me suis débarrassée de mon aspirateur (il est parti chez mes parents). Je passe simplement le balai, et de temps en temps un coup de chiffon microfibre. Je mets dessus juste un peu d’eau histoire de faire disparaître les taches, éventuellement une goutte de liquide vaisselle. Dans l’ensemble, je n’essaie pas de tuer les bactéries, c’est perdu d’avance.

L’aspirateur, c’est bruyant, encombrant, il faut gérer le fil… Le balai en revanche a un petit côté zen. Et puis ça me dérange de dépenser de l’électricité pour quelque chose qui a une alternative aussi simple. Je ne saurais même pas où le ranger si je devais reprendre un aspirateur. Je ne le sortirai qu’une fois de temps en temps pour aspirer dans des recoins difficiles d’accès, ce serait vraiment du gâchis.

En parlant du sujet autour de moi, j’ai été surprise d’apprendre, à cette occasion, que certaines personnes n’aiment pas le balai et adorent passer l’aspirateur. C’est quelque chose que j’ai vraiment du mal à comprendre. Mais bon, il y a bien des gens qui aiment faire la vaisselle…

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battre un tapisAurélie, 80 m2 de carrelage dans la Vienne.

Je n’ai plus d’aspirateur depuis trois ans, il est parti avec mon ex. Je n’en ai pas racheté car j’estime ne pas en avoir besoin. Pour faire le ménage, je passe un coup de balai deux fois par semaine environ, et de temps en temps la serpillière, avec du savon noir et du vinaigre dans de l’eau chaude. Mais je pense avoir une bonne tolérance à la poussière. J’ai des petits tapis, que je secoue pour les dépoussiérer, et c’est vrai que je n’ai pas de grand tapis, pour lesquels un aspirateur serait utile.

Quand j’avais un aspirateur, je trouvais fastidieux de devoir le sortir, le brancher et débrancher, le déplacer alors que c’est souvent peu maniable et que ça se cogne partout. Mais je reconnais que c’est pratique parce que la poussière ne vole pas dans tous les sens, elle est directement absorbée, et il n’y a pas besoin d’aller chercher une balayette ensuite pour la récupérer. De plus, l’aspirateur peut permettre de passer dans les petits recoins.

Alors si j’en avais un aujourd’hui, je pourrais peut-être avoir des tapis… Je pourrais également m’en servir pour nettoyer l’intérieur de mon véhicule, mais il existe des endroits pour ce faire avec tout le matériel. En fait, ça serait plus embêtant qu’autre chose.

 

passer-epongeIris, 60 m2 de lino à Poitiers.

Je n’ai pas d’aspirateur, et je n’en ai jamais eu. Quand j’ai commencé à vivre indépendamment, la place manquait pour tout, et la surface au sol restante n’était pas assez vaste pour avoir besoin de plus qu’une balayette et une éponge pour l’entretenir. De surcroît, un aspirateur demande de l’entretien, il faut le nettoyer pour vidanger la poussière accumulée. Cette opération est fastidieuse et technique, elle nécessite de déboîter certaines parties pour les replacer, et comble de l’ironie, elle émet de la poussière qu’il faudra nettoyer ensuite ! Enfin, l’investissement financier me semblait inutile. Un aspirateur coûte d’une vingtaine à plusieurs centaines d’euros, un balai ne dépasse pas les 5 euros.

J’ai donc acquis un balai haut de gamme dans un quelconque bazar il y a plus de dix ans, avec une brosse adaptée au ramassage des cheveux, et surtout des poils angoras du chat. Bien qu’ayant toujours vécu avec des animaux qui ont recouvert l’intégralité de mes affaires et mes logements de leur vénérable fourrure, je me suis obstinée à ne pas investir dans un aspirateur. C’en est presque devenu une posture, car oui, je balaie quotidiennement mon logis, ne supportant pas la présence intempestive de poils ou de débris non identifiés sous mes pieds. D’ailleurs j’entends toujours quand la voisine du dessus aspire chez elle, je ne pense pas perdre plus de temps qu’elle à balayer ! Et surtout, je n’ennuie personne en faisant cela.

Une fois par semaine, je passe une grosse éponge et du savon noir sur le sol (aujourd’hui, je vis dans un appartement couvert de lino) pour retirer vraiment les poils et les poussières. Je n’ai donc pas non plus l’encombrement du seau spécial balai à cheveux à gérer, et le nettoyage est plus efficace puisque je me tiens au niveau du sol. Si je vivais dans un logement avec un revêtement différent, je reverrai peut-être ma posture anti-aspirateur. Quoique, la documentation sur cet engin et le constat de sa dispensabilité m’ont finalement convaincue qu’il y avait bien d’autres manières de faire le ménage !


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À propos de l’auteur

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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