Nous irons danser sur du Mariah Carey dans les stations-service

Symbole de la liesse consécutive à l’éviction de Trump, la vidéo dans laquelle de jeunes californiens dansent comme des fous dans une station service a été vue 7 millions de fois.

Mariah Carey
Des habitants de Los Angeles (Californie) ont dansé toute la nuit dans cette station-service. Image: Adri.

Lettrine, Lorsque le visage souriant de Joe Biden, souligné de la mention « Président elected » (président élu), est finalement apparu sur les écrans des télévisions américaines, samedi 7 novembre 2020, après des jours d’ongles rongés en attendant les dépouillement de bulletins, des foules en liesse ont envahi les rues. Pas tant parce que ce politicien calme, qui philosophe comme Marc Aurèle et annonce le retour des États-Unis dans l’accord de Paris sur le Climat, suscite l’enthousiasme, que parce que sa victoire signe la défaite de Donald Trump.

À Washington, des dizaines de milliers de citoyens ont afflué dans le parc Lafayette, devant la Maison blanche, pour entonner à pleins poumons (vidéo ci-dessous), malgré les masques, le vieux tube disco YMCA que le magnat de l’immobilier diffusait à la fin de ses meetings de campagne et sur lequel, poignets cassés et sourire béat, il agitait en rythme ses avant-bras, moments de « gênance » rappelant la danse de Boris Elstine (ivre) en 1996 ou celle de Theresa May en 2018.

Une joie populaire pareille, aussi déliée, on avait jamais vu ça en Occident, à part peut-être en France pour la Libération de Paris ? Il faut dire que Trump fricotait avec l’extrême droite, multipliant les références à la mouvance complotiste QAnon et les clins d’œil aux Proud Boys, suprémacistes blancs masculinistes héritiers du Ku Klux Klan. Partout dans le pays, de la côte Est à la côte Ouest, les démocrates, soulagés, se mirent donc à danser, comme gonflés à l’hélium. A Philadelphie, la capitale de la Pennsylvanie (État qui fit pencher la balance en faveur de Biden), la mascotte antifasciste Gritty était de sortie, secouant ses longs poils roux et ses grands yeux de Cookie Monster (Macaron le glouton) au son d’un orchestre funk ensorcelant toute une avenue.

Le plus beau bal masqué eut lieu dans une station-service 76 de Loz Feliz (un quartier branché de Los Angeles), investie dès l’après-midi et jusqu’au petit matin par une jeunesse avide de liberté et d’insouciance. De nombreuses photos et vidéos circulent, on y voit le champagne couler à flots à la place de l’essence, les voitures klaxonner, comme dans les meetings de Biden-Harris. Ainsi que ce moment de communion où, très tard dans la nuit, les enceintes diffusent le tube de Mariah Carey, All I Want For Christmas Is You :

Un drôle d’endroit pour faire la fête ? Pas plus incongru en tout cas que le parking de l’entreprise Four Season Total Landscaping, situé entre un crematorium et un sex shop, sur lequel, à la stupeur générale, l’équipe d’avocats de Trump avait organisé par erreur*, quelques heures plus tôt, une grande conférence de presse détaillant ses futures actions en justice !

* Ils croyaient réserver le Four Seasons, un hôtel de luxe en centre ville.

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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

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