Appel à la création d’une « trame noire », autoroute nocturne pour les animaux victimes de la pollution lumineuse

La pollution lumineuse affaiblit et détraque les animaux. Pour endiguer leur disparition, notre chroniqueuse scientifique Iris Petitjean évoque la création d’une « trame noire ».

Chouette, la nuit, pollution lumineuse
Crédit photo : Pinterest (DR).

On le sait, la lumière attire certains animaux, tels les moustiques virevoltant dans les halos des lampadaires… On sait aussi qu’elle en fait fuir d’autres : les hommes préhistoriques ne s’y trompaient pas en allumant un feu pour se protéger des carnivores la nuit. Mais, ce que l’humain moderne sait moins, c’est que du fait de la pollution lumineuse actuelle, ces phénomènes d’attraction ou de répulsion impactent très gravement les déplacements, la reproduction, la communication et bien d’autres comportements vitaux des animaux. Passage en revue.

Repères géographiques brouillés
La lumière est un indice très important pour connaître son environnement. Lors de leur éclosion sur les plages, les tortues marines se dirigent vers l’océan parce qu’il scintille sous les reflets du ciel étoilé. De même, les oiseaux s’appuient sur les indices lumineux pour s’orienter pendant leur migration. Les points lumineux artificiels créés par les humains perturbent donc grandement leur trajet (les observations anciennes rapportent déjà le constat d’une grande mortalité d’oiseaux au pied des phares).

Les espèces qui fuient la lumière voient, elles, la taille de leur espace habitable se réduire. Dans le cas des chauve-souris, leur répartition en France est aujourd’hui davantage influencée par les éclairages nocturnes que par tout autre facteur (1). D’une manière générale, bon nombre d’espèces deviennent ainsi de plus en plus sédentaires, limitées dans leurs déplacements par nos barrières lumineuses.

Les crapauds par exemple migrent annuellement de leur lieu d’hivernage vers leur lieu de reproduction, mais les voies éclairées constituent pour eux des obstacles infranchissables, les empêchant de se reproduire et pouvant conduire au déclin des populations (et quand ils peuvent franchir ces routes, une autre mort les cueille…).

Horloge biologique détraquée
Les êtres vivants ont une horloge interne régulée par les phases lumineuses. Son dérèglement a des conséquence physiologiques négatives : il diminue notamment la production de mélatonine, ce qui peut favoriser le développement de certains cancers. L’allongement du temps d’éclairement permet certes aux animaux attirés par la lumière de connaître une durée d’activité plus longue, mais leurs interactions se trouvent modifiées et il y a un risque de dommages pour d’autres espèces, avec lesquelles s’instaure une compétition nouvelle. À l’inverse, les espèces actives la nuit voient se réduire leur période d’activité et passent donc moins de temps à chercher de la nourriture ou à se reproduire (nombre d’espèces s’accouplent en effet la nuit afin de minimiser les attaques des prédateurs).

Habitats fragmentés
La lumière représente une barrière infranchissable pour certaines espèces, de sorte que leur espace vital se trouve découpé en zones restreintes. Les petites populations recluses chacune dans leur coin ne peuvent plus interagir avec les autres. En manque d’échanges génétiques, elles risquent de disparaître.

La fragmentation des habitats des animaux est une des causes principales de leur disparition. Face à cela, le gouvernement tente depuis 2007 de créer des « trames verte et bleue » (la trame verte concerne les zones terrestres, la trame bleue les zones humides telles que rivières, marais…). Mais ne serait-il pas judicieux d’envisager désormais la création d’une « trame noire », afin de permettre réellement à la faune de circuler à nouveau ?

(1) Azam C., Le Viol I., Julien JF. et al. Landscape Ecol (2016) 31 : 2471.

Sources :
• Travis Longcore and Catherine Rich. Mai 2010. Light Pollution and Ecosystems.
• Romain Sordello. 2017. Les conséquences de la lumière artificielle nocturne sur les déplacements de la faune et la fragmentation des habitats : une revue. Bulletin de la Société des naturalistes luxembourgeois 119 : 39–54.


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À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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