Manger 5 fruits et légumes par jour, à quoi bon s’ils ne contiennent plus de nutriments ?

Les végétaux d’aujourd’hui n’ont plus le temps d’emmagasiner les minéraux et produisent des fruits et légumes sans saveur… ni nutriments. Les explications de l’écologue Iris Petitjean.

Manger 5 fruits et légumes sans nutriments, à quoi bon ?
Selon plusieurs études, les fruits et légumes industriels d’aujourd’hui ne contiennent presque plus de nutriments.

« Cinq fruits et légumes par jour » martèlent les messages pseudo-sanitaires afin de nous garantir une bonne santé. Cependant, depuis plusieurs années, diverses études montrent que ces végétaux qu’on essaye de nous faire manger seraient en fait des coquilles vides, comportant quelques calories, un peu de glucides, mais rien d’autre d’intéressant d’un point de vue nutritif. Dès 2004, une étude réalisée aux États-Unis (1) montrait ainsi que la teneur en phosphore du chou-fleur était passée de 72 à 44 mg pour 100 g en cinquante ans.

Et il n’y a pas que les fruits et légumes qui sont touchés par le phénomène de perte de valeur nutritive : le lait semble également atteint, et sans doute bien d’autres produits d’origine animale. Pourquoi nos aliments aujourd’hui sont-ils si peu nutritifs ?

Un peu d’Histoire…

Revenons à l’époque de l’essor de l’agriculture intensive : l’objectif alors était de produire beaucoup de nourriture, afin de nourrir le plus de monde possible. Pour cela, on a amendé, traité et irrigué les champs en masse pour que les végétaux poussent plus vite, et cela a bien fonctionné. On a sélectionné, au cours du temps, les plantes qui :

  • poussaient le plus rapidement
  • présentaient les fruits les plus jolis
  • s’altéraient le moins lors du transport…

Mais concomitamment, on a aussi sélectionné les plantes qui produisaient les fruits les moins savoureux. En effet, les fruits exhalent odeur et goût lorsqu’ils sont le plus mûrs : cela permet aux animaux qui vont manger le fruit et donc entraîner sa graine plus loin de le faire au moment favorable pour la plante (2). Le bon goût que l’on trouve aux fruits provient de leur maturation, indissociable de leur altération physique (c’est triste, mais c’est la vie).

En résumé, sélectionner des fruits pour leur résistance à la maturation revient à produire des fruits sans goût. Si les plantes sont suppléées en engrais afin de pousser vite, de former de gros fruits, cette rapidité de formation revient surtout à engranger de l’eau un peu sucrée. Les fruits font de la gonflette !

Les nutriments, c’est quoi ?

On appelle nutriments les molécules que nous tirons des aliments durant le processus de digestion. Leur assimilation par l’organisme est la base de toute notre physiologie. Ce sont les protéines, glucides, lipides, minéraux, vitamines, etc. qui permettent à nos cellules de se multiplier, de se régénérer, de fonctionner et de se défendre.

Toutefois, l’assimilation des nutriments dépend des individus (plusieurs affections et intolérances provoquent des mauvaises absorptions des nutriments). Il est également estimé que, davantage que la quantité de nutriments ingérés, c’est bien la façon dont le métabolisme les intègre qui prime. Pas besoin de prendre des compléments alimentaires à tout va, mieux vaut manger plus diversifié pour améliorer ses sources de nutriments.

Les nutriments : des molécules fabriquées de haute lutte

Les plantes aujourd’hui sont de véritables feignantes : les minéraux leur sont apportés directement par des « bains de pieds ». Pas besoin de se défendre des maladies ou des parasites, puisqu’il n’y en a plus. Pas besoin de résister à la sécheresse puisqu’elles sont abondamment irriguées. Or, c’est pour se défendre de divers stress (sécheresse, parasites, brouteurs, vent…) qu’une plante fabrique des composés qui seront les nutriments dont nous nous nourrissons.

Vous pouvez faire ce test d’arrosage pour le vérifier par vous-même. Semez des radis : ceux que vous aurez abondamment arrosé pendant toute leur croissance seront plus gros, et bien moins piquants que ceux qui auront eu un peu moins d’eau. Et ce piquant, ce n’est rien d’autre que la présence de composés destinés à résister à la sécheresse, des nutriments spécifiques que n’auront pas produits les radis « chouchoutés ».

Les nutriments contenus dans les radis
Les radis qui poussent sur le balcon d’Iris Petitjean. Photo: Iris Petitjean.

Sol carencé, plante vide

Mais pour fabriquer ces composés, encore faut-il avoir à disposition les molécules de base qui permettront de les métaboliser, ce qui n’est pas le cas des végétaux qui poussent dans des sols appauvris. Finalement, si nous mangeons des plantes sans nutriments, c’est que les plantes elles-mêmes se sont nourries d’un sol sans nutriments.

À lire aussi : L’agriculture pétrochimique est en train de désintégrer la vie qui grouillait sous nos pieds

La dégradation du sol aujourd’hui est telle qu’il n’est plus qu’un support vide, incapable de nourrir les plantes. La crise climatique en cours contribue largement à cette perte des minéraux dans le sol. La sécheresse suivie des lessivages quand la pluie survient, de plus en plus fréquente, amplifie l’élimination des nutriments du sol. Les événements météorologiques extrêmes augmentent l’érosion, réduisant l’épaisseur du sol contenant les précieux nutriments, et entraînant un dessèchement encore plus rapide et un appauvrissement toujours plus important.

Or, sans nutriments dans le sol, pas de vie microscopique à sa surface, donc pas de décomposition de matière consécutive à la mort des petits insectes et champignons (puisqu’ils ne sont plus là)… Si nous poursuivons notre bétonnage intensif du sol, la diminution des nutriments va s’emballer, et hors milieu agricole les plantes seront de moins en moins résistantes, puisqu’elles ne pourront plus tirer du sol les éléments qui leur permettent de fabriquer des molécules de défense.

Que pouvons-nous faire ?

Choisir des fruits et légumes bio, provenant de cultures en pleine terre où le sol est respecté, permet déjà de s’assurer de la présence de nutriments dans les aliments. Boycottons les plantes qui n’ont poussé que dans des milieux aseptisés !

En savoir plus :
> On peut trouver les compositions nutritionnelles de nos fruits sur plusieurs sites, notamment celui de l’Agence pour la recherche et l’information en fruits et légumes (Aprifel).
> Le rapport Still No Free Lunch de Brian Halweil en 2007 montre que la poursuite du rendement agricole est à l’origine de carences alimentaires.

Sources :
(1) Donald R. Davis et al. 2004. Changes in USDA Food Composition Data for 43 Garden Crops, 1950 to 1999, Journal of the American College of Nutrition, Vol. 23, nº 6, pp 669-682.
(2) Stephen A. Goff & Harry J. Klee. 2006. Plant Volatile Compounds : Sensory Cues for Health and Nutritional Value ? Science vol. 311.


Pour suivre les publications de mon journal préféré, je reçois la lettre minimale, chaque 1er mercredi du mois. Bonne nouvelle, c’est gratuit et sans engagement !

Partager
Aller à la Une

À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

Exprimez-vous !