Kerviel : une affaire d’État, 2 milliards pour la société en général

Dans ce livre, l’activiste et porte-parole d’EELV Julien Bayou raconte son combat juridique pour que la Société Générale rembourse le cadeau fiscal empoché après l’affaire Kerviel.

Crédit photo : Emmanuelle Veil
Crédit photo : Emmanuelle Veil

Le genre
Pamphlet programmatique.

Le pitch
Titulaire d’une maitrise de droit public par correspondance, l’auteur raconte à la première personne son combat de juriste amateur pour récupérer le cadeau fiscal de 2,2 milliards d’euros indûment octroyé à la Société Générale après l’affaire Jérôme Kerviel (ce trader dont les spéculations ont engendré pour elle un trou de 4,9 milliards d’euros). S’appuyant sur les rapports et décisions de justice établissant que la banque est coresponsable de cette perte, Julien Bayou dénonce la collusion entre les politiques et le monde de la finance, et demande le remboursement de ces 2,2 milliards, qui représentent un coût de 130 € par foyer fiscal.

L’auteur
Julien Bayou est un jeune activiste et homme politique français. Porte-parole d’EELV, conseiller régional d’Ile-de-France, il s’est fait connaitre au milieu des années 2000 par son art du happening et des coups d’éclat médiatiques : avec sa bande de copains, il est à l’origine de la création des collectifs Génération Précaire, Jeudi-Noir, Sauvons les Riches, RAIDH, du syndicat ASSO…

Mon humble avis
Ce récit permet de saisir les enjeux d’une affaire de gros sous dont les dimensions extraordinaires (on parle de milliards d’euros) échappent à la plupart des contribuables. Sous la plume révoltée du citoyen Bayou, on comprend finalement que nos ministres de l’Économie et des Finances (Christine Lagarde, Michel Sapin) ont été jusque-là particulièrement à l’écoute de la Société Générale. Et l’on découvre un tableau assez effrayant des conflits d’intérêt au sommet de l’État, peuplé de hauts fonctionnaires issus des milieux bancaires – tel Emmanuel Macron qui fait l’objet d’un sous-chapitre spécifique. Partant de ce constat, Julien Bayou déroule dans la seconde partie de l’ouvrage son programme politique de redistribution des richesses. Du pur Robin des Bois.

Une phrase du livre
« Les deux milliards que la Société Générale nous doit, je veux qu’ils soient versés au pot commun d’une révolution et je formule la proposition de les allouer à l’expérimentation du revenu universel. »

Un extrait du livre
« Si notre système politique, nos élites, notre oligarchie sont capables de produire ce cadeau fiscal alors que tout incite à la prudence, alors il y a une autre affaire, une affaire d’État. Si une banque peut faire un casse à 2 milliards, c’est qu’elle a des complices en haut lieu.
Les interrogations sont nombreuses. Une ministre de l’Économie passe outre l’avis de la quasi-totalité des experts pour attribuer une somme colossale, la commandante de police en charge des deux enquêtes affirme avoir été manipulée, un enregistrement clandestin accable le parquet. Aucune expertise des pertes alléguées n’est menée, et un rapport d’expert suggérant de saisir le fisc est enterré et passé à la broyeuse….
[…] Les zones d’ombre, tant dans l’enquête que dans le traitement judiciaire, ainsi que la mansuétude des différents ministres, doivent nous interpeller toutes et tous.
Ces 2 milliards sont le marqueur d’un pays dont l’énergie est aspirée par une forme d’oligarchie.
[…] Le candidat Hollande avait vu juste au Bourget sur son ‘véritable adversaire’ : ‘Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant, il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies.’
[…] Alors que j’interpelle le gouvernement pour qu’enfin il réclame le remboursement des 2 milliards, nous ne pouvons que regarder ce qui a été fait depuis la crise financière. L’impunité dont jouissent les héros de la finance folle donne le vertige. À peu près autant que les renoncements du quinquennat Hollande. »

Julien Bayou (co-écrit avec Arthur Vincent), Kerviel : une affaire d’État – 2 milliards pour la société en général, Les éditions Arcane 17, 2016, 114 pages.

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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

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