En France, 9 millions de lampes publiques nous cachent la voie lactée

Une nuit à la belle étoile, à regarder la voie lactée, c’est merveilleux, n’est-ce pas ? Mais avec l’extension de l’éclairage urbain, on voit de moins en moins bien le ciel. Analyse.

Pollution luminause : un village éclairé la nuit pour rien...
La pollution lumineuse, même dans les villages. Crédit photo : Pxhere (2018).

À cause de l’éclairage nocturne, la moitié des humains ne peuvent plus apercevoir la voie lactée, les espèces animales qui vivent la nuit sont affaiblies, les espèces migratrices prennent de mauvaises routes, les végétaux n’arrivent plus à se reposer

En France, pas moins de 9 millions de lampes éclairent nos villes. La plupart du temps, cet éclairage public est inefficace dans la mesure où les luminaires urbains émettent souvent de la lumière vers le haut : cela empêche l’observation des étoiles, gaspille de l’énergie et perturbe la faune nocturne. Ces dispositifs devraient se limiter à la création d’un halo vers le sol, afin d’éclairer seulement les passants. Certaines villes ont commencé à changer leur mobilier, mais c’est loin d’être le cas partout.

Des luminaires intelligents sont à l’étude afin de pouvoir s’allumer uniquement lors du passage d’une personne (piéton, cycliste, véhicule…), et pas lors de celui d’un chat par exemple, grâce à des capteurs ou des minuteries. Mais attention : ces nouvelles technologies, prévues pour éclairer mieux, risquent peut-être finalement d’augmenter la quantité de lumière indésirable émise par les humains (c’est le paradoxe de Jevons), comme on le constate déjà avec la multiplication des LEDs.

Le paradoxe de Jevons
« Le paradoxe de Jevons, baptisé du nom de l’économiste britannique William Stanley Jevons, énonce qu’à mesure que les améliorations technologiques augmentent l’efficacité avec laquelle une ressource est employée, la consommation totale de cette ressource peut augmenter au lieu de diminuer. » Source : Wikipedia.

L’association d’astronomie du Vexin a créé une carte interactive sur laquelle on peut visualiser la pollution lumineuse, selon l’intensité de l’éclairage. De nombreuses associations, souvent menées par des astronomes amateurs, se battent pour faire éteindre les lumières dans leur région, mais la mise en place de la fameuse trame noire, destinée à fournir une nuit de qualité dans les réseaux écologiques, tarde à se mettre en place…

Dans nos maisons, il parait normal d’éteindre la lumière quand on quitte une pièce, alors pourquoi n’en serait-il pas de même en ville ? Peut-être parce que l’idée selon laquelle « pénombre = danger » est largement répandue… Pourtant, aucun lien n’a jamais pu être fait entre une augmentation de l’éclairage et une quelconque diminution de la délinquance… Les délinquants n’ont-ils pas eux aussi besoin d’y voir clair ?

DE NOMBREUSES DÉROGATIONS

Depuis le Grenelle de l’environnement en 2007, des mesures ont été prises pour lutter contre la pollution lumineuse. En résumé, les bâtiments non résidentiels et les enseignes doivent être éteints entre 1 h et 6 h du matin (voir les détails sur le site du service public), mais… il existe de nombreuses dérogations possibles ! Ainsi, par arrêté municipal ou préfectoral, le maintien des enseignes allumées peut être autorisé les veilles de jours fériés, lors de la période de Noël, dans les zones touristiques ou lors d’événements exceptionnels. De plus, l’obligation d’extinction nocturne ne s’applique pas aux affiches et publicités sur le mobilier urbain, ni à l’éclairage public comme les réverbères apposés en façade.

Certains maires de France ont toutefois mis en place des arrêtés municipaux afin d’éteindre l’éclairage public en milieu de nuit. Les chauves-souris les remercient !

Pour en savoir plus
• Le site de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie).
• Le site de l’ANPCEN (Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes).
• Romain Sordello « Pollution lumineuse et trame verte et bleue : vers une trame noire en France ? ». Territoire en mouvement, Revue de géographie et aménagement. 29 novembre 2017.
Association des astronomes du Vexin.
• Chloé Legris. Mémoire sur l’éclairage nocturne – Consultation publique à la Ville de Montréal. Fédération des astronomes amateurs du Québec.
• Voir aussi les fiches synthétiques sur le site de l’association française de l’éclairage.
• Et un excellent article sur l’éclairage et la sécurité en ville, à consulter pour revoir la conception de l’éclairage public dans l’esprit des citadins : Sophie Mosser, « Eclairage et sécurité en ville : l’état des savoirs », Déviance et Société 2007/1 (Vol. 31), pp. 77-100. DOI 10.3917/ds.311.0077.

Une astuce pour vos yeux : le petit logiciel F.lux s’installe sur votre ordinateur et se cale sur les phases du soleil pour réduire au crépuscule l’émission de lumière bleue. Au coucher du soleil, l’écran jaunit légèrement, afin de moins exciter les yeux.


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Herisson-tirelire par Erwann TerrierJe fais un don

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À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

2 commentaires

  1. Il serait quand-même utile d’indiquer également dans la rubrique « Pour en savoir plus  » le site internet de l’ANPCEN http://www.anpcen.fr qui est un centre de ressources sur la problématique des pollutions lumineuses et qui proposent de nombreux outils (parmi lesquels le concours Villes et Villages étoilés) et chiffres à jour sur ce sujet.
    En particulier, il y avait en France déjà en 2012 plus de 11 millions de points lumineux seulement pour le seul éclairage public donc le chiffre cité dans votre article de 9 millions est très sous-estimé.

    • La redaction

      Merci beaucoup pour ces précisions sur les chiffres, c’est effarant de savoir qu’en plus notre évaluation est sous-estimée !! Le rajout de l’ANPCEN a été fait 😉

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