Parution chaque mardi et vendredi

Mais elles sont où, les propositions des candidats contre la surpopulation ?

Attention tabou ! Dans les 11 programmes de cette présidentielle, il n’y a pas une ligne sur l’emballement démographique mondial. Une question étroitement liée au dogme de la croissance.

Photo : Aravindan Ganesan
« Urbanisation », photo by Aravindan Ganesan.

Nous en avons déjà fait le constat au journal minimal, la question de la surpopulation est taboue en politique. Pour un candidat à l’Élysée, se présenter aujourd’hui devant les électeurs en disant : « Française, Français, nous sommes trop nombreux, nous allons arrêter de subventionner ceux d’entre nous qui se reproduisent à tout-va ! » est risqué, voire suicidaire. Mais dans cette campagne présidentielle qui ne ressemble à aucune autre, n’y aurait-il pas quelque politicien assez visionnaire pour aborder ce sujet délicat dont dépend l’avenir de l’espèce humaine ?

La Terre abrite en ce moment 7,5 milliards d’individus, pour seulement 1/2 million à l’époque préhistorique récente, d’après les projections de l’ONU le mouvement va se poursuivre (11 milliards prévus en 2050). À ces milliards de gens, il faut ajouter des voitures, des immeubles, des smartphones, des vêtements, de la nourriture, des bijoux, des centrales nucléaires, des élevages de poules, etc. Toutes les études scientifiques le montrent depuis Malthus, ce mode de développement n’est pas pérenne.

Image : EI T
Population mondiale, de 10.000 avant J.-C. à nos jours (infographie : EI T).

Que proposent donc les candidats à la présidentielle pour lutter contre la surpopulation actuelle ? Eh bien rien, ou pas grand chose. Dans les 11 programmes, il est essentiellement question de soutien à la natalité, comme s’il fallait encore rattraper les saignées d’après-guerre. Ce soutien, cela dit, est plus ou moins fort selon les sensibilités politiques.

À droite, on rivalise d’idées pour augmenter la fécondité des foyers, selon que ceux-ci sont les plus « Français » (Le Pen, Dupont-Aignan), les plus aisés (Fillon et, dans une moindre mesure, Macron), les plus pauvres (Cheminade). Asselineau, lui, veut « prendre exemple sur la Russie, où la natalité redémarre très fort. Un pays qui n’assume pas le renouvellement des générations, c’est-à-dire qui n’a pas 2,1 enfants par femme, ce n’est pas bien, ce n’est pas sain ! ».

AVEUGLEMENT COLLECTIF

À gauche, on est un peu plus raisonnable : Poutou, Hamon et le centriste Lassalle veulent instaurer un droit aux allocations familiales dès le premier enfant, ce qui constitue un progrès culturel puisque jusque-là, il fallait avoir deux petits pour être aidé. Idem pour Mélenchon, mais lui va un plus loin : il veut en sus remplacer le quotient familial par un crédit d’impôt (la mesure aurait pour conséquence de réduire l’assistance aux familles riches et nombreuses). Arthaud, elle, ne propose rien sur ce sujet.

Pourquoi nos candidats n’ont-ils à ce point pas pris la mesure du problème ? Entre ceux qui nient la réalité et ceux qui proposent des mesurettes, on n’est pas près de redescendre à 1 milliard d’humains, la jauge idéale selon l’amiral Paul Watson, fondateur de Greenpeace et de Sea Sheperd. Même le pape semble aujourd’hui plus en avance que nos futurs gouvernants : « Certains pensent (excusez-moi du terme) que pour être de bons catholiques, il faut se comporter comme des lapins : mais ce n’est pas le cas ! » déclarait-il en 2015, quelques mois avant de publier son encyclique sur la protection de la nature.


Cet article vous a intéressé ? Rejoignez le journal minimal.

Aller à la Une
Partager

À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Rédactrice en chef du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

6 commentaires

  1. Teysseire A. Marie le

    Quel bonheur de lire enfin un tel article! La question de la surpopulation n’est évidemment nulle part dans les programmes. Même les plus éclairés parmi les responsables d’EELV (mis à part Y. Cochet), poussés dans leurs retranchements, acceptent de la considérer comme importante mais arguent aussitôt de la non-préparation de l’électorat pour la repousser! Seule à faire ce travail en France, l’association Démographie Responsable (voir son site internent et facebook), alerte depuis des années sur cette croissance exponentielle et catastrophique pour les humains et le reste du vivant. Je signale que des courriers ont été envoyés à ce sujet par nos soins, à tous les candidats 2017. aucun « grand candidat » n’a daigné répondre et seuls Mme Marchandise, M. Dupont-Aignan, N. Arthaud ou A. Jardin ont répondu et favorablement… Et seul le journal Causeur, alors que nous avions sollicité beaucoup de médias de tous bords, a accepté de publier une tribune co-signée par 5 associations (dont des Décroissants) et la nôtre. Voilà où en est l’aveuglement politique et médiatique! Merci pour votre article!

    • EMMANUELLE VEIL
      EMMANUELLE VEIL le

      Bonjour A. Marie Teysseire, merci pour votre commentaire, cela ne m’étonne pas qu’aucun candidat ne vous ait répondu ! Je viens d’aller regarder Démographie responsable, c’est très intéressant, nous partageons effectivement les mêmes préoccupations. A très bientôt, ici ou ailleurs 🙂

      9
  2. Les propositions et les discussions sur ce sujet sont en effet bien absentes du discours de la plupart des candidats. Elles sont toutefois en France assez largement médiatisées par l’association Démographie Responsable qui ne cesse de dénoncer le tabou sur la question et de montrer combien nos effectifs, en explosion permanente, (la Terre a « gagné » plus d’hommes au cours des 40 dernières années qu’au cours des 100 000 ans précédents) pèsent sur notre avenir aussi bien que sur celui de la biosphère.

    • EMMANUELLE VEIL
      EMMANUELLE VEIL le

      Bonjour Didier, oui j’ai vu les actions de Démographie responsable, un combat essentiel ! A très bientôt donc 😉🌍

      2
  3. C’est bien connu : « Il n’y a de richesse que d’hommes » .

    Refuser de parler de la croissance démographique car sujet tabou ou non politiquement correct ne résoudra pas les problèmes qui en découlent. Cette politique de l’autruche ne peut que nous mener dans le mur.

Commenter cet article