Jusqu’ici tout va très bien monsieur le Président

lettrine interrogé hier par des élèves de 6e du collège Jules Renard à Laval (Mayenne) qui tentaient de faire votre portrait chinois, vous leur avez répondu que si vous étiez un animal vous seriez « un chien ». Or, monsieur le Président, il y a un an et demi, à la même question, vous déclariez que vous seriez « un aigle »… Du roi des oiseaux au vulgaire clébard, ce déclassement narcissique brutal dans l’ordre animal a de quoi surprendre. Ne seriez-vous pas en proie à un petit coup de blues de rentrée ?

Pourtant, honnêtement, jusqu’ici tout va très bien : le « pognon » ruisselle à fond. De bas en haut, peut-être, mais il ruisselle ! Les indigents, les étudiants, les chômeurs, les femmes seules, les artistes, les permaculteurs, les handicapés, les smicards, les ouvriers, les retraités raclent les poches de leur porte-monnaie mais les cadres ont vu leur salaire augmenter de 2,7 % en 2017 et la France compte à présent 40 milliardaires ! Et d’après l’agence économique américaine Bloomberg, ces grandes fortunes ont vu leurs capitaux augmenter plus rapidement que ceux de leurs concurrents étrangers depuis le début de l’année.

L’EAU BRETONNE À 20° C

Oui, jusqu’ici tout va très bien. Pour complaire à vos riches amis chasseurs propriétaires de domaines grillagés en Sologne, vous avez dû laisser filer votre bonne étoile Nicolas Hulot mais personne n’est irremplaçable. « Make our planet great again », c’est vous, et si de plus en plus de zones sur Terre deviennent inhabitables, on n’est pas encore dans Mad Max. Le pétrole a coulé à flots cet été sur nos autoroutes embouteillées pleines de voitures neuves, à tel point que le Comité des constructeurs français d’automobiles vient de relever ses prévisions pour 2018 : « On va avoir une année en progression au moins de l’ordre de 5 % ». Quant au lobby des automobilistes, furieux de ne plus pouvoir fendre l’air à 90 km/h sur les petites routes, ils se sont calmés lorsqu’ils se sont aperçus qu’ils pouvaient encore largement, à 80 km/h, aplatir à foison du ragondin ou du hérisson.

Franchement, jusqu’ici tout va plutôt très bien malgré notre entrée dans l’Anthropocène. Prenons cette malencontreuse concentration des gaz à effet de serre : elle provoque des étés caniculaires qui n’ont pas que des inconvénients. D’une part, on peut désormais se baigner l’été en Bretagne nord dans une eau à 20° C au lieu de 17° C, d’autre part la chaleur polluée a tendance à faire mourir naturellement les personnes âgées, ce qui fait toujours moins de retraites à payer pour la Sécurité sociale si on regarde le bon côté des choses.

250 MILLIONS DE MIGRANTS CLIMATIQUES

Au niveau mondial jusqu’ici tout va quand même très bien aussi. Le réchauffement de notre planète produit certes d’ores et déjà deux fois plus de déplacés que les conflits et il constitue sans doute maintenant le principal facteur des migrations, mais les 250 millions de réfugiés climatiques prévus par l’ONU pour 2050 ne sont pas encore tous partis de chez eux.

Jusqu’ici tout va très bien monsieur le Président… mais en même temps, comme le faisait dire Mathieu Kassovitz (signataire hier avec 199 célébrités d’une tribune vous priant d’agir pour la planète afin de sauver l’espèce humaine) à l’inoubliable voix off de son film La Haine, « l’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ».


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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

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