Interdisons la chasse au renard : ce prédateur de rongeurs favorise l’agriculture sans pesticides

Auteur d’une tribune pour défendre le renard, l’agronome Christophe Gatineau explique au journal minimal pourquoi il faut interdire l’abattage de cet animal, allié des agriculteurs.

Interdisons la chasse au renard : ce prédateur de rongeurs favorise l'agriculture sans pesticides
Un jeune renard roux (Vulpes vulpes), France, 2017 (Pxhere).

Dans la foulée de ma tribune publiée par le site Reporterre (Allié des agriculteurs, le renard est pourtant abattu. Arrêtons le massacre !), voici quelques informations complémentaires. Je tiens à préciser que mon point de vue est strictement agricole.

Classé comme une espèce « nuisible » (arrêté du 3 juillet 2019 pris pour l’application de l’article R. 427-6 du code de l’environnement), le renard prodigue pourtant des services agro-économiques très importants. En effet, il mange en moyenne 3000 rongeurs par an, ce qui représente environ de 2000 à 2 400 euros de dégâts en moins par an pour un agriculteur.

QUAND LES RONGEURS PULLULENT, LES PESTICIDES AUSSI !

En défendant le renard, loin de moi la volonté de le mettre en concurrence avec les espèces protégées – à juste titre – que sont le loup et l’ours. Mais il y a juste un point de réflexion que je voudrais avancer ici : les dégâts causés par le loup et l’ours coûtent des millions d’euros tous les ans à la société, tandis que le renard, nuisible, protège les cultures. N’y a-t-il pas là quelque incohérence ?

En l’absence de renards, l’agriculteur régule les populations de rongeurs avec des pesticides, en l’espèce des souricides, anticoagulants qui vont empoisonner toute la chaîne alimentaire. Et les sols. En agriculture bio comme en agriculture conventionnelle.

À lire aussi : L’agriculture pétrochimique est en train de désintégrer la vie qui grouillait sous nos pieds

Alors, pourquoi la politique,qui s’applique à l’ours et au loup ne s’appliquerait-elle pas au renard ? Avec une gestion responsable des populations, et une indemnisation des dégâts limités qu’il peut commettre chez les éleveurs de poules en plein air ? J’entends déjà les chasseurs me dire que le renard tue leur gibier, mais il y a encore quelques années, il y avait beaucoup plus de renards qu’aujourd’hui, et la campagne était giboyeuse. Le problème est donc ailleurs.

La tribune de Christophe Gatineau, publiée par Reporterre
Allié des agriculteurs, le renard est pourtant abattu. Arrêtons le massacre !

Reproduction de la tribune parue le 22 octobre 2019 sur Reporterre.

Quelle drôle d’idée, se diront les chasseurs, penser que notre bête noire est un acteur incontournable de l’agriculture durable au même titre que l’abeille et le ver de terre.

Mais voilà, notre renard roux a beau appartenir à une communauté d’auxiliaires sur laquelle l’agriculteur peut s’appuyer pour produire une alimentation plus saine et écologique, les parlementaires en ont décidé autrement, confiant aux chasseurs le soin de s’en débarrasser.

Tenez, un exemple parmi d’autres. Au début du printemps, un chasseur se présente à l’entrée de mon champ, et, boum, flingue froidement l’un de mes collaborateurs. Je peux comprendre le besoin pressant de ce retraité heureux de se détendre le gland, de faire sa part, de se sentir encore utile mais j’aurais préféré qu’il aille tirer son coup ailleurs.

Le pire dans cette histoire, c’est que le seul droit que m’octroie la loi, c’est de la boucler. De fermer ma gueule parce que la loi est du côté du chasseur, une loi qui l’encourage même à rendre ce service public sans consulter le propriétaire des lieux.

Bienvenue à la campagne, ce vaste terrain de jeu pour le troisième sport national en termes de licenciés, la chasse, le sport le plus détesté des Français. Mais ce n’est pas le sujet. Ici, les gens n’ont pas la haine de la chasse mais d’une certaine chasse. Alors pourquoi le renard, l’un des animaux sauvages préféré des Français, est-il autant détesté du gouvernement, des parlementaires, et de leurs bras droits, les chasseurs ? Au point de l’avoir classé nuisible. Nuisible pour la société.

Incompréhensible à l’heure où l’État cherche à faire des économies, un renard pouvant rapporter gros à la société, très gros, jusqu’à 2 400 euros par tête de pipe ! Explication.

Le rat taupier mange jusqu’à 50 kg de végétaux par an

Ce chiffre a été avancé par le docteur en éco-éthologie et en ethnozoologie Denis Richard Blackbourn lors d’un colloque sur le renard organisé par l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) qui s’est déroulé à Paris au mois de mai 2017. Et avant de l’avancer, il a pris toutes les précautions d’usage pour rester les deux pieds sur terre.

Pour faire simple, en agriculture, les animaux végétariens se nourrissent des cultures quand les animaux carnivores ou omnivores se nourrissent de leurs collègues végétariens… Et, à la louche, un végétarien consomme entre 50 et 100 % de son poids tous les jours. Plus il pèse lourd, plus il consomme, à l’exemple du campagnol terrestre, autrement appelé rat taupier, Arvicola terrestris, un petit rat végétarien qui mange jusqu’à 50 kg de végétaux par an…

On saisit immédiatement l’impact sur les rendements, d’autant que notre petit rat a également un bel appétit sexuel avec un taux de reproduction de 1 à 50, un couple pouvant mettre au monde plus de 100 individus par an… Qui, eux-mêmes, peuvent faire naître 5 000 nouvelles têtes l’année suivante. Et ainsi de suite. On imagine donc aisément les potentiels dégâts occasionnés aux cultures si les populations ne sont pas régulées par une communauté de prédateurs qui, dans les grandes lignes, va de la couleuvre au rapace via le renard.

Le docteur Blackbourn a rappelé que d’autres espèces sont moins gourmandes, comme le campagnol des champs, Microtus arvalis (8,5 kg de végétaux consommés par an), ou le campagnol agreste, Microtus agrestis, (11 kg par an). En métropole, sur les treize espèces de campagnol recensées, trois s’intéressent particulièrement aux cultures et une est protégée. Cette dernière est aquatique et elle ne s’attaque pas aux cultures.

Chaque année, un renard consomme en moyenne 3 000 petits rongeurs

Avec ses déserts verts où rien ne pousse en dehors des variétés cultivées, l’agriculture moderne favorise ces communautés végétariennes au détriment des communautés qui s’en nourrissent. Par l’absence de diversités végétales, de haies, de bois ou de forêts, la monoculture donne ainsi un avantage considérable aux rongeurs. Idem pour les couvertures végétales permanentes ou l’absence de labour, des techniques d’agriculture durable.

La radicalité du climat concentre également tous les problèmes, comme cette année, où la prédation sur les cultures a été amplifiée avec la sécheresse. En effet, tous les animaux aiment et recherchent le sucre dans la nature (même les vers de terre), et les cultures sont des milieux très riches en douceurs. Au mois de septembre dernier, nous avons même trouvé des campagnols en haut des troncs de maïs doux, en train de dévorer les fusées…

Alors, en l’absence d’une communauté de prédateurs suffisante, quelles sont les solutions à disposition de l’agriculteur pour ne pas mettre en péril ses récoltes ?

À petite échelle, dans un jardin, on peut facilement les piéger avec des tapettes à souris contrairement à une exploitation agricole où les solutions sont moins tempérées. Mécanique, avec la charrue qui va bouleverser leur habitat et donc réduire leur développement. Chimique avec l’épandage d’appâts ou de grains empoisonnés, qui, une fois ingurgités par les campagnols, contribueront à empoisonner leurs prédateurs… Une chaîne sans fin. En bio, on utilise du tourteau de ricin pour les empoisonner. Un produit biodégradable qui va également empoisonner toute la chaîne alimentaire avant de se dégrader.

À partir de données scientifiques liées à leurs contenus stomacaux, le docteur Blackbourn a déterminé que 80 % de l’alimentation des renards était constituée de petits rongeurs. 145 kg, soit 3 000 têtes, parfois le double ou le triple selon les circonstances écologiques, c’est la consommation moyenne d’un renard sur les 180 kg de nourriture qu’il ingurgite tous les ans.

Et outre l’économie de temps et d’argent, le service agronomique rendu par un renard à l’agriculteur peut être estimé à 2 400 euros. 2 400 euros de dégâts économisés. Du beau travail. Tout ça en échange de quelques poules… je plaisante.

P.S. Et si vous avez encore trente minutes devant vous, n’hésitez pas à écouter le témoignage exceptionnel de cet agriculteur qui explique comment il est passé des pesticides aux renards !

Pour suivre les publications de mon journal préféré, je reçois la lettre minimale, chaque 1er mercredi du mois. Bonne nouvelle, c’est gratuit et sans engagement !

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À propos de l’auteur

CHRISTOPHE GATINEAU

Agronome, cultivateur, auteur d'ouvrages chez Flammarion (Éloge du ver de terre, Éloge de l'abeille).

4 commentaires

  1. Avatar

    Le lobby des chasseurs a encore la mainmise sur le patrimoine naturel, au grand dam des amoureux de la nature et surtout, de la nature elle-même qui peine à se remettre de nos exactions quotidiennes et continues…

  2. Avatar

    Stop à toute forme de chasse !
    Le renard protège également contre la maladie de lyme, en plus de nettoyer les cadavres (eh oui, il est opportuniste et charognard surtout en hiver) et d’éviter la prolifération de rongeurs !
    Laissez nos renards et nos loups tranquilles !

  3. Avatar

    Le plaisir c est de voir un renard dans les champs a l’affut du campagnole, le plaisir c de voir les renardeaux qui rentre et sorte de leur terrier qui apprennent la vie le plaisir de voir enfin ces animaux si chers a notre maintien de l’equilibre comme le requins en mer c la chaine et cette chaine l’homme la brise il ne fait que ca alors ensemble luttons pour ces animaux de la chaine des forets luttons pour l’eau et l’air que nous respirons c est ensemble et nous le pouvons a nous de choisir.

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