Épisode #2 : Le Mini Cafoutch, une épicerie marseillaise sans patrons ni employés

À Marseille, l’épicerie autogérée Mini Cafoutch compte ouvrir une grande surface pour concurrencer les hypermarchés. Actuellement, elle fonctionne sans salariés. Le journal minimal suit l’aventure.

> Lire (relire) le 1er épisode : Cafoutch, la petite épicerie marseillaise qui monte, qui monte…

Mini Cafoutch, sans salariés
Au Mini Cafoutch, ce sont les clients qui gèrent eux-mêmes l’épicerie. Photo: Sophie Creusillet.

Petite épicerie indépendante dans un quartier populaire du centre-ville le Mini Cafoutch rassemble des consommateurs aux personnalités parfois très différentes, autour d’un projet de création d’une grande surface autogérée, Super Cafoutch. « Il y a aussi bien des aficionados du bio, des personnes intéressées par l’aspect collectif, l’idée de faire société, des anticapitalistes ou encore des gens que ça fait tripper de jouer à la caissière », plaisante Bénédicte, ex-salariée du Mini Cafoutch.

Jusqu’à l’année dernière, des subventions destinées à la transition économique et écologique des entreprises (1) avaient permis de financer deux postes au Mini Cafoutch. Mais ces aides n’ont pas été renouvelées. « Nous n’en avons pas fait la demande, explique Hugues, ex-salarié, comme Bénédicte. D’abord parce que cela prend beaucoup de temps et d’énergie de monter des dossiers de subventions, ensuite parce pour se concentrer sur le projet de supermarché, il valait mieux ne pas se focaliser sur notre épicerie ». Avec une surface de vente multipliée par 8 ou par 10, le Super Cafoutch aura, lui, les moyens d’embaucher.

RÉPARTITION DES TÂCHES

Toujours est-il que sans salariés, le Mini Cafoutch tourne. « Mon départ a redynamisé le projet, raconte Hugues, qui reste très impliqué. J’avais proposé au comité de gouvernance et à la branche approvisionnements de fermer la boutique en attendant le supermarché, mais ça a provoqué une levée de boucliers ».

anciens salaries devant le panneau
Hugues, ancien salarié du Mini Cafoutch, toujours très impliqué dans le projet. Photo: Sophie Creusillet.

Alors bien sûr, une masse de tâches est tombée sur la tête des gabians (goélands en marseillais et surnom que se donnent les coopérateurs), mais ça se passe plutôt bien. Il a fallu saucissonner les missions et les redistribuer entre les participants : s’occuper des approvisionnements, réceptionner les livraisons, gérer le planning des coopérateurs et les relations avec les fournisseurs, remplir les rayons, faire connaître le projet, nouer des partenariats, recruter des coopérateurs…

BESOIN DE RENFORTS

« La mobilisation a pris », constate Raoul, référent de la branche approvisionnement et coopérateur de la première heure : « Une coopératrice s’occupe de relancer les gabians pour remplir le planning dont s’occupait Hugues, par exemple ». Autre nouveauté : les superviseurs. Constitués en petites équipes autour de pôles d’activités ils veillent à faire tourner la boutique. Premier bilan lors de la réunion mensuelle : les « acheteurs » ont besoin de renforts pour assurer le maintien des approvisionnements, et la paperasse et les fichiers Excel ont apparemment moins de succès que la caisse ou la logistique…

anciens salaries devant le panneau
Bénédicte, ancienne salariée du Mini Cafoutch: « Le projet rassemble des gens très différents ». Photo: Sophie Creusillet.

Y aura-t-il à nouveau des salariés ? A Paris La Louve en compte 9. Pour Hugues, qui ne cache pas qu’il poursuivrait bien l’aventure, « le salarié est une ressource, un outil au service d’un supermarché coopératif et participatif, il a une mémoire du projet, il sait animer une réunion et son objectif est de faire du lien ». Même son de cloche chez Stéphane, qui avait remplacé Bénédicte lors de son congé maternité : « C’est important de connecter les gens au projet et encore plus de les connecter entre eux si on veut que ça marche ».

Paradoxalement, le terme d’autogestion ne fait pas florès auprès des coopérateurs. « C’est un mot qui fait penser au syndicalisme et à l’anarchie », d’après Hugues. Lui préfère parler de « gouvernance partagée ». « Je ne fais pas de politique dans le sens où, même si j’ai ma petite idée, je ne sais pas pour qui votent les autres coopérateurs. »

S’ADAPTER EN PERMANENCE

Faire travailler tout ce beau monde ensemble sur un projet collectif et non partisan, à un moment où se développe un discours sur le « repli sur soi » et le « sectarisme » a quelque chose de réjouissant. « Rien n’est tout blanc ou tout noir, estime Bénédicte. Pour l’approvisionnement, par exemple, on doit en permanence placer le curseur en fonctions de critères parfois contradictoires comme le bio local et des prix abordables, le système est imparfait : il demande de faire preuve d’ouverture et d’humilité ».

De fait, alors qu’une association réunit des gens ayant des affinités politiques ou une passion commune, Super Cafoutch rassemble des individus autour d’une activité aussi banale et triviale que faire ses courses.

(1) Les subventions destinées à la transition économique et écologique des entreprises (T3E) avaient financé ces deux postes, essentiellement via un appel à projets, porté par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Cette enveloppe avait par ailleurs été complétée par le département des Bouches-du-Rhône.
> Découvrez la suite de Mon supermarché autogéré vendredi 27 mars 2020 dans le journal minimal.

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À propos de l’auteur

SOPHIE CREUSILLET

Journaliste économique ayant fait un détour par le travail social, je m’intéresse aux aventures humaines. J’aime le bruit des pas dans la neige, les éléphants et le bortsch (passionnément).

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