Les souffleuses de feuilles, ces machines absurdes et dangereuses

C’est la plaie de l’automne. Les souffleuses de feuilles maltraitent l’environnement mais aussi ceux qui les manipulent. Le coup de gueule de l’écologue Iris Petitjean.

Les souffleuses de feuilles en action
Un souffleur de feuilles en pleine action. Photo: Cbaile19, 2014.

À l’automne, sous nos latitudes tempérées, la diminution de la luminosité et des températures provoque un lent endormissement des arbres, qui se préparent à l’hiver en laissant choir leurs feuilles, devenues des zones de déperdition d’énergie.

Ces feuilles, qui s’accumulent alors sur le sol, vont être décomposées par de nombreux organismes plus ou moins gros, qui s’en régaleront et permettront la récupération dans le sol des éléments qui les constituent. Cela permettra donc la nutrition des plantes, d’autres organismes, etc. dans un grand cycle de la vie qui pourrait provoquer des larmes d’émotion tant il est fascinant de beauté…

RISQUES POUR LA SANTÉ

Sauf que non. Toute cette magie potentielle nous est violemment arrachée par les bruits de ces engins de destruction que sont les souffleuses de feuilles. Elles vivent à l’automne leur pleine saison de fonctionnement, et s’en donnent à cœur joie pour saccager notre environnement citadin.

Premièrement, leur bruit (certaines sources mentionnent les 85 décibels), cause bien des désagréments aux riverains, mais aussi et surtout à ceux qui les manipulent. Et parlons-en, des personnes chargées de cette sinistre besogne : l’objet, souvent porté sur le dos, est lourd (parfois plus de 11 kilos !), et son tuyau souffleur, qui doit être tenu d’une main, génère une forte pression, afin de souffler les feuilles bien entendu… mais cette pression doit être sans cesse compensée par une contraction de l’humain, qui risque alors de douloureuses tendinites, troubles musculo-squelettiques, ou simples douleurs dans le meilleur des cas. De plus, l’engin chauffe, et risque de brûler son utilisateur.

À lire aussi : Les feuilles mortes ne se ramassent plus à la pelle

Ensuite, pour faire tourner cette machine bruyante et lourde, il faut y mettre de l’essence. On ajoute donc les défauts d’être puante et polluante, défauts considérables, sur lesquels il est inutile de s’étendre.

Enfin, leur existence même est une aberration. Ces objets ne sont d’aucune utilité, hormis celle de dégrader encore plus le sol en lui bombardant de l’air chaud dessus, de tuer les animaux qui s’abritent sous les feuilles, et d’en ôter une source cruciale de matière organique.

LE PROBLÈME DU SOL ARTIFICIEL

Si vous voulez dégager un chemin libre de feuilles, ratissez ! Et profitez de l’automne pour admirer les couleurs des feuilles, apprendre à reconnaître les espèces, et soulever délicatement la litière pour regarder toute la vie qui grouille dessous.
« Oui, mais les feuilles, ça glisse ». Non, les feuilles, ça ne glisse pas. Il suffit de se balader en forêt après la pluie pour le constater. Là où vous risquez le plus de déraper, c’est sur le sol nu et compacté. Et le sol le plus nu et compacté qui soit, c’est celui du bitume de nos villes. C’est ce sol artificiel qui est dangereux. Pour les genoux des enfants, pour le col du fémur des grands-parents, pour la planète de tout le monde. Quand est-ce qu’on arrête ces bêtises ?


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À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

7 commentaires

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      Pas tout à fait faux , mais pas tout à fait objectif non plus cet article.
      en soufflant, on peut emmener les feuilles au pieds des arbres pour protéger les plus frileux et laisse la matière fraîche se décomposer tranquillement.
      le poids des feuilles humides en tas ne s envolent pas.
      marcher sur des feuilles humides de platanes ou noyers que l on laisse sur du bitume glissent…effet patinoire garanti, vos enfants adorent, les papys un peu moins.
      en ce qui concerne ces méchantes machines, il existe des souffleurs électriques à batterie dorsale pour limiter les décibels et les harnais réglables et remboures sont certainement moins néfastes qu’ un sac porté en bandouillere ou un sac d école de 10kg porté par des élèves. Cet outil évolue, ceux qui les utilisent aussi…un souffleur electrique utilisé convenablement et favorisant le
      développement des bactéries et microfaune du sol n est pas aussi néfaste que cela peut paraître lorsqu on sait quand comment et pourquoi on l utilise.

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    • IRIS PETITJEAN

      Bonjour Stef. Merci pour votre commentaire et ces précisions. En effet, laisser les feuilles sur la chaussées peut être dangereux, mais jamais je n’ai entendu ou vu ces machines plus soucieuses de l’utilisateur dont vous parlez. Sans doute sont-elles trop onéreuses pour les villes, qui préfèrent les machines bruyantes et créatrices de TMS pour leurs employés ?

      Effectivement, tous les outils, utilisés raisonnablement, ne sont pas à bannir. Comment cependant une souffleuse peut-elle « favoriser le développement de la microfaune » ?

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  1. Avatar

    Bonjour, étant paysagiste, je peux vous dire qu’elle est un outil pas plus bruyant qu’une tondeuse et qu’elle est un outil sans lequel la profession serait morte. en effet, contrairement à ce que vous dites, l’air qui en ressort est frais, et non pas chaud. De plus, il n’est plus accepté par les propriétaires d’aujourd’hui d’avoir un jardin couvert de feuilles en hivers, car cela endommage un aménagement de jardin qui a coûté la plupart du temps des dizaines de milliers.
    De plus, la plupart du temps les feuilles sont mise au compost donc elles bénéficient aux micro-organisme et la MO qui en résulte sera quand même rendue au sol par un apport de compost.

    Il est quand même pas concevable de tout le temps remettre tout en question au prix de l’écologie quand on voit le nombre d’aération que cette dernière crée également. Le problème est plus profond et tant qu’un changement dans les mœurs des gens qui embauchent des jardiniers pour entretenir leur jardin en leur demandant un espace immaculé et vert, on ne peut pas supprimer la seule machine qui permet une rentabilité permettant aux entreprise du domaine de subsister.

    Sinon, on ramassera les feuilles à la tondeuse comme c’est déjà le cas parfois et la je peux vous assurer que les bestioles présentes dans les feuilles ne se feront pas juste souffler mais hacher en prime.

    • IRIS PETITJEAN

      Merci Julien pour ce commentaire. En effet, le problème vient de la conception du jardin. Considérer que les feuilles sont sales et inesthétiques, c’est objectif. Devoir « être rentable » quand on est paysagiste, c’est aussi un problème. Ces entreprises, que vous connaissez mieux que moi, sont comme partout pressées de toutes part et forcées de « produire » et « faire du rendement », se soumettre au client…

      Et c’est vrai que je n’ai pas fait la distinction entre jardins particuliers et espace public, où les feuilles sont souvent mêlées à des déchets en prime, rarement compostées mais parfois méthanisées, elles ne sont pas considérées comme un rebut bon à rien, ça non.

      Le souci principal reste le bruit de ces machines.

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  2. Avatar

    Je suis d’accord sur les principales critiques de l’article…
    1) Ces machines sont des saloperies sonores inadmissibles pour les riverains
    2) apres avoir subi les tentatives incessantes d’un agent technique pour rassembler des feuilles mortes sur une pelouse de 200 m carrés, et ce pendant plus d’une heure et alors que je jouais au tennis, je peux vous confirmer l’inefficacité totale de ces machines par rapport au ratissage… Surtout que ca a le défaut de rendre les mecs qui les utilisent tristement maniaques, penches régulièrement au dessus de 4 feuilles pendant 5 bonnes minutes pour les pousser 3 mètres plus loin.! Inutile de vous dire que j’avais vraiment envie de le baffer… D’autant plus que l’autre imbecile, de toute façon, n’aurait pas apprécié la moindre petite remarque…
    3) l’argument comme quoi ce serait un progrès est totalement inadmissible… C’est vraiment nous prendre pour des demeures ! ..
    Alors qu’il y a à peine une dizaine d’années, la grande majorité des jardiniers utilisaient un rateau ! Et sans faire chier le monde ! .. Mais punaise, on s’était donc trompe pendant 2000 ans et on attedait tous cette invention magiquement inutile ! Qui au demeurant participe un peu plus a détruire la planète et le climat..
    4) l’argument ci-dessus d’un jardinier expliquant que les feuilles mortes peuvent être mis au compost ensuite mérite d’être récompensé pour sa mauvaise fo ! i…
    Enlever les feuilles d’une pelouse, ne lui en deplaise, c’est forcément arreter le cycle du carbone du sol… Celui ci s’apauvrira petit à petit et liberera à nouveau son carbone (cours de geochimie de 3ème)….
    D’autant plus, qu’en général, on ne rassemble pas les feuilles mortes pour les composter et les repandre ensuite sous cette forme sur la pelouse d’où on les a prises !! …(Cela dit, si vous en connaissez qui font ca, amenez les tout de suite à l’asile… Vous aurez ainsi la confirmation que ca n’est pas vous qui êtes fou !}

    • IRIS PETITJEAN

      Merci François Hoog pour ce commentaire plein de bon sens !
      Cependant, nous sommes d’accord sur le principe destructeur d’enlever les feuilles d’un sol vivant (une pelouse est-elle un sol vivant ?), mais d’un sol artificiel autant les retirer (efficacement et sans pollution !) et les placer là où leur matière pourra être utilisée.

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