À la soirée électorale d’EELV : « C’est une responsabilité énorme, on a quand même une planète à sauver ! »

Avec leur score aux européennes, les écologistes deviennent la première force de gauche en France. Reportage au Hang’art, leur QG le soir de l’élection.

La soiree eclectorale EELV au Hang'art, Paris, 2019
Yannick Jadot (à droite), Marie Toussaint (au 1er plan) et Julien Bayou (à gauche) attendent la proclamation des résultats sur France 2. Photo: Emmanuelle Veil.

Il n’est pas tout à fait 20 heures, en ce dimanche 26 mai 2019, jour d’élections européennes. Au Hang’art, le bar-restaurant du bassin de la Villette (Paris 19e) où se tient la soirée électorale d’EELV (Europe Écologie Les Verts), les militants semblent surpris par les sondages de sortie des urnes, qui créditent la liste de Yannick Jadot d’un score à deux chiffres. Les écologistes ne s’y attendaient pas. L’excitation est palpable, tout le monde commande des bières.

Peu avant 20 heures, quelqu’un met le son des deux TV suspendues au-dessus de la tribune : le compte-à-rebours débute sur France 2 et aimante les regards. Un graphique apparait, avec deux longues colonnes, l’une bleu marine, l’autre violette. Le RN (Rassemblement national) et LREM (La République en marche) arrivent largement en tête, les Français ont plébiscité les nationalistes et les libéraux ; un résultat préoccupant au regard de l’urgence climatique et sociale, mais les écologistes n’ont d’yeux que pour la colonne verte qui arrive en 3e position et une clameur victorieuse un tantinet déplacée sort rageusement de leurs gorges.

La soiree eclectorale EELV au Hang'art, Paris, 2019
Les estimations sur France 2. Photo: Éric Coquelin.

Pour la première fois dans l’histoire du pays, les défenseurs de la Nature constituent la première force à gauche. EELV a réussi à faire à La France insoumise ce que les socialistes avaient fait naguère aux communistes, leur passer devant – alors non, ils n’ont pas envie de réprimer leur joie !

Yannick Jadot avait dû s’effacer à la présidentielle de 2017 pour faire alliance avec Benoit Hamon, il envoie du bois à la tribune : « Dès demain nous engagerons la construction d’une alternative à la technocratie libérale et à tous les populismes, nous travaillerons à l’émergence d’un projet puissant autour de l’écologie et de la solidarité, comme nous l’avons fait dans cette élection, qui nous permettra de partir à la conquête du pouvoir pour les municipales, pour les régionales et pour l’échéance nationale de 2022 ! »

Acclamé, l’ancien directeur des programmes de Greenpeace lève les bras. Les Verts, jadis si insubordonnés, se seraient-ils trouvés un leader ?

Vidéo : Emmanuelle Veil.

« On est plus chauds que le climat » : les militants reprennent le chant popularisé par les activistes d’Alternatiba et entonné depuis des mois dans les multiples marches climatiques. D’ailleurs il commence à faire bien chaud dans le Hang’art. Sursollicités, les fûts de bière blonde de Samy rendent l’âme tous en même temps : les barmen et barmaids ont beau faire, il ne coule plus que de la mousse… Ce sera l’affaire de quelques minutes…

La soiree eclectorale EELV au Hang'art, Paris, 2019
La cohue au Hang’art (Paris 19e) autour de Yannick Jadot, tête de liste EELV. Photo: Emmanuelle Veil

Dehors, Damien Carême, le futur ex-maire de Grande-Synthe (3e sur la liste Jadot, il est élu député européen), prend un peu le frais et confie aux journalistes qu’il ne comprenait pas les sondages pendant la campagne car il avait des retours très positifs des militants sur le terrain. « En tout cas, maintenant nous avons deux missions : combattre le réchauffement climatique et le Rassemblement national. »

La soiree eclectorale EELV au Hang'art, Paris, 2019
Damien Carême, futur ex-maire de Grande-Synthe. Élu député européen, il va démissionner de son mandat local. Photo: Emmanuelle Veil.

Sa colistière, Marie Toussaint (auteure de la pétition l’Affaire du siècle qui a recueilli plus de 2 millions de signatures), elle aussi élue députée à Strasbourg pour la première fois, fait part de sa « grosse inquiétude concernant la place de l’extrême droite » et juge que les écologistes vont devoir mener « une bataille d’arrache-pied ».

La soiree eclectorale EELV au Hang'art, Paris, 2019
Marie Toussaint (à droite), à l’origine de la pétition L’Affaire du siècle qui a recueilli 2 millions de signatures. 4e sur la liste EELV, elle est élue députée européenne. Photo: Emmanuelle Veil.

Porté par le jeune Jordan Bardella, le Rassemblement national a gagné 500 000 voix par rapport aux européennes de 2014. C’est beaucoup, certes, mais c’est bien peu comparé à la progression d’EELV : + 1,3 million de voix par rapport à 2014. Si l’on y ajoute les suffrages du parti animaliste (500 000 voix) et de la liste Urgence écologie (400 000 voix), cela fait même 2 millions de voix en plus pour les écologistes, soit 4 fois plus que le gain de l’extrême droite.

Le duel actuel entre LREM et le RN, deux partis ultralibéraux, n’aura probablement qu’un temps : celui qu’il faudra à la grande recomposition politique en cours dans les pays occidentaux pour s’opérer. Durant la campagne, Yannick Jadot s’était déclaré « anticapitaliste ». Un mouvement majoritaire pourra-t-il émerger bientôt, en France et sur le continent européen, autour de cette idée d’un post-capitalisme étalonné par l’écologie ?

En attendant, Thierry Brochot, trésorier d’EELV, nous informe qu’il a reçu 50 adhésions en deux heures sur son smartphone, pour 3 par jour en temps normal. « Notre succès ce soir, c’est une responsabilité énorme, on a quand même une planète à sauver ! » Rien que ça.


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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

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