Les feuilles mortes ne se ramassent plus à la pelle

Qui n’a jamais pesté contre le boucan et la pollution causés par les souffleurs de feuilles ? Des citadins exaspérés réclament leur interdiction.

Mais qu’est devenu le jardinage ? Cette vieille anglaise avec son panier d’osier, taillant délicatement les seringas, arrosant avec amour des bosquets enchevêtrés de lilas et de raspberries ?

Aujourd’hui, il se résume au débarquement matinal d’une armée de souffleurs, scieurs et tondeurs, dans un bruyant massacre au diesel de la flore et de la faune. Un jardinier équipé d’un souffleur de feuilles émet 115 décibels selon Bruitparif, l’équivalent d’un avion à hélice au décollage ! Cet engin provoque de l’allergie et de l’asthme, en diffusant dans l’air des poussières composées en partie de déjections animales. Il cause des dégâts irréversibles au squelette du jardinier, à cause du poids du moteur et par ce mouvement répétitif de torsion de droite à gauche. Enfin, la machine bouleverse en quelques secondes tout un écosystème, des insectes jusqu’à cet animal protégé qu’est le hérisson.

LE SOUFFLEUR MADE IN CHINA NE COÛTE QUE 99€

Peu de travaux de voirie suscitent autant de colère et de sentiment d’impuissance chez les citoyens, qui râlent en automne, puis oublient en hiver. Les plus exaspérés invoquent la ville de Santa Monica en Californie, qui a interdit les souffleurs pour de bon (1). Mais en Europe il y a encore du chemin à faire ! Les jardiniers expliquent qu’avec un souffleur made in China acheté 99 €, ils nettoient une pelouse plus rapidement qu’avec un râteau, dévoilant ainsi un autre aspect du problème, la recherche de rendement à court terme. Accepter une nature plus sauvage, moins maîtrisée par l’homme, leur est difficile.

UNE PELOUSE A L’IMAGE DES MOQUETTES DES ANNÉES 80

Photo : Sylvie Barrans
Crédit photo : Sylvie Barrans

Ils s’inscrivent en cela dans la lignée du jardinage à la française, tracé au cordeau, par besoin irrationnel de faire plier la nature. Dans ce modèle, comment ne pas souffler la feuille morte, cette rebelle en puissance ? Le comble du nirvana étant une pelouse rase à l’image des moquette des années 80. Pourtant la feuille morte est un trésor méconnu. Et pas seulement comme élément de compostage : laissée simplement sur place elle se décompose en humus, tout en se transformant en couche protectrice des racines contre le soleil ou le froid.

Un groupe vient de se créer sur Facebook et commence à réunir une petite communauté : Souffleurs de feuilles, STOP. Le début de la fin – serait-ce possible ? pour l’invention américaine la plus absurde du siècle dernier.

(1) Sans toutefois réussir à les éradiquer. Pour y parvenir, le site de la ville met à la disposition des citoyens, depuis peu, une application pour smartphone permettant de signaler les contrevenants.

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À propos de l’auteur

SYLVIE BARRANS

Journaliste free-lance, j'habite le Sud Ouest de la France et j'écris sur l'écologie.

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